Chapitre 8 - La mia rosa

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Drink in Moderation, BOY LOCO



Narciso

Deux ans plus tôt, Provence, France

Installé derrière le volant de ma La Ferrari, la musique de Linkin Park en fond, je mange le burger que je viens de récupérer dans un fast-food, à une dizaine de minutes d'ici. Ce n'est pas le meilleur que j'ai jamais mangé, mais il fait l'affaire. Je l'ai avant tout choisi parce que cette enseigne est relativement proche du manoir des Roy, et le repas est servi rapidement. Je ne m'absente ainsi pas plus d'une trentaine de minutes en tout.

Ma voiture n'est pas un modèle très discret, mais dans ce coin, il permet de ne pas faire tâche et donc de passer relativement inaperçu. Personne ne se pose de question quant à la présence d'une Ferrari à côté du manoir du Parrain de la mafia française. Une Fiat 500 aurait bien plus fait débat.

Garé sur un chemin de terre perpendiculaire à la route principale, je suis invisible pour les gardes qui patrouillent sur la propriété des Roy, mais je garde leur portail d'entrée bien en visuel. Un coup d'œil vers l'horloge du tableau de bord m'indique qu'ils ne devraient pas tarder.

Quand on parle du loup...

Le portail s'ouvre silencieusement pour laisser sortir une Mercedes Classe G noire rutilante. Les roues soulèvent des nuages de poussière dans leur sillage dû à la sécheresse qui fait rage depuis un long mois en Provence. C'est une jolie région de France, ce qui en fait un lieu plutôt agréable pour une planque aussi longue. Si j'en avais le cœur, je rirais face à l'ironie de ma situation. Voilà que j'agis comme les forces de l'ordre, alors que j'ai grandi au cœur de la Cosa Nostra, l'héritage familial qui me reviendra de droit un jour.

Je laisse passer quelques secondes avant de faire démarrer le moteur de La Ferrari dans un puissant rugissement. Un sourire ourle mes lèvres face à l'adrénaline que procure cette voiture. Un léger chatouillement de la pédale d'accélaration et le véhicule s'élance à la suite du 4x4. Je veille à maintenir une distance suffisante entre nos voitures pour ne pas paraître trop suspect, mais suffisamment proche pour ne pas les perdre de vue.

Je roule la fenêtre ouverte, bercé par les grillons qui ne se taisent jamais en Provence quelque soit l'heure de la journée ou même de la nuit, et par le moteur de mon bolide italien.

Rapidement, nous arrivons vers des zones plus urbaines, où la ville ronge la nature jusqu'à la faire disparaître totalement pour la remplacer par de longues rues colorées. Des touristes déambulent sur les trottoirs, certains en tenue de plage, d'autres plus habillés pour sortir en société. Je vois quelques jeunes courir derrière les deux voitures, téléphones levés pour filmer. Avec un brin de narcissisme, et une bonne dose de générosité -surtout pour me donner bonne conscience- je fais vrombir le moteur sous leurs acclamations enjouées.

La Mercedes s'engage dans un parking souterrain, je sais où se situe l'unique sortie piétonne de ce parking, je les ai tous étudiés pendant les longues heures calmes de ma planque. Alors je me gare sur une place en bord de plage, effectuant rapidement mon créneau. Je me suis probablement entraîné plus de fois que le nombre de créneaux qu'effectue un humain lambda dans sa vie, mais c'était nécessaire pour le bien de ma mission. Je sais qu'à cet endroit, ma voiture ne risque rien, la police patrouille régulièrement dans ce quartier, du fait des nombreuses boutiques de luxe qui s'y trouvent. La justice et les forces de l'ordre ont avant tout l'argent pour moteur, c'est un fait irréfutable.

Je réajuste ma paire de lunettes de soleil sur mon nez avant de sortir de ma voiture. J'avance comme si je connaissais la ville depuis toujours et que je venais simplement faire ma promenade digestive dans ce quartier. En réalité, je compte les secondes qui se sont écoulées depuis que la Classe G est entrée dans le parking souterrain. Dans une vingtaine de secondes environ, ses passagers en ressortiront, dix mètres derrière moi. Je m'arrête devant la boutique Hermès, faisant mine de passer un appel tout en suivant l'aiguille de ma montre parcourir son chemin. Je relève les yeux au moment où deux hommes, des gardes du corps, sortent du parking entourant une jeune fille.

Rose de SangDes histoires addictives. Découvrez maintenant