Charlie.
Ce prénom résonne encore jusqu'à mon cœur tout cotonneux. Je ressens cette vague d'Amour, comme au premier jour. Un Amour à son image, pure, enfantin et innocent. J'avais pour mission d'être un confident, un meilleur ami, un frère imaginaire. Et je l'aurai protégée contre le monde entier.
Je l'accompagnais partout, contre vents et marées. Je me devais d'être près d'elle. Ma présence la rassurait, malgré mon corps inerte. Elle n'avait pas besoin que je puisse bouger mes bras, que je la serre contre moi. Elle n'avait qu'à me regarder droit dans mes yeux sombres et alors elle savait. Elle était la lumière dans le reflet de mes pupilles... et je vivais à travers son âme d'enfant. Plus le Monde était fasciné par son optimisme irraisonné et naïf, plus ma place à ses côtés semblait essentielle. Ses rêves, ses inspirations, son intelligence insufflaient de la vie à mon être. Les astres contemplaient ce spectacle depuis les cieux.Un écho répétitif me tira de mes souvenirs heureux. Le tic et le tac d'une horloge. Le temps me rappelait à l'ordre.
Ce dernier, impétueux, ne nous laisse jamais l'instant de savourer ce que la vie a à nous offrir. Il est en perpétuel mouvement, nous ramenant de façon incessante au moment présent, moralisateur. Mais trêve de rêveries.
Je suis dorénavant sans Charlie et cette pensée me fait ressentir le vide, le néant devrais-je dire, d'une vie monotone et sans joie. Le désespoir m'envahit alors... puis l'incompréhension.
Qu'est-ce que je fais encore là? M'aurait-on oublié par inadvertance?Pour moi il était impensable que l'on m'ait laissé étalé au sol, livré à mon triste sort. Je me sens abandonné de toutes les manières et pourtant... j'étais à terre et me voilà comme revenu à la vie. Comment ai-je pu perdre connaissance?
Réfléchis. Réfléchis.
En y repensant, la maison semble inoccupée voire délaissée. Je me suis trouvé d'aspect fatigué, mais il est clairement évident que j'ai mangé la poussière. J'époussette mes vêtements, alors qu'un nuage, de ce qui parait être de la cendre, virevolte autour de moi. La lumière tombe soudainement et c'est la peur qui me prend aux tripes. Le jour fait place à la nuit.Une réminiscence. Nous avions toujours peur avec Charlie quand les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les maisons. Charlie me prenait alors par la main et m'entraînait dans une course folle contre la montre. Nous nous cachions dans son repère et restions tapis dans la pénombre à espérer que Papa et Maman oublient qu'il était l'heure d'aller au lit. Je me souviens que nous fermions fort nos yeux, cachés sous un plaid blanc délavé, troué... mais sous lequel l'odeur de Maman nous rassurait.
Et parfois, un tonnerre assourdissant résonnait dans le ciel. Il m'était arrivé de penser que c'était un feux d'artifices, car il me semblait apercevoir des étincelles rougeoyantes par la fenêtre. Mais vu la peur que je lisais dans les yeux de Charlie, je déduis très rapidement que c'était quelque chose de beaucoup plus effrayant. Il arrivait même que Papa et Maman viennent nous chercher pour nous cacher dans la cave secrète, sous la cuisine.
Et Papa nous serrait contre lui comme s'il avait peur qu'on nous arrache de force à ses bras...Je rouvre les yeux et me précipite dans l'escalier tournoyant qui mène à l'étage. Je saute de marche en marche, non pas sans efforts. Je me hisse en haut de chaque planche de bois jusqu'à atteindre la dernière.
J'observe alors un parquet usé, qui a perdu de sa splendeur. Il ne glisse plus comme quand Charlie décidait de skier avec ses chaussettes, arpentant le long couloir. Aujourd'hui, il paraissait miteux, avec quelques trous, sali.
Plus je sillonnais notre maison, plus j'arrivais à admettre qu'il n'y avait pas que le temps qui avait fait son œuvre...
Je décide de me rendre jusqu'à la chambre de Charlie, jusqu'à notre repère. Mais il n'est plus... je me retrouve face à l'absence d'une vie. Je reconnais à peine ce qui, dans ma mémoire, ressemblait à notre forteresse de bonheur. Des cabanes somptueuses de draps enchevêtrés, des livres empilés en guise de table, des coussins disposés dignes d'une couchette de Reine, le plaid de Maman pour nous porter chaud les jours d'Hiver, la dînette de poupée faisant office du plus beau service à thé, et Papa avait même branché une guirlande de lampions afin d'égayer l'abri.
Mais... il n'est plus. Tout à l'air d'être partie en fumée.La maison est embrumée. Par sa poussière, mais aussi par la tristesse qui se dégage du mobilier.
C'est comme si ma famille était partie sans réfléchir, laissant tout ce qu'il y avait ici. Dans certaines pièces le sol est même vraiment crasseux. Il m'apparaît maculé de jus de raisin séché, comme au rez-de-chaussée, dans le milieu du salon. Cela m'étonne que Papa et Maman n'aient pas nettoyé cela. Ils n'ont peut être pas eu le temps. Ma mémoire est encore embrouillée, elle essaie de rattacher les flashs entre eux, de former un récit clair et précis. Les derniers jours qui précèdent mon évanouissement sont manquants. Clairement, je ne parviens toujours pas à établir ce qu'il s'est passé.Me voilà tel un ourson amnésique, à la recherche de sa seule raison de vivre. Ma famille est ce que j'ai de plus précieux, au delà des astres qui m'ont créé. D'ailleurs, un signe du ciel serait le bienvenue...
- Olympe, aide-moi. Envoie moi n'importe quoi, un présage, une nouvelle mission, un indice, une promesse...
Je suppliais de pouvoir comprendre. Olympe est par définition une montagne sacrée où vivaient les Dieux de la mythologie grecques. Pour nous, elle correspond à la créatrice de toute chose. Elle nous transporte avec elle lorsque nous naissons, tels les bébés auprès de qui nous sommes envoyés. Olympe est passionnée, imprévisible, solitaire. Elle se montre quand bon lui semble. Elle est charmeuse et peut parfois être difficile à cerner.
- Olympe! Tu vas donc me laisser là? Dans une maison peuplée de cicatrices du passé?
Mais Olympe ne répondit jamais.J'attendis, des heures durant... dans la maison froide et assombrit par la nuit. Je ne comprenais pas. Mon existence même ne pouvait être synonyme de solitude, cela va à l'encontre de ce que je représente pour Charlie.
Une prise de conscience. Je ne peux vivre sans ma famille, et elle sans moi. Je me dois de les retrouver...
Voilà ma mission! Je viens de m'éveiller après ce qui parait être une éternité... c'est bien pour une raison: quitter ce lieu d'orages. Je vais devoir puiser dans toute mes forces et m'armer de courage.
Une dernière halte, la « commode à souvenirs » comme l'appelait Charlie. Un objet, que je devrais protéger, que je devrais ramener de mon périlleux voyage. Je tire l'immense tiroir en chêne massif. J'en extrais ce qui deviendra alors le dessein d'une vie...
Une photographie intacte de nous quatre. Papa aux côtés de Maman, se regardant comme on admire son âme-sœur. Charlie, dans les bras de Papa, le sourire troué de dents emportées par la fée Souricette. Et moi, pendouillant du sac à dos qu'elle tient d'une main, car il était important que je figure sur le cliché. Je vous emmène avec moi, je vous retrouverai.
« Olympe, ne m'abandonne pas. » pensais-je.

VOUS LISEZ
Mon âme étoilée.
AventuraUn ourson pelucheux se réveille dans une grande maison bien vide. Qu'est ce qu'il fait là? Pourquoi se retrouve t-il tout seul? Que doit-il accomplir? C'est en tout cas ce que va chercher à découvrir ce doudou rempli de courage, en se lançant dans...