Homosapien.

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Tw : dermatillomanie, dépersonnalisation.

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Il y a énormément d'avantages à être adolescent : on ne paie pas de factures, on ne se soucie pas de trouver un travail - du moins pour ceux qui sont au lycée -, on voit ses ami·es tous les jours... Pourtant, je pense sincèrement que le passage à la vie adulte est la période la plus difficile de notre existence.

Les enfants font face à des changements déstabilisants. Pour commencer, il y a la puberté : le corps se modifie, taille, poils, acné, règles... Il est perturbant pour un enfant de se réveiller un beau matin avec une apparence complètement nouvelle.

Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à accepter ces changements. J'étais persuadé que, comme les autres garçons, je n'aurais jamais mes règles et vouais une haine immense à ma poitrine qui s'est développée très tôt. Je l'ai d'ailleurs bien fait savoir à ma mère.

- Tu ne veux pas essayer de mettre un soutien-gorge ? Si tu ne le fais pas, tes seins vont pendre plus tard.

- Non ! Je ne suis pas une femme, je suis un enfant !

Je ne lui en veux pas, elle ne faisait que répéter ce que sa propre mère lui disait étant plus jeune.

Ce sont les diktats de beauté qui, depuis des années, nous apprennent que les seins doivent être d'une rondeur parfaite et tenir bien en place au milieu du torse.

Il est intéressant de constater que les critères de beauté varient selon l'époque ou l'endroit. Par exemple, à une époque, être en embonpoint était signe de richesse et de bonne santé, alors que de nos jours, les gens l'associent à quelque chose de bien plus négatif.

Les médias actuels nous montrent sans cesse des corps parfaits : on n'a pas le droit de vieillir, d'être gros, d'être maigre, d'avoir des petits seins, de ne pas avoir de muscles, d'avoir des boutons, des cicatrices, des vergetures... Et voir tous ces corps sans imperfections peut créer des complexes, surtout quand on est un jeune pubère et que notre corps commence à changer.

Que ce soit conscient ou pas, on est bien matrixé par ce qu'on voit dans les publicités ou dans les séries. Parfois, on essaie de se détacher de tout ça, mais déconstruire des choses qu'on nous a toujours inculquées, ce n'est pas aussi simple.

- Ah non mais moi, je n'ai aucun souci avec les poils, les femmes font bien ce qu'elles veulent ! Moi, je me rase juste parce que je n'aime pas ça, mais ça ne veut pas dire que vous devez le faire aussi, hein ! Rien à voir avec la société ou quoi, c'est un avis purement personnel et objectif.

Les poils, ça a été ma hantise durant de nombreuses années. Ça a commencé lorsque mon frère m'a fait une réflexion à ce sujet durant une dispute. Lui et moi, on se disait souvent des choses blessantes.

Ayant du sang italien, j'ai une pilosité bien fournie. Et j'ai pu constater cette différence avec mes camarades de classe qui, toutes fières, montraient à leurs copines leurs jambes douces et imberbes durant le cours de sport.

Alors, un jour, j'ai emprunté le rasoir que mon paternel avait laissé traîner sur le rebord de la baignoire et je me suis rasé une jambe. Je n'ai pas eu le temps de faire la deuxième, vu le sang qui ruisselait de celle que j'avais déjà faite.

Il avait été en colère contre moi, et ma mère avait été en colère contre lui pour avoir laissé traîner un rasoir à portée de main.

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La puberté n'est vraiment pas une période facile. Quand j'étais au collège, les filles voulaient ressembler à Kim Kardashian et les garçons à Tibo InShape. Ils pensaient que c'était ce à quoi des humains "normaux" devaient ressembler.

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