J'ouvre péniblement les paupières. Au-dessus de moi, un plafond irrégulier que je ne connais que trop bien. Combien de temps ais-je dormi ? Mes muscles raides et mon corps ankylosé suggèrent que plus de repos est nécessaire. Mon instinct, lui affirme que ce serait déjà bien trop long. Dormir me rend vulnérable. Incapable d'évaluer le danger et plus particulièrement, de m'en préserver. Ma réactivité est amoindrie lors des phases de sommeil profond. Un moment de faiblesse qui peut me coûter la seule chose à laquelle on ne m'a pas encore arraché : la vie. Pourtant, il m'est impossible de fuir éternellement la fatigue qui alourdit mes paupières et inhibe mes sens. Je suis contraint de m'assoupir, ne serait-ce qu'un instant, afin de tenir, que ce soit au niveau physique ou même psychologique.
Je me redresse lentement sur le lit de l'infirmerie. Une grimace de douleur déchire mon visage tandis que les blessures de la veille m'électrocutent simultanément. La majorité d'entre elles ne sont que des éraflures et des hématomes. Quand bien même, les souffrances qu'elles me font endurer m'étourdissent sensiblement. C'est ma plaie à l'épaule qui me cause le plus de tracas. De ce que j'ai pu en voir, elle semblait profonde et ne cessait de saigner. De plus, je suspecte le muscle d'avoir été partiellement tranché. En effet les mouvements de mo, bras sont extrêmement limités, presque impossibles. Ma plus grande crainte serait d'apprendre que je ne suis plus capable de porter ou de manipuler mon bouclier. Si mon bras est un poids mort, je préfère encore le sectionner pour qu'il limite le moins possible la fluidité de mes mouvements. Quel style de combat dois-je adopter ? Qu'est-ce qui pourrait s'adapter à ma nouvelle condition ?
Le grincement sinistre de la lourde porte métallique m'informe que quelqu'un pénètre dans la pièce. Sur le qui-vive, je tourne la tête en direction des nouveaux arrivants. Ils sont au nombre de trois. Deux hommes armés. Une femme. Des têtes auxquelles je commence à m'habituer. Et plus particulièrement, la frêle jeune femme dont la chevelure brune est aujourd'hui coiffée d'un chignon compliqué, toute de blanc vêtu.
Elle s'avance dans la pièce. Elle saisit une vieille chaise en bois, qu'elle transporte non sans difficulté et vient s'installer près de moi. Ses prunelles émeraudes se plongent dans les miennes et me scrutent. Je suis accoutumé à e rituel, pourtant, je ne peux ignorer le malaise qui grandit à chaque fois dans ma poitrine. Je détourne le regard le premier. Elle sourit.
- J'ai encore gagné, dit-elle. Comme toujours.
Elle adresse un signe de main aux colosses. Ils inclinent la tête avec déférence et quittent la salle. Mes yeux suivent, ceux que je juge être, de potentiels adversaires. Leur port altier m'indique que ce sont probablement des nobles, devenus des combattants pour la gloire de leurs maisons. Pas du tout le genre d'être vivants que je côtoie dans les sous-terrain, dans la Cage. Leurs armures brillantes servent davantage de d'ornements que de protections réelles. Leurs lances, elles en revanches, ne sont pas de simples jouets. Ce sont des armes tranchantes et rapides qui, bien maniées, fauchent les vies comme du blé. J'ai déjà eu à faire à des gladiateurs similaires dans l'arène. Ils n'ont pas de réflexes ou d'instincts particuliers. Ils sont dépourvus de pouvoirs et se contentent de reproduire les schémas scolaires qu'ils ont appris de leurs maîtres d'armes. Rien de plus que du menu fretin, à la garde pleine de failles. Même à dix contre un, il serait aisé de les défaire.
La voix de la jeune femme me ramène à la réalité.
- Tu fronces les sourcils et contracte ta mâchoire lorsque tu jauges tes opposants. Le savais-tu ?
Je n'aime pas ça. Je n'aime pas l'idée qu'elle puisse m'analyser. Qu'elle puisse tirer des conclusions, qu'elle puisse discerner un simple moment d'inattention, ou de profonde réflexion, se fiant uniquement à des mimiques à peine perceptibles. Un instant de faiblesse en somme.
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1 000 ans dans la Cage
Beletrie"1000 ans dans la Cage" parle de la vie d'un gladiateur un peu spécial, elle est donc un peu violente. Âmes sensibles s'abstenir ! Enjoy :-)