Journée venteuse

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Matin.

Lève toi, joue, souris.

Lève toi, cours, subis.

Lève toi, tu es l'Innocence même, tu es la ptite brise qui caresse le visage des gens et éclaire ne serait-ce qu'un peu leurs yeux.

Tu es c'rayon d'soleil qui traverse les nuages, cette rosée matinale, rosées sont d'ailleurs tes joues.

Midi.

Lève toi, prends ton masque, souris.

Lève toi, applique ce maquillage flasque, subis.

Lève toi, tu es c'te personne grise qui avance, rapidement. Tu n'as pas le temps, jamais. Ta belle montre est toujours là pour te le rappeler.

Tu es cette bourrasque contenue. Calme, plate, on ne parle pas de toi à la radio, la météo se doit plutôt de prévoir le prochain ouragan.

Soir.

Lève toi, paraît jeune, souris.

Lève toi, oublie ton mal de dos, subis.

Tu es cette personne âgée, jalouse de ta jeunesse, triste et abandonnée, maison de retraite du coin, retraite de vie pas chère. Ton appellation même est un euphémisme, tu n'es pas âgée, les années que tu as passé ici sont innombrables, innommables, tu les porte toutes, chacunes sur ton dos que tu dois chaque matin lever de ton lit froid.

Tu es ce vent qui picote les joues, gris et froid. Impénétrable, tu es celui que l'on fuit et que l'on laisse

Seul.

TournelunesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant