Chapitre 7

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À tâtons je trouve la poche intérieure de mon manteau et en sors mon butin. Je craque une allumette. En un rien de temps l'odeur enivrante du souffre embaume mon lieu d'exile. Euphorique, je l'hume à plein nez, gonflant ma cage thoracique à m'en briser les côtes. Une onde de soulagement m'envahit.

Mon cou se plie sous le poids de ma tête vacillante. À demi consciente, j'observe le bois de l'allumette se fendre et la flamme atterrir sur mon jeans.

La lueur s'étend progressivement, léchant ma peau à travers mes vêtements. Je la sens monter le long de mes bras, descendre le long de mes jambes. Ma chevelure s'embrase  depuis mes pointes, les braises montent le long de mon cou et s'étendent sur mon visage. Les flammes pénètrent dans ma gorge, me rappelant la sensation des shots de Vodka ingurgités le plus prestement possible à l'occasion de soirées quelque peu arrosées. Cette agréable sensation qui vous brûle la trachée et vous réchauffe de l'intérieur.

À ce moment je perds l'usage de mes sens. Ma vision se trouble. Des gouttes de sang perlent ma langue. Mes oreilles ne perçoivent plus que le crépitement du bois qui craquèle. Seule l'odeur de mes vêtements grillés est filtré par mes narines.

Mon esprit lui est bien présent.

Une berceuse danoise que me chantait ma grand-mère me revient.

Hun skal leve,

Hun skal leve,

Hun skal leve højt hurra

Hurra, hurra, den skål den var bra....

La mélodie entraînante passe en boucle dans ma tête, sans cesse.

Lentement, je me consume. Je ne cille pas, ne gémit pas. La perception d'un monde plus chaleureux m'apparaît et me fait esquisser un sourire. Je m'éteins à petit feu.

Ainsi je m'en vais, ayant pour seule compagnie la solitude et le ravissement. Cela me convient.


PyromancerOù les histoires vivent. Découvrez maintenant