Mon amie a souri toute la journée, en sautillant de joie, et en chantonnant sans arrêt une chanson sans réel rythme qui répétait en boucle "Je vais au bal avec Jesse! Je vais au bal avec Jesse!". Chanson qu'elle chantait encore quand elle m'a raccompagnée chez moi après les cours.
Quand je suis rentrée chez moi je pensais être seule. Mais bien-sûr, sans grande surprise, Maman avait tout prévu. Ma grand-mère se trouvait là, debout dans le salon, elle admirait les photos de familles présentées sur le buffet, photos qu'elle avait déjà vues des milliers de fois. Elle semblait attendre quelqu'un, moi certainement. Ses cheveux blonds et blancs étaient toujours joliment tressés, et elle portait toujours ces vieux gilets de laine brodés qu'elle tenait de sa mère. Et alors qu'elle scrutait les photos elle s'arrêta net.
-Il y a des tas de choses dont j'étais persuadées, mais qui finalement se sont avérées fausses tu sais, commença t-elle. Quand vous étiez petites, je pensais que Karlah et toi vous garderiez vos chevelures blondes, mais vous avez bruni en grandissant. Je pensais que ma fille s'en tiendrait à deux enfants, mais elle m'a donné quatre merveilleuses petites filles. Je pensais que ton père serait présent pour les deux ans d'Elizabeth, mais il nous a quitté quatre mois et dix-huit jours avant cette date... Et je pensais t'apprendre que tu es une sorcière le jour de tes vingt ans, mais tu l'as su un peu trop tôt.
Elle se tourna alors vers moi, et soutenait mon regard de ses envoutants yeux bleus dont ont hérité ma mère et ma sœur Corrie.
-Pourquoi nous ? Mamie, pourquoi nous? Lui demandais-je plaintivement.
-Ecoutes-moi mon ange, me murmure-t-elle en prenant mon visage entre ses mains. Ta mère en est une, ta vieille grand-mère que je suis en est une, ton arrière-grand-mère en était une, ton arrière-arrière-grand-mère en était une, sa mère aussi et toutes les autres avant elle. C'est dans nos gènes. Et c'est comme ça, nous n'y pouvons rien ma chérie. Nous sommes des sorcières et nous devons en être fières.
Je me suis contentée de hocher la tête en signe d'approbation même si je n'eus droit qu'à un "C'est comme ça" pour explication. Puis soudainement je me suis rappelée ce que ma mère nous a dit sur la faculté propre à chaque sorcière.
-Mamie, c'est quel est ton pouvoir à toi ?
-Je voyais l'avenir et je faisais des voyages astraux aussi.
-Pourquoi est-ce que tu en parles au passé ?
-Quand on est une vieille dame comme moi, il n'y a plus grand chose qui fonctionne ma belle.
Elle marqua une pose, puis continua les yeux pleins d'admiration.
-Mais toi tu possèdes le pouvoir de l'eau Delany, est-ce que tu t'en rends compte ? Quand j'ai su qu'une de mes petites filles contrôlait un des quatre éléments j'ai dit merci au ciel ! L'eau est source de toute vie sur cette terre, plus de la moitié de la planète en est composée !
-A quoi bon avoir un pouvoir exceptionnel quand on ne sait pas le contrôler...
-Tu apprendras, et après avoir appris, je peux te promettre que tu seras une des sorcières les plus puissantes que ce monde ai connu.
-Tu exagères là ?
-Oui, un peu, avoue t-elle en rigolant. Mais garde espoir, peut-être qu'un jour tu parviendras à atteindre le niveau qu'avait ta merveilleuse et talentueuse grand-mère au paroxysme de sa sorcellerie. Mais il faudrait un miracle...
Nous rions toutes les deux de bon coeur quand soudain quelqu'un fit son entrée dans la pièce brisant nos rires. Elle était à l'entrée de la cuisine. Elle n'avait presque pas changée depuis six mois, ne serait-ce que ces cheveux qu'elle a visiblement beaucoup raccourcis. On ne pouvait pas douter de notre lien de parenté, ces yeux verts, ces cheveux bruns et cette bouche charnue que nous tenons toutes les deux notre père auraient suffit à déterminer notre lien de sang. Ma soeur aînée Karlah se tenait là devant nous, essoufflée, traînant ses deux valises. Son regard perçant barré d'épais sourcils - toujours très bien entretenus qui avaient le don de me fasciner -, nous fixait étrangement. Je sentais déjà la réplique cinglante arriver.
-Et bien, super jovial par ici... On rigole bien quand je ne suis pas là et quand j'arrive tout le monde se tait, d'accord, je vois le genre. Dans ce cas là...
Elle n'eût pas le temps de finir que ma grand-mère lui coupa la parole en agitant la main comme si elle balayait ses paroles.
-Shhh, shhh, shhh, tais-toi donc mon vilain petit canard et embrasse ta grand-mère ! Dit-elle en la prenant dans ses bras.
-Bonjour, me lance t-elle sèchement par dessus l'épaule de notre grand-mère.
Je comptais culpabiliser d'avoir pensé que c'était bien qu'elle reste le plus loin de nous possible, mais finalement je rejette cette idée, elle ne m'avait pas manqué. Pas du tout. Je ressens même de la colère due à son retour à la maison. J'ai senti alors mes poings se crisper, je fixais le l'évier et le robinet. Je voulais lui montrer qu'elle n'était plus la seule à pouvoir jouer au jeu de la provocation. Puis naturellement sans trop le contrôler, juste en me concentrant assez j'ai réussi l'impossible. Le robinet a explosé sous la pression et un jet d'eau en jaillit. Mais avant qu'il ne l'atteigne Karlah leva la main et il se figea, comme par magie si je puis dire. Mon eau se retrouva entièrement gelée, des gouttelettes glacées tintèrent en tombant au sol, et même quelques flocons de neige virevoletèrent. Karlah se tourna vers moi aussi rapidement qu'une rafale de vent, les yeux exorbités.
-Sérieusement ? Mais pourquoi personne ne me l'a dit ? Cria t-elle a notre grand-mère. Les petites aussi ? Depuis combien de temps ? Comment est-ce arrivé?
-Je pourrais te les retourner ces questions ? Quand et comment est-ce que tu as découvert tes pouvoirs Madame Je-Pars-Six-Mois-Sans-Donner-Signe-De-Vie ? Tu n'as pas pensé à en informer tes sœurs ?
-Les filles, stop, arrêtez. Elles l'ont su hier, Elizabeth a ouvert la fameuse porte... par la pensée. Enfin, voilà c'est assez long. Et Delany, en ce qui concerne ta soeur, elle se sait depuis quatre ans déjà. Donc maintenant tout le monde se calme, votre mère sera là dans une heure, je vais préparer à manger, vous deux vous allez monter dans vos chambres et sans vous entre-tuer sur le chemin. Allez, hop ! Action, réaction !
Nous sommes toutes les deux rentrées dans notre chambre, en claquant la porte le plus fort possible comme si c'était un concours de «bruit de porte le plus fort». J'ai hurlé, les dents serrées sur ma peluche Mr Koko, un petit koala à qui il manquait un oeil depuis plusieurs années déjà et dont la mousse s'échappait par la patte antérieure gauche. Ma soeur a hurlé elle aussi, dans son oreiller étant donné le bruit atténué.
Il allait me falloir du temps... beaucoup de temps pour réapprendre à vivre avec mon aînée.
Et il fallait que ce soit maintenant...
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Roses
Fantasi"Ta mère en est une, ta vieille grand-mère que je suis en est une, ton arrière-grand-mère en était une, ton arrière-arrière-grand-mère en était une, sa mère aussi et toutes les autres avant elle. C'est dans nos gènes. Et c'est comme ça, nous n'y pou...
