Comment affronter une séance shopping à 40 ans

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Il était trop mignon, mon bel Apollon ! Il voulait faire un ciné avec moi. Pour les retardataires : le beau Paul-Hadrien, bel étalon roux de 20 ans de moins que moi, semblait vouloir profiter d'un moment un peu plus intime que ceux partagés entre les quatre murs blafards de la salle de pause de l'entreprise dans laquelle lui et moi passions l'été à travailler. Même si ce mois d'août était torride, pour l'instant seule la température météo pouvait emporter une telle définition.

L'invitation de Paul-Hadrien m'avait surprise, agréablement. Mais horriblement angoissée aussi. Depuis si longtemps maintenant la seule gourmandise que je m'autorisais était de commenter grivoisement avec les copines sur les corps sculptés des jeunes bellâtres des télé-réalités.

Depuis quelques jours je pouvais déjà jouir du spectacle quotidien du corps musculeux et de la quirielle de ses tâches de son du plus beau jeune homme que la boîte ait jamais recruté en emploi saisonnier.

Je suis d'un naturel assez fonceur, si bien qu'une fois analysée cette demande bouleversante, la seule chose qui me préoccupât fut de savoir comment j'allais me saper. Pour ce qui est du mari et des enfants, on réfléchirait plus tard aux éventuelles conséquences. Car si je devais réfléchir ne serait-ce que deux secondes aux problèmes en cascade que le fait de sortir avec Paul-Hadrien allaient engendrer, je n'avais plus qu'à rester dans ma cuisine. J'avais donc monté un énorme bobard en deux-temps trois mouvements et j'allais pouvoir enfin réaliser mon rêve estival. Me lover dans de grands bras que l'imaginais déjà me serrant sur une poitrine aux effluves d'un parfum Dior ou Armani.

Depuis que j'avais été invitée par mon bel Apollon, c'était comme si mon corps voulait revenir aux fringues de mes 16 ans ! Sauf que ma garde-robe était en berne depuis bien longtemps... Une séance shopping s'imposait donc pour l'occasion.

Emportée par l'excitation et, n'ayant pas peur des mots, la folie de ce que j'étais en train de fomenter, j'avais décidé de passer les portiques de la boutique" Be...ka".  Bon je me suis un peu emballée : devant ces fringues pour gymnastes plates comme des limandes, je me suis crue Mrs Doubtfire. Même si je savais que je ne pouvais plus concourir pour Miss France (mes hanches avaient légèrement enflé ces dernières années), je ne pensais pas me sentir aussi ridicule dans les fringues de ces boutiques... Adieu jeans taille basse et pantalons push up !

Je suis ressortie de la cabine d'essayage au bord des larmes : aucun vêtement ne m'allait ! Boudinée, saucissonnée.  Les tailles des vêtements avaient-elles rapetissé ? N'avais-je fait que des choix malheureux ? En tout cas, il fallut se rendre à l'évidence. Je devais changer d'enseigne. Et vite. Je trouvai mon bonheur à quelques encablures de là, mais l'enthousiasme n'y était plus. J'avais été douchée par mon expérience malheureuse. Il fallait que je me rende à l'évidence, je ne pouvais plus fréquenter les mêmes boutiques que ma fille !

Ce fut le début d'une période où je me mis à flipper grave. Tout un tas de questions se bousculaient dans ma tête... J'étais quoi, au fond, pour Paul-Hadrien ? Surprise, fierté, allégresse, trouille aussi. La vaste palette des sentiments déployée ces derniers jours me faisait passer de longs moments dans un état proche de l'apesanteur. Qu'allait-il se passer ? Et moi, je voulais quoi ? Finalement étais-je si prête que ça à "foncer".

Ce soir-là j'avais mis beaucoup de trompe-couillon* mais comme officiellement je devais tenir compagnie à une collègue dépressive (au bord du suicide même, c'est dire si ma présence était nécessaire !), je n'avais pas pu dégainer ma tenue de rêve... Comme j'avais tout de même réussi à dégoter un petit top qui me moulait sérieusement les seins (que j'ai encore rebondis, merci !), j'avais caché cette perle sous un gros pull que j'escomptais ôter au moment opportun. Et j'espérais de tout cœur que ce moment serait tout aussi brûlant !

* vous pouvez obtenir une définition assez fine de cette expression dans la partie 4 de ce modeste écrit...

La crise de la quarantaine ? Connais pas ! (enfin presque...)Des histoires addictives. Découvrez maintenant