Tout ira bien

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Une sensation désagréable au niveau des jambes me réveille. J'ai comme des crampes et des fourmis dans les pieds et il me faut un moment avant de me rappeler que Sasha est toujours assise sur mes jambes, en train de dormir.
Une certaine peur m'envahit alors de nouveau: et si l'état de Sasha s'était dégradé pendant que je dormais ?
"Sasha !" L'appelé-je en la secouant légèrement. "Sasha !"
Je la sens alors se blottir un peu plus contre moi tout en râlant.
"Fatiguée..."
Enfin je respire.
"Je sais ma grande, je sais."
"Quelle heure il est ?"

Je regarde autour de moi: pas de portable, j'ai dû le laisser dans mon sac. Mais à en juger par l'obscurité totale dans laquelle la pièce à vivre se trouve et les grésillements de la lumière de la salle de bain allumée depuis bien trop longtemps, je pense qu'il fait déjà nuit.
"Aucune idée mais il est tard." Dis-je à Sasha. "Il faut que tu te lèves ma grande."
"Non..."
"Il faut que tu manges, que tu laves et changes de vêtement !"

Elle arrive à peine à garder les yeux ouverts. Je m'approche pour l'aider à enlever ses vêtements mais elle m'arrête.
"C'est pas à toi de faire ça. Je vais y arriver."
J'hésite mais je comprends sa gêne et je sais qu'elle veut toujours me cacher ses bras. Alors je la laisse finalement prendre sa douche seule mais lui demande de laisser la porte ouverte, au cas-où.

Pendant ce temps, je viens lui apporter son pyjama puis pars lui choisir des vêtements propres pour demain et je mets les autres (du moins tout ce que je peux) dans sa valise plus un sac de cours que je vide et re-remplis d'autres affaires. La fac n'est vraiment pas la priorité, je la réinscrirai le temps venu.
Je décide aussi de partir en quête de nourriture. Mais on ne trouve pas grand chose dans l'appartement d'une anorexique. Je déniche malgré tout un paquet de pâtes, une tablette de chocolat noir et du jus d'orange. On ne peut pas appeler ça un repas et il n'y a même pas assez pour deux personnes mais on fera avec ce soir.
Ce qui m'attriste aussi, c'est de voir que Sasha n'utilise que des couverts en plastique ici, sûrement pour faire des économies d'eau en n'ayant pas à faire la vaisselle. Mais au fond, ça m'arrange.

Sasha sort de la salle de bain quelques minutes après que le "repas" soit prêt. Elle s'installe, nonchalante, et observe son assiette.
"Sucres lents, sucre rapides et vitamines... Très diététique." Dit-elle avec un léger sourire ironique.
Puis elle marque un temps d'arrêt avant de dire:
"J'arriverai jamais à tout manger..."
"Je sais. Je finirai, ne t'inquiète pas." Lui dis-je.
"Mais y a pas assez pour toi !"
"Arrête de penser aux autres avant toi et mange."

J'ai mal au ventre mais je vais pas m'amuser à dire que je n'ai pas mangé de la journée, je devrais m'en remettre. Elle, par contre, a vraiment besoin de se nourrir alors je ne vais pas l'en priver.
Je vois bien qu'elle fait autant d'efforts que possible mais elle n'arrive pas à avaler plus que 5 bouchées de pâtes et 2 carrés de chocolat.
"Bois au moins ton verre de jus d'orange s'il te plaît Sasha. Il faut que tu boives après..." Je ne sais pas comment le formuler. "Après... tout ça."
Elle s'exécute et avale son verre d'une traite. Puis je finis son assiette et calme mes angoisses en m'empifrant de la moitié de la tablette de chocolat avant de débarrasser la table et de coucher Sasha.

On est en Mai, il fait chaud, mais elle se glisse quand-même sous la couverture tandis que je cherche à fermer complètement les volets pour ne pas que Sasha soit réveillée trop tôt demain matin.
"Non, laisse, ils sont pétés. Y a rien qui marche dans c't'appart..."
Laissant tomber l'idée, je viens m'asseoir sur le bord de son lit et me mets à caresser ses cheveux d'un mouvement rassurant comme je le faisais avec Lola lorsqu'elle était petite.

Il y a encore une semaine, Sasha ne m'aurait jamais laissée la toucher alors pouvoir l'approcher et lui montrer qu'elle compte pour moi et que je suis là pour la protéger me comble de bonheur (même si la situation en soit n'est pas des plus joyeuses).
"Ça va aller ?" Demandé-je à Sasha.
"Oui, merci." Me répond-elle faiblement.
Je me lève alors, prévoyant de dormir dans le petit fauteuil près de son lit pour lui laisser de l'espace mais elle m'attrape la main.
"Pars pas. S'il te plait, pars pas."
"D'accord, d'accord... Je suis là, je ne bouge pas."

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