Chapitre 4

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Ayant besoin de prendre connaissance des lieux, je fini par relever la tête. Un rapide coup d'œil à l'horizon me suffit pour me repérer. Je me trouve dans le quartier Christianshavn. Face à moi se tient une maison à demi en ruine. Les charpentes en bois sont brulées, les briques effritées, la peinture décrépie, la serrure de la porte forcée.

Personne en ce monde ne serait capable d'expliquer le drame qui s'est récemment produit ici. Excepté moi, j'en suis l'auteur.

Il y a quelques jours, à une heure plutôt avancée de la nuit, je traînais au pied de l'église de Notre-Sauveur, étourdie par plusieurs verres d'alcool. Mon attention fut attirée par un faible rayon de lumière. Je vins à sa rencontre.

Le visage écrasé à un carreau, je contemplais la flamme dansante d'une bougie déposée sur un chandelier d'argent. La fenêtre fini par succomber sous mon poids et s'ouvrit, me laissant soudainement basculer à l'intérieur de l'habitation. Dès lors, il me fut impossible de ne pas m'approcher de la flamme. Je ne me préoccupai pas des protagonistes pouvant vivre ici. Je pris simplement place autour de la table sur laquelle se trouvait la bougie et me contenta de la mirer, une heure durant.

Ma main finie par heurter une petite boîte de carton. Je la pris maladroitement et en fit tomber une partie du contenu sur la table. Des allumettes. J'en craqua immédiatement une et rangea la boîte dans la poche intérieur de mon manteau.

Je restais passive un certain temps avant de la déposer délicatement sur un journal. Dès lors, je fus absorbée par la vision de cette petite flamme se propageant sur le papier puis occupant peu à peu l'ensemble de la pièce dans laquelle je me trouvais. La sensation que me procura cette expérience était indescriptible, fort agréable. Je fus enveloppée dans un doux halo de chaleur et de lumière. Je ne m'étais jamais sentie aussi vivante et restais au cœur des flammes un instant, fascinée par le spectacle qui s'offrait à moi.

Je finis par sortir de la maison, par la porte d'entrée sans doute, et avancer dans l'allée, bousculée par quelques passants alarmés par le brasier auquel je tournai le dos.

Je m'assoupis paisiblement à quelques pas de mon crime, sous un banc, parmi les cris des femmes, les pleurs des enfants, les voix rauques des hommes et les sirènes des pompiers, finalement couverts par une puissante détonation. Cette nuit fut si bonne.

J'en ai finalement conclu que mes tendances pyromanes sont nées cette nuit là. Depuis, il m'est arrivé de brûler quelques morceaux de papier ou des brins de paille, rien de plus. Mais le prodigieux souvenir de cette maison attise ma curiosité et hante mes pensées, oubliant le fait qu'un vieux couple ait perdu la vie dans cet incendie. Je n'ai pas de remords, je sais seulement qu'ils ne faisaient pas partie de cet instant idyllique. Existaient-ils seulement ? Si cela ne tenait qu'à moi, la réponse serait spontanément « Non ».



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