Le lendemain matin, nous avons quitté avec tristesse la chaleur de la maison de ma mère pour rejoindre le froid polaire qui nous attendait. Mais la météo avait prévu une dernière surprise pour Min-jun dont le regard s'est illuminé en voyant les flocons tomber. Une épaisse couche blanche recouvrait le sol et nous n'avons pas résisté à nous lancer dans une bataille de boules de neige sur le chemin.
Le trajet a pris encore plus de temps qu'à l'aller, mais au fond du bus, Min-jun et moi nous tenions chaud, collés l'un à l'autre. Moi contre la fenêtre, sa tête contre mon épaule, dans un véhicule presque vide qui luttait pour circuler sur la route verglacée, j'étais à deux doigts de m'endormir. Finalement, à cause des perturbations, nous finissons une grande partie du trajet à pied, mais contre toute attente, ce n'est pas désagréable. Nous nous tenons la main, pataugeant dans la neige fondue, appréciant le silence des rues fantomatiques.
Alors que nous traversons la place Carnot, je décide de faire un crochet par l'agence pour souhaiter un joyeux Noël à Roger. Malgré la situation, je ne veux pas garder de rancœur. Ce n'est pas vraiment de sa faute si la boîte coule. Je n'ai aucune possibilité de l'aider de mon côté, mais je sais qu'il passe sa vie derrière son bureau, alors je peux bien lui payer une petite visite. Ce sera l'occasion de lui offrir un des nombreux ballotins de cookies que ma mère nous a donné avant de partir. Mais en arrivant devant l'agence, les stores sont tirés, la porte est verrouillée, et il n'y a plus aucune affiche sur la vitrine. En fait, elle a tout l'air d'être abandonnée, alors que quelques jours à peine auparavant elle était couverte d'informations.
L'inquiétude contenue par le fameux esprit de Noël qui occupait mes dernières journées rejaillit d'un coup et je manque de partir en crise d'angoisse en pleine rue.
Et si jamais il lui était arrivé quelque chose ?
Et s'il avait simplement disparu dans la nature ?
Qu'est-ce que je suis censé faire ?
Les questions envahissent mon esprit et j'ai l'impression de perdre pied. L'angoisse me consume comme un tsunami alors que j'avais la sensation, il y a quelques heures encore, de voguer sur des eaux calmes et apaisantes, et ça ne fait qu'aggraver mon anxiété.
Min-jun m'attrape les mains pour me tourner vers lui, puis pose ses paumes sur mon visage, s'efforçant de capter mon regard.
— Raphaël ? Tout va bien. Regarde-moi.
Je parviens tant bien que mal à m'accrocher à lui et à ses yeux, et la rue s'arrête enfin de tourner. Je ferme les paupières et applique les exercices qui m'aident à chaque fois que je panique.
— Rentrons, me suggère Min-jun, et tu pourras l'appeler depuis chez toi, au calme, et aviser.
Je hoche la tête, respire profondément, et me remets en marche vers mon appartement. Mais pendant la vingtaine de minutes de trajet qu'il nous reste, je ne lâche pas sa main une seule seconde.
***
C'était inespéré, mais après une quinzaine d'appels, il finit par répondre.
— Roger ! m'écrié-je. Tout va bien ?
Je l'entends râler à l'autre bout du fil.
— Il me semblait que tu étais plutôt du genre malin, non ? Tu ne t'es pas dit que si je ne décrochais pas c'est que je ne voulais pas te parler ?!
— Quoi ?
Je ne comprends pas ce qu'il raconte.
— Je m'inquiétais pour toi, Roger ! L'agence est fermée et a l'air complètement abandonnée !
VOUS LISEZ
Lyon sous la Neige
RomanceRaphaël Lee n'est pas un grand passionné de la vie en règle générale, mais s'il y a bien quelque chose qu'il a en horreur, c'est Noël. Alors quand le directeur de l'agence Lyon Korean Tour pour laquelle il est guide touristique lui annonce que le de...
