Chapitre 7 - Copie presque conforme

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Ghost Town, Benson Boone


Tyra

Lorsque je reprends conscience, un goût amer en bouche, je panique quelques instants. Mes paupières papillonnent, mais rien n'y fait, je suis comme aveugle, la noirceur ne voulant pas déserter mon champ de vision. Puis je calme mon coeur en inspirant profondément, ce qui me vaut un gémissement de souffrance quand un éclair de douleur me vrille le dos et se propage jusqu'à mes côtes. Je fais le vide dans mon crâne pour agir et réfléchir avec rationalité. Jamais aucun anesthésiant ou poison ne m'a fait un tel effet -me priver de ma vue- ce qui ne peut signifier qu'une seule chose. J'ai paniqué impulsivement en oubliant de réfléchir avec ma raison et non ma sensibilité. Peu à peu, mes yeux s'habituent à l'obscurité et je commence à distinguer quelques formes, et des étoiles brillant faiblement à travers les vitres. Je ne suis pas aveugle : il fait simplement nuit.

Je sursaute brusquement quand une voix se fait entendre sur ma gauche, proche, bien trop proche. Mes muscles se tendent par anticipation.

- Tu es enfin réveillée.

Serait-ce une pointe de soulagement que je détecte dans la voix de Narciso ? Impossible. Ou alors cet abruti cache bien son jeu. D'après mes souvenirs, et malgré les quelques trous noirs qui les peuplent, je me remémore bien ce qu'il s'est passé, mais surtout qui en était à l'origine. Ça commence par Nar, ça continue avec ci, et ça se termine par so.

- Qu'est ce que tu veux ?

Ma voix se brise sur la fin de ma phrase, et je m'en veux pour cet aveu de faiblesse. Mais vu la sécheresse qui habite ma gorge, plus rien ne m'étonne.

- Combien de temps j'ai dormi ?

Je discerne la silhouette de Narciso dans la pénombre. La lueur des étoiles se reflète dans la noirceur de son regard alors que de profondes cernes dévorent une partie de son visage. J'aurai presque un pincement au cœur pour lui face à sa fatigue évidente. Presque. Tout réside dans la subtilité.

Il soupire longuement et fuit mon regard, comme s'il redoutait la réponse que j'attends. Qu'est ce qu'il se passe ?

- Deux ans, m'annonce-t-il d'une voix grave.

- Quoi ?

Ma voix m'échappe, déraille et s'éteint complètement, mon souffle se coupe dans mes poumons. Comment..? Ce n'est pas possible. Je le saurais si j'étais restée inconsciente tout ce temps.

Puis un rire grave, rauque éclate dans le silence de la chambre. Est-il vraiment en train de rire de mon désarroi ?

- Mais non Tyra ! Je rigole, tu as dormi seulement quelques heures.

Il rigole. Je grince des dents, pas du tout amusée par sa tentative de plaisanterie. Depuis quand fait-il même de l'humour ? Suis-je tombée dans un univers parallèle ? Ça me parait toujours plus probable que ce je vis actuellement.

Je grimace en réalisant ce qu'il est en train de faire à travers ses plaisanteries. Il essaye d'installer un sentiment d'intimité entre nous, de complicité. Plutôt crever.

- Mais ça n'a rien d'amusant ! Tu trouves ça drôle toi ?! explosé-je. De quel droit penses-tu même pouvoir te moquer de moi après ce que tu as fait ?!

L'amusement qui était apparu sur son visage disparaît bien vite face à mes cris. Il me fixe avec un air grave, où je décèle une note colérique. Parce qu'en plus, Monsieur a le culot d'être en colère ? Mais pour qui se prend-il ?!

- Tu devrais baisser d'un ton la mia rosa, toute la villa n'a pas besoin de t'entendre.

J'hausse un sourcil, prenant sa menace comme un défi.

Rose de SangDes histoires addictives. Découvrez maintenant