5) Joan : Ne jamais tourner le dos

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Le corps taillé en muscles, vêtu de noir, du commandant Jeon se dressait devant moi, prêt à l'action. Ses poings serrés attendaient mon attaque, mais j'hésitais, figé par le dilemme de frapper un supérieur, même dans un entraînement.

— Allez, Joan, dépêche-toi, le temps presse...

Il balançait la tête, gestes invitants, comme ces figurines hawaïennes dans les voitures, lançant un "Allez viens, je t'attends". La tentation de lui montrer de quel bois je me chauffais était irrésistible. C'était le moment parfait pour libérer la rage accumulée en moi ces derniers jours.

— J'y vais.

Un pas en avant, mon poing fusant vers sa tête. Il esquiva aisément. Un coup de genou suivit, bloqué par son avant-bras. Puis, il saisit ma jambe, me maintenant en l'air, rappelant la situation avec Hoseok quelques instants plus tôt.

— On se dégonfle, soldat ?

Son ton supérieur m'irritait au plus haut point. Il n'était pas différent des autres. Depuis cette nuit-là, je savais comment il me percevait. Une simple poupée, rien de plus. Je tirai sur lui pour le faire chuter, il roula et se releva, souriant.

— Pas mal, mais peux mieux faire.

Je déployais toutes les techniques de judo et de self-défense apprises à l'armée, mais il parait toutes mes attaques avec son sourire obstiné.

— Battez-vous, soldat Joan. Ne vous retenez pas. Montrez-moi ce que vous valez au corps-à-corps.

Je jetais un œil aux autres, se battant férocement, observés de près par le commandant Park. Si je voulais regagner son estime, je devais me surpasser, tout donner.

Après un coup dans les côtes et une gifle satisfaisante, je tentais de reprendre mon souffle en vain. Une faille dans sa garde se dessina, je le plaquai au sol avec une prise de judo. Mon corps l'immobilisa, m'assurant qu'il ne puisse se relever, et il gémit.

— Je ne me bats pas contre un homme qui se défend seulement.

Ma réplique le contraria. Il renversa la situation, me laissant étalée au sol, prise au dépourvu. Il avait gagné, me ridiculisant une fois de plus.

Sourcils arqués, sourire en coin, il savourait ma vulnérabilité. Avais-je l'air d'une brebis égarée, commandant Jeon? La simple pensée qu'il puisse éprouver de la pitié m'exaspérait. Je luttai, poussant de toutes mes forces, mais il était bien trop fort.

— J'aime ce regard, Joan. Celui qui exprime votre rage de vaincre. Le même que vous me lancez maintenant. Celui qui dit 'Ferme-la, connard'. C'est ça que je veux voir quand vous vous battez, soldat.

Mon corps se figea. Il me fixait, me maintenant au sol.

Il enserrait mes poignets, laissant probablement des marques visibles. Après maintes tentatives vaines, mon pied gauche trouva un chemin, mon genou atteignant son point faible. Un cri retentit et tout s'arrêta.

— Jungkook ? Soldat Joan ? Tout va bien ?

Le commandant Park arriva en hâte pendant que je regardais l'autre homme, souriante. Je me relevai, couverte de boue, épuisée.

On avait dit entraînement, pas mise en scène...

Sa voix s'éleva, mettant fin à l'exercice général.

J'avais à peine dévié mon regard qu'une main s'abattit sur ma gorge, un bras enserrant mon cou. Le commandant Jeon, son souffle hargneux, m'empêchait de respirer, me maintenant prisonnière de sa prise implacable. À nouveau, j'étais piégée.

Bias [JK]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant