Eramus se trouvait au fond d'une classe et regardait l'horloge.
Dans dix minutes , il serait libre.
Contrairement à ses camarades, il détestait les cours donnés par le pensionnat,
surtout celui d'histoire. "Je vous rappelle que nous devons notre vie à nos ancêtres, sans
eux nous ne serions pas là." Cette phrase répétée continuellement épuisait Eramus.
De plus les autres élèves le regardaient toujours de travers. Ils disaient qu'il était différent, qu'il n'était pas dans la norme. Durant toute son enfance il avait été mis à l'écart par les autres pensionnaires et les professeurs. Il dormait dans une chambre, seul.Il avait un rêve.
Un jour, lors du repas de midi, une bande d'adolescents avaient parlé d'un groupe de rebelles, qui n'apparaissaient que la nuit. Ce groupe était traqué et tué, car ses membres,
lors de leur conception, avaient échappé, par erreur, au formatage du clonage et ainsi
pouvaient avoir un regard critique sur la société. Ils étaient surnommés les démons de la
nuit.Contrairement aux autres pensionnaires, Eramus était fasciné par ce groupe. Il voulait les rencontrer, car il était persuadé qu'il était comme eux. C'était son rêve et il voulait le
réaliser avant ses seize ans. Après ce serait trop tard.Tous les pensionnaires atteignant leur seize ans rentraient dans la vie adulte. Pour cela ils
devaient participer à une cérémonie, barbare selon Eramus. Lors de cette cérémonie
chaque pensionnaire se faisait implanter une puce. Cette puce permettait de diriger
chaque individu, de lui enlever sa personnalité, de le rendre esclave. Les clones
n'attendaient que ce moment. Ce serait le plus beau jour de leur vie."Dring !", la cloche sonna enfin et ce fut l'instant de délivrance pour Eramus. Il sortit le
premier de la classe. Le couloir était bondé et bruyant. Les élèves n'avaient qu'un sujet de
conversation en bouche, la cérémonie de la programmation. Elle se déroulait chaque
année,le même jour, le 15 novembre, date d'anniversaire de la création du nouvel ère.Étant la veille de la cérémonie, il était normal que les sujets de conversation soient tournés la-dessus. Eramus ne supportait plus d'entendre parler de ça. ll avait conçu un projet pour s'échapper de cette maison de fou. Il mettrait son plan à exécution le soir-même. Le seul problème, c'est qu'il ne savait pas où aller ensuite. Que ferait-t-il lorsqu'il serait dehors,
dans la rue ? L'idée d'essayer de trouver les démons lui avaient traversé la tête.Cependant personne ne savait où ils se cachaient. Eramus fut soudain tiré de ses
pensées par un coup sur son épaule. Il leva la tête et se trouva nez à nez avec un jeune garçon.- Hé ! Alors, prêt pour la cérémonie. Tu vas obéir comme tout le monde et arrêter de dire
de la merde, l'agressa le garçon.
- Lâche-moi Aymerick. De toute façon, j'y participerai pas à votre cérémonie à la con,
riposta Eramus et partit en vitesse en se frayant un chemin à travers la foule d'élèves.Quelques instants plus tard, le jeune garçon emprunta de petits escaliers qui s'enfonçaient
dans les entrailles de la Terre.Au bas des marches, se trouvait sa chambre. Il avait été placé, là, dès l'âge de quatre ans.
C'est à cet âge là que les effets du conditionnement commençaient à apparaître.
Malheureusement ses effets ne se manifestèrent pas chez Eramus. Il avait un
comportement rebelle et n'obéissait jamais aux règles établies par l'établissement, malgré toutes les sanctions qui lui étaient infligées.
Il ouvrit une petite porte de bois qui donnait sur une pièce sombre. L'adolescent passa
l'embrasure de la porte et alluma la lumière. La chambre était vide, seul un lit et une
commode occupaient la pièce.
Eramus posa ses affaires de classe dans un coin de la pièce. Il se déchaussa et s'étendit
sur son lit. Son réveil rouge posé sur une table de nuit indiquait dix-sept heures. Il avait
deux heures avant le repas pour peaufiner son escapade. Le garçon se pencha de son lit et tira de sous ce dernier, une boîte en carton. Eramus en sortit une liasse de feuilles et un livre relié de cuir noir. Sur les feuilles étaient dessinés des plans de certaines parties de l'établissement et des heures étaient inscrites. Elles indiquaient les heures de relève des
veilleurs de nuit. Cela faisait plus de trois mois qu'il préparait cette évasion. Le jeune garçon relut le plan qu'il avait échafaudé. Il allait commencer à vingt-trois heure, quand
tout le monde dormirait. Seuls quelques gardes seraient éveillés pour sécuriser le bâtiment. En effet, la veille de la Cérémonie était toujours un jour très tendue.
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