Pvd du Narrateur
Le vent hurlait dans la nuit. Une brise glaciale, tranchante comme la lame d'un rasoir, soufflait sur les ruines de son enfance. Ciselée se tenait là, au milieu des vestiges calcinés de sa vie d'avant, ses doigts crispés sur la crosse de son arme, comme si elle pouvait encore retenir quelque chose du passé. Mais il ne restait rien. Rien d'autre qu'un désert de cendres et de sang.
L'Eldorado du Diable l'avait prise, façonnée, utilisée comme un outil. Une gamine sans défense, réduite à l'état de marchepied pour leur ascension infernale. Ils lui avaient tout arraché son foyer, son innocence, son nom. Elle n'était qu'une ombre, un pion qu'ils avaient sacrifié sans un regard en arrière. On l'avait formée à obéir, à tuer sans poser de questions, à se soumettre sous le poids des chaînes invisibles qui lui enserraient l'âme. Chaque mission était un pas de plus dans l'abîme, un éclat de plus dans le miroir brisé de son humanité.
Mais un jour, quelque chose s'était brisé. L'enfant docile avait laissé place à une bête tapie dans l'ombre, alimentée par la haine et la peur. Ils avaient cru qu'elle resterait à terre, qu'elle accepterait son sort. Mais ils avaient oublié une chose : on ne forge pas une arme sans en payer le prix.
Alors elle avait attendu. Longtemps. Elle avait observé, appris leurs faiblesses, écouté les murmures derrière les murs. Chaque regard posé sur elle, chaque ordre aboyé, chaque coup porté creusait un gouffre en elle, une faille où se répandait lentement un feu indomptable.
Et puis, un soir, elle s'était retournée contre eux. Pas dans une explosion de rage aveugle, non. Ce serait trop facile. Trop rapide. Non, elle voulait qu'ils ressentent... qu'ils comprennent. Qu'ils vivent la peur viscérale qu'ils avaient imprimée en elle.
Un par un, elle allait les faire tomber. Pas par des balles perdues, pas par des exécutions froides et anonymes. Non. Elle les effacerait lentement. Elle les dépouillait de leur pouvoir, de leur contrôle, leur faisant goûter à l'agonie du doute, à la terreur de l'inconnu. Ils ne savaient jamais quand elle frapperait. Ni comment. Ils ne savaient même pas qui elle était.
Mais elle, elle savait.
Elle était leur œuvre. Leur monstre. Leur propre malédiction.
Et elle ne s'arrêterait pas tant qu'ils n'auraient pas tout perdu, comme elle avait tout perdu.
La nuit était son alliée. Tapie dans l'ombre, invisible aux yeux de ceux qui croyaient encore régner sur leur empire de cendres et de sang, Ciselée de Médusa les regardait vivre, les observait dans leurs habitudes, leurs vices, leurs faiblesses. Elle les connaissait mieux qu'eux-mêmes.
Elle savait que Kerian, fidèle parmi les fidèles, dissimulait une faiblesse qu'il ne montrait à personne. Chaque nuit, il restait éveillé plus tard que les autres, les yeux rivés sur son arme, comme s'il savait qu'un jour, il lui faudrait choisir entre son serment et sa survie. Il ignorait qu'elle l'observait, qu'elle connaissait ce doute qu'il refusait d'admettre, même à lui-même.
Brice, lui stratège redouté du cartel, ne faisait jamais confiance à personne. Toujours un pas d'avance sur ses ennemis, toujours une sortie de secours, toujours un plan B. Mais il ne savait pas que chaque route qu'il empruntait, chaque rendez-vous secret, chaque décision qu'il prenait, elle les avait déjà anticipés avant lui.
Quant à Preïza, la reine de la dissimulation, cachait plus qu'elle ne montrait. Une femme de pouvoir, de contrôle, mais dont l'armure était fissurée par une peur qu'elle refoulait. Elle aimait croire qu'elle dominait la partie, qu'aucun pion ne bougeait sans qu'elle en donne l'ordre. Mais elle ignorait qu'elle était devenue un pion elle-même, dans le jeu silencieux que Ciselée menait dans l'ombre.
Vittoré Liguino ou plutôt Neru le chef, l'homme dont le nom seul suffisait à glacer le sang, n'était pas invincible. Elle l'avait observé, écouté, décrypté. Chaque décision, chaque regard, chaque mot. Derrière la puissance, derrière l'assurance, elle avait perçu l'écho d'un homme qui avait connu la peur, un homme qui savait que même les empires les plus solides pouvaient s'effondrer.
Ils pensaient être intouchables, protégés par leurs hommes, leurs secrets, leurs murailles invisibles. Mais elle, elle était déjà parmi eux.
Vittore...
Il ne laissait rien paraître. Pas une hésitation, pas un geste de trop. Pourtant, Ciselée percevait une tension différente chez lui. Un instinct. Il sentait qu'elle était là, quelque part dans son ombre. Il ne savait pas qui elle était, ni jusqu'où elle irait, mais il savait une chose : quelqu'un jouait avec lui. Et il détestait ça.
Ciselée le regardait évoluer, analyser, essayer de reprendre le contrôle. Mais c'était trop tard. Le poison était déjà en eux. La paranoïa les dévorait lentement, exactement comme elle l'avait prévu.
Elle ne se précipiterait pas.
Elle n'avait pas besoin d'être brutale. Pas encore.
Elle voulait les voir se briser d'eux-mêmes.
Et ce moment approchait.
Elle lisait dans leurs gestes, dans leurs respirations. Elle sentait l'odeur de leur peur avant même qu'ils ne l'identifient eux-mêmes. C'était un parfum subtil, insidieux, qui s'insinuait dans leur routine, qui les faisait sursauter à la moindre ombre mouvante.
Elle n'avait pas besoin de précipiter leur chute. Elle les laissait s'effondrer eux-mêmes, rongés par l'incertitude. Elle leur volait leur confiance, leur sommeil, leur souffle.
Et quand ils sentiraient enfin son souffle glacé dans leur dos, ce ne serait pas la mort qui les terrifierait le plus.
Ce serait cette réalisation brutale :
-Elle était là depuis le début.
L'observation est plus destructrice qu'elle n'y parait, le silence fait froid dans le dos quand les intentions sont dissimulées.
On se reverra bien plutôt que vous le pensiez mes chers lecteurs...
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Ciselée [Thriller psychologique] DR
Action*Je dédie ce livre à celles et ceux à qui l'on a arraché la voix. Ciselée leur appartient.* Dans un monde où la justice ferme les yeux sur les véritables monstres, une figure insaisissable surgit dans l'ombre : la Ciselée de Médusa. Elle ne revendiq...
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