ABC127

41 3 0
                                        

"Elle croyait chercher la vérité, mais c'est sa propre noirceur qu'elle a réveillée."



Pvd de Ciselée

Les écrans s'illuminèrent au moment précis où Vittore terminait son discours sur la "réhabilitation des enfants oubliés". Sa voix était posée, son regard maîtrisé, et son image... parfaite. Puis, sans prévenir, tout se figea. Un noir profond avala la salle. Le silence tomba, lourd, presque oppressant. Et ma voix s'éleva.

Lente. Claire. Inévitable.

_« Le blanchisseur des orphelins... Voilà donc le nom que tu t'es offert, Vittore.
Un titre noble, propre, soigneusement poli. Mais dis-moi... combien d'enfants ont disparu entre deux signatures ? Combien ont été effacés comme de simples erreurs dans tes comptes, perdus entre l'argent et le silence ? »

Un léger grésillement traversa les écrans, et mon visage masqué apparut.

_« Tu parles de charité avec des mains qui n'ont jamais été propres. Des mains trempées dans les larmes, dans les silences, dans des dettes que tu n'as jamais réglées. Vous aimez tous détourner les yeux, prétendre ne pas voir. Mais moi, je marche dans ce que vous avez enterré. Un passé brûlant, inscrit dans la chair de celles que vous avez détruites, réduites au silence, effacées proprement pour ne laisser aucune trace. »

Ma voix se durcit.

_« J'ai entendu leurs histoires. Pas des cris... non. Des murmures. Ceux qu'on étouffe derrière des portes closes, ceux qu'on cache sous des lois, sous des regards complices. J'ai vu ce que vous avez choisi d'ignorer. J'ai vécu ce que personne ne devrait jamais subir. Et aujourd'hui... je ne fuis plus. »

Un court silence.

_« Je tranche. »

L'image vacilla légèrement, mais ma voix, elle, resta parfaitement stable.

_« Vous m'avez créée. Non pas avec un seul acte, mais avec votre silence, votre mépris, votre besoin de contrôler sans jamais répondre de vos actes. Vous pensiez que le silence était une fin. Vous vous trompiez. C'était un commencement. »

Je marquai une pause, laissant chaque mot s'ancrer.

_« Je suis Ciselée de Médusa. Et chaque mot que je prononce est une fissure dans votre monde. Vous vous cachez derrière des discours, des lois, des costumes bien taillés... mais votre justice n'est qu'un théâtre sans vérité. »

Ma voix se brisa légèrement, mais gagna en intensité.

_« Je ne veux ni pardon, ni oubli. Mon passé est mon arme. Ma douleur est mon armure. Et mes mots... sont des projectiles que je dirige contre vous. »

Un souffle.

_« Je ne suis pas une légende. Je suis la conséquence. »

L'image se rapprocha légèrement.

« _À chaque gala, à chaque campagne, à chaque sourire hypocrite... je serai là. Et je frapperai. »

Puis, plus bas, plus intime :

_« Mais maintenant... je ne parle plus à vous. Je parle à elles. À celles qui m'entendent. À celles qui se taisent encore. »

Ma voix changea. Moins froide. Plus profonde.

_« À toi qui as survécu. À toi qui penses que ton histoire ne mérite pas d'être racontée. À toi qui portes une honte qui ne t'appartient pas... ce n'est pas à toi de te cacher. Ce n'est pas à toi de porter ce poids. Tu n'as rien détruit. Tu as survécu. Et c'est déjà une victoire. »

Ciselée [Thriller psychologique] DRDes histoires addictives. Découvrez maintenant