12. Couronne ou cendre ?

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Paris, 2023

  On ne parle presque pas pendant qu'on marche vers le nord. Les rues deviennent plus larges, moins élégantes. Les façades haussmanniennes laissent place à des bâtiments industriels, plus bruts, plus froids. Le ciel est bas. Oppressant.

On approche, murmure Ayden.

  Je ralentis légèrement. L'entrepôt se dessine au bout de la rue. Grand. Métallique. Des fenêtres hautes, sales. Un portail entrouvert. Trop simple.

Ça sent le piège, je souffle.

Oui.

  Pas de tentative de me rassurer. Juste un constat.

  On s'arrête à l'angle d'un bâtiment en face. Il observe les alentours. Caméras. Une camionnette noire garée un peu plus loin. Moteur froid.

Deux entrées possibles. Principale et latérale, dit-il à voix basse.

  Je sors le carnet et tourne les pages jusqu'à l'adresse entourée. Un symbole est dessiné à côté. Le même que dans le dossier.

Regarde ça.

  Il se penche vers moi.

Ce symbole n'indique pas juste un lieu, dit-il. C'est une marque d'appartenance.

À quoi ?

  Son regard se ferme légèrement.

À quelque chose que nos pères n'ont peut-être jamais quitté.

  Un bruit métallique résonne à l'intérieur du bâtiment. On se fige. La porte latérale s'ouvre brièvement. Un homme sort, fume une cigarette, puis rentre.

On a une fenêtre de cinq minutes max, murmure Ayden.

On entre ensemble.

  Il tourne la tête vers moi.

Pas de décision héroïque.

Pareil pour toi.

  On traverse la rue rapidement et on se glisse par la porte latérale avant qu'elle ne se referme complètement. L'odeur d'huile et de poussière me prend à la gorge. L'intérieur est vaste. Des étagères métalliques. Des caisses. Une mezzanine qui surplombe l'espace.

Reste près de moi, chuchote-t-il.

  Je déteste qu'il ait raison. On avance entre les rangées. Mon cœur bat si fort que j'ai l'impression qu'il résonne contre les murs. Puis je vois, au centre de l'entrepôt, une table. Une lampe suspendue au-dessus. Et dessus... une boîte en bois sombre. Gravée du même symbole.

Trop évident, je murmure.

Oui.

  Mais on s'approche quand même. Chaque pas est calculé. Arrivés devant la table, Ayden pose la main sur la boîte. Il hésite une seconde.

Prête ?

  Non.

Oui.

  Il soulève le couvercle. À l'intérieur, pas d'arme. Pas d'argent. Des dossiers. Des photos. Et au-dessus de tout ça... Une photo récente. De nous. À l'aéroport. Mon sang se glace.

Ils savaient qu'on viendrait, je souffle.

  Un applaudissement lent résonne derrière nous. Je me retourne. Un homme sort de l'ombre de la mezzanine. Costume sombre. Regard calme. Trop calme.

Je me demandais combien de temps il vous faudrait, dit-il.

  Ayden se place légèrement devant moi.

Qui êtes-vous ?

  L'homme sourit à peine.

Disons... celui qui a terminé ce que vos pères ont commencé.

  Le monde semble se décaler d'un cran.

Vous aviez prévu de les tués ? je demande, la voix plus ferme que je ne me sens.

  Il incline légèrement la tête.

Disons qu'ils ont refusé d'aller jusqu'au bout.

  Une porte claque derrière nous. On n'est plus seuls. Ayden glisse sa main dans la mienne, discrètement. Pas pour me cacher. Pour me rappeler qu'on est deux.

Vous vouliez la vérité, reprend l'homme. La voilà. Vos familles dirigeaient quelque chose de bien plus vaste qu'un simple réseau. Une organisation internationale. Milan, Paris... et d'autres villes encore.

  Je sens ma respiration devenir irrégulière.

Et maintenant ? demande Ayden.

  L'homme descend lentement les escaliers métalliques.

Maintenant, vous avez un choix.

  Il s'arrête à quelques mètres de nous.

Soit vous prenez leur place. Ensemble.

  Son regard passe de lui à moi.

Soit vous refusez.

  Un léger sourire étire ses lèvres.

Et vous finissez comme eux.

  Le silence devient étouffant. Je sens la pression de la main d'Ayden. Pas pour me forcer. Pas pour décider à ma place. Juste pour me dire : on choisit ensemble. Mon cœur bat à tout rompre. Paris n'est plus un terrain de chasse. C'est un échiquier. Et on vient de comprendre qu'on n'était jamais des pions. On était les héritiers. La question, maintenant, c'est : Est-ce qu'on accepte la couronne... ou est-ce qu'on met le feu au royaume ?

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