DERNIÈRE PARTIE.

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Mon meilleur ami m'attendait à la sortie du bureau de l'agent avec lequel j'avais eu rendez-vous. J'arrivais vers lui après cette entrevue infructueuse, et il m'attrapait les épaules en me demandant tout bas :

- Ça va, mec ?

Je ne pris pas la peine de lui répondre et fonça en dehors du bâtiment sans un regard dans sa direction. La porte se rouvrit derrière moi et je sentis une présence familière dans mon dos. Je pris une grande inspiration et descendis les escaliers, puis continuai à marcher sur le trottoir de droite sans prendre la peine de m'arrêter.

- Harry, attend, arrête toi s'te plait. On devrait en parler toi et moi. Tu dois en parler. T'as pas dit un mot depuis que je t'ai récupéré à l'hôpital tout à l'heure, tu m'inquiètes.

Je m'étais arrêté en entendant son discours, l'écoutant en fixant le sol, toujours dos à lui. Celui qui avait grandi en même temps que moi. Avec qui j'avais tout vécu. Celui qui me connaissait presque parfaitement. Mon frère, pas de sang certes, mais mon frère.
Je me retournai brusquement, et pour la première fois depuis longtemps, il m'a semblé l'avoir surpris. Je ne savais pas si c'était mon regard larmoyant, l'expression froide sur mon visage ou mon ton quand je pris la parole pour lui répondre, ou bien une sorte de mélange de tout cela.

- Mais que veux-tu que je te dise ? Hein ? Elle est morte, déclarais-je, et ça me frappa en réalisant que oui, c'est vrai. C'est vraiment en train d'arriver. C'est vraiment arrivé. Morte tu m'entends ! Ma Elena, la femme de ma vie. Ça devait être la mère de mes enfants, ma complice pour toujours ! Et à cause d'un putain d'alcoolique qui a loupé un feu rouge, tout cela n'arrivera pas, jamais ! On ne se mariera jamais, on n'aura pas d'enfants, on ne partagera jamais cet appartement dont on a tant rêvé !

Il resta immobile, face à moi, et ses yeux étaient aussi larmoyants que les miens. Je savais qu'il l'adorait. Qui pouvait ne pas l'aimer ? Et je savais que je lui faisais probablement de la peine en disant tout cela, mais je pensai qu'il avait raison finalement, j'avais besoin de parler. Je ne pouvais de toute façon pas m'en empêcher, je continuais encore et encore. Il me semblait ainsi presque entendre encore l'écho de son rire résonnant dans tout mon corps, et je savais ne jamais pouvoir l'ignorer, l'oublier.

- Et j'ai l'impression que c'est juste... tellement injuste tu vois ? Pleurais-je. Elle mérite tant de choses, elle est si jeune, si intelligente, drôle et gentille. Si belle. Et je refuse de mettre tout ça au passé parce que ce sera toujours le cas pour moi, elle est figée ainsi dans mes souvenirs. Et je n'en aurais plus jamais de nouveaux avec elle. Et elle, elle n'en aura plus jamais du tout. Tu te rends compte ? Et ce connard, qui s'en sort avec seulement un putain de poignet cassé... ça aurait dû être le contraire tu vois ? Pourquoi, mais pourquoi... pourquoi maintenant, pourquoi elle, pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Et notre avenir ? Et moi, sans elle ? Je deviens quoi ? Qu'est ce que je vais faire ?

Je m'écroulai, à genoux sur le béton, les larmes dévalant mes joues sans cesse.

- Qu'est ce que je vais faire ? Je répète, chuchotant vers le ciel. 

ElenaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant