JOAQUIN S'ÉTAIT RÉFUGIÉ DANS LES TOILETTES.
Bien que la forte musique ne le dérangeait pas, il sentait le besoin de se retrouver seul. La foule paraît si uniforme et partage le même état d'esprit festif, à l'opposé de lui. La joie brille dans leurs yeux tandis que la honte se lit dans ses pupilles. S'il est entré dans ce club, c'est bien sur un coup de tête. Un coup de tête certes agréable, qui le fait penser à autre chose que ses problèmes quotidiens, mais qui reviennent au galop. Même pas capable de payer un verre, songe-t-il. Qu'est-ce que je fais ici, au final ? Bien qu'il ne se sent pas à sa place, Joaquin a envie de rester. Il voudrait ressembler à ces personnes qui dansent depuis le début de la soirée. Ils n'ont la tête qu'à la fête et à rien d'autre - et c'est pour cela qu'il les envie.
En réalité, il sent plus ridicule. Il a l'air d'être un de ces personnages de cartoons qui atterrit dans un monde qui ne veut pas de lui, et c'est ce qui rend le dessin animé drôle. Il y voit déjà des situations rocambolesques lui arriver, et bien sûr, il y serait le personnage central, le plus burlesque d'entre tous. Peut-être devrait-il être comédien au lieu de musicien. Les studios de cinéma lui donneraient un rôle parfait du Mexicain stéréotypé.
Le jeune homme passe ses mains sous le robinet. Il les remplis d'eau puis s'humidifie le visage. En levant la tête devant le miroir, quelques écritures sur le mur attirent son attention. Des initiales entourées d'un cœur. Des citations plus ou moins célèbres. Quelques remerciements adressés aux employés. Des recommandations musicales. Tous des messages positifs, ne transmettant que de l'amour et de la bienveillance. Inconsciemment, un sourire se dessine sur ses lèvres. Il s'imagine rien qu'avec leurs initiales les personnes inscrivant ces mots dans un état euphorique. Peut-être même que les personnes entrant actuellement dans les toilettes écriront un message après son départ.
Joaquin pousse les portes des toilettes lorsque le groupe y entre. Dès lors, la musique double de volume. Il reconnaît les percussions d'un morceau de Woodkid avant que le guitariste ne se mette à chanter. Des connaisseurs de la chanson s'élancent sur la piste de danse, tapant des mains ou des pieds.
— Run boy run, this world is not made for you...
La grande salle lui semble davantage pleine que lorsqu'il l'a quitté. Pourtant, il ne s'est pas éclipsé aux toilettes si longtemps que cela. Un quart d'heure, tout au plus. Cela suffit aux personnes de passer la sécurité et respirer la bonne ambiance du club. À peine ont-ils mis un pied à l'intérieur qu'ils ne veulent plus y sortir. Les rayons du soleil du petit matin seront la seule raison qui les fera sortir, mais ils ont encore toute la nuit devant eux.
Les yeux dirigés vers la scène, Joaquin ne remarque pas l'homme qui fonce tête baissée dans sa direction. Il lui percute l'épaule avec une telle force que la moitié de son verre se renverse par terre. Une partie du liquide vient recouvrir les chaussures de Joaquin.
— Pardon.
Joaquin ne sait même pas pourquoi il s'excuse alors qu'il n'y est pour rien. Il en devient un réflexe chez lui de devoir se justifier pour ne pas que ses propos ou actions soient mal-interprétés. Le principal problèmes des immigrés est que les stéréotypes ont pris le dessus sur la réalité. Joaquin en a pris conscience à son arrivée. Les Mexicains sont souvent associés au trafic et au vol. Au mieux, c'est leur gastronomie qui est citée.
Le jeune homme serre les dents en sentant le liquide s'imprégner dans ses chaussures. Déjà usées, elles vont cette fois-ci être bonnes pour la poubelle. Joaquin pourrait essayer de les laver à la main mais l'odeur y sera incrustée. Un dégoût s'affiche sur son visage lorsqu'il la lève pour dévisager l'homme qui l'a bousculé. Celui-ci ne l'écoute pas et se retourne tout à coup, la mâchoire contractée.
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DANCING IN THE MOONLIGHT
General FictionManhattan, New York. À la tombée de la nuit, les rues de West Village s'animent de musiques entraînantes et de lumières scintillantes. L'heure de l'ouverture des clubs a sonné, les touristes et habitants de la métropole envahissent le quartier. La b...
