Les néons qui répandent la chaleur, la commande sur l'écran mural, les pieds qui s'agitent sur le ciment froid, les paupières qui battent l'air, la clé dans la serrure; accumulation inévitable avant l'ascension mécanique.
La clarté du jour avait déjà commencé à régner sur les environs depuis quelques heures lorsque j'étais arrivée sur le toit. À mon grand soulagement, les fleurs que je prenais tellement de temps à entretenir avaient, pour la plupart, été ménagées par les festivaliers de la veille. Il m'était donc possible de commencer immédiatement le nouvel arrangement que les Responsables avaient exigé. Cette année la ville se voyait conférer le titre de centenaire ce qui n'était pas rien, surtout lorsqu'on savait qu'elle avait pris une cinquantaine d'années à être entièrement construite.
Pour respecter le thème des cent ans de Paradoxe, il me fallait représenter les différents quartiers de la cité ce qui impliquait de trouver des fleurs dont les couleurs étaient similaires à celles des néons. La complexité de la chose était dans le nombre ridiculement élevé de cartiers qu'abritait Paradoxe. En effet, chaque étage (il y en avait deux-cent-cinquante) contenait généralement trois à cinq de ces parties de ville.
Les serres dans lesquelles les milliers de fleurs dont mon équipe nécessiterait pour accomplir ce projet étaient nichées entre les tours minces qui s'élançaient vers le ciel. Ces dernières étaient réservées à l'usage commercial, plus souvent pour les banques et les compagnies d'assurance, et étaient hautes d'une centaine d'étages chacune. L'ombre perpétuelle que ces extensions de la ville projetaient était un vrai défi pour mon travail.
Je passai l'avant-midi à m'entretenir avec les travailleurs des serres qui m'assuraient que toutes les plantes, tous les pétales seraient prêts à être exposés lorsque, dans une semaine, nous commencerions à transplanter le tout. Je m'étais également assurée que les plans des différentes expositions étaient compris de tous. En bref, j'avais parcouru le toit de la ville en long et en large pendant toute ma journée de travail.
J'étais en sueur et éreintée par la constante exposition au soleil lorsque, finalement, j'étais redescendu dans les étages habités pour me préparer à l'activité à laquelle Roric et moi devions prendre part.
Ce dernier était arrivé avec son habituelle veste de faux cuir brune et m'avait lancé son sourire enfantin, celui qui traduisait une réelle excitation face à l'inconnu de ce qui nous attendait ce soir.
Je vis pour le néant
de pensées
Celui omniprésent
qu'entourée
je me vois accordée
Ma mobylette restait la plupart du temps entreposée dans le cagibi de mon immeuble résidentiel puisqu'il ne me fallait que rarement me déplacer autrement qu'en hauteur. L'adresse de ce soir était à une douzaine de kilomètres au sud en plus de se trouver des centaines d'étages plus bas.
Roric avait quelque peu ronchonné à propos du casque blanc gris qu'il devait porter et dont il détestait profondément la couleur, mais je l'avais ignoré, comme toutes les autres fois, tout en entrant le lieu exact où nous nous rendions dans le réseau de localisation. Celui-ci nous avait menés vers l'ascenseur des commodités de transport le plus près.
Après quelques brèves minutes d'attentes, nous avions pu entrer dans la grande pièce mobile avec plusieurs voitures et camions.
Lorsque l'indicateur numérique avait affiché -4, le réseau avait conduit la mobylette hors de l'ascenseur avant de l'engager dans une des grandes allées qui traversait la ville.
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Paradoxe: la ville-bâtisse | ✔
Short StoryUne habitante comblée de Paradoxe voit son monde basculer lorsqu'elle assiste à un discours de propagande visant le départ des habitants vers l'extérieur des villes. Parsemée de poésie, cette nouvelle d'une dizaine de pages est une réflexion se rap...