Sa voix dans la pluie.1

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Seule sous la pluie, la musique est la seule chose que tu entends encore.
Le monde autour de toi est devenu flou, étouffé, comme si tout s'était éloigné depuis longtemps.

Depuis combien de temps es‑tu là, allongée sur le bitume froid?

Tu ne sais plus vraiment. Peut‑être vingt minutes, peut‑être une éternité.
Tu fixes le ciel gris sans vraiment le voir, en te disant que ce serait plus simple de ne plus te relever.

Tu n'as plus la force de lutter contre les regards, contre les rires étouffés dans les couloirs de l'université, contre leurs mots qui s'accrochent à toi même quand tu rentres chez toi.

Elles ont réussi à te faire croire que tu n'étais rien.
Que tu ne serais jamais assez.

Alors la question tourne en boucle dans ta tête, comme une chanson que tu détestes :

«Est‑ce que je suis vraiment aussi horrible qu'elles le disent?»

Tu penses à ta sœur, à sa voix qui te disait que la vie serait dure, mais que tu tiendrais.
Tu penses à ta famille que tu n'as presque pas connue.

Et tu penses à lui.
À s/p.

À ce garçon que tu regardes de loin depuis des années, sans jamais oser espérer quoi que ce soit.

Tu te convaincs que personne ne remarquera ton absence.
Que personne ne viendra te chercher.

Le bruit d'une voiture déchire soudain le silence.
Des phares.

Un choc.

Puis plus rien qu'une douleur sourde et la pluie qui continue de tomber.

Le monde devient lointain, comme si tu glissais doucement ailleurs.

Et puis une voix.
Sa voix.

Il appelle les secours, la panique tremble dans chacun de ses mots.
Quand il se penche vers toi, tu sens ses mains froides attraper les tiennes.

— Reste avec moi... s'il te plaît, reste...

Tu n'arrives presque plus à respirer, encore moins à parler.
Mais il y a une chose que tu refuses d'emporter avec toi sans l'avoir dite.

— Je... t'aime...

C'est à peine un souffle.

Sa main se resserre autour de la tienne, comme s'il avait peur que tu disparaisses.

— Tu ne peux pas partir... pas comme ça... tu m'entends ? Tu restes avec moi.

Sa voix se brise et, pour la première fois, quelqu'un a l'air d'avoir peur de te perdre.

Les sirènes résonnent au loin, la pluie devient plus froide, plus lourde.
Tes paupières se ferment sans que tu puisses lutter.

Et juste avant que tout ne s'éteigne, tu comprends une chose :

tu n'étais pas invisible.

Pas pour lui.

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