7) Joan : Prouve-moi que j'ai tort

40 7 2
                                    

L'orgueil gonflait en moi sous le regard fier du commandant Kim, bien plus que je ne l'aurais cru. Enfin, j'étais à ma place, celle que j'avais durement gagnée. Malgré l'envie de sauter, de crier, de rire aux éclats ou de défier ceux qui m'avaient rabaissée, rien de cela ne s'est produit. Mon corps avait instinctivement saisi la main du colonel Hyun, puis j'avais souri largement à celui qui m'avait permis de réaliser mon rêve. Pourtant, c'était le regard du commandant Jeon qui m'a ramenée à la réalité. Ce n'était pas grâce à lui, ni à aucun homme ici, mais purement par mon acharnement que j'avais réussi. Son regard s'est durci à son tour, comprenant probablement que je ne prévoyais pas de le remercier.

Plus tard, il est venu dire bonjour à Oncle Jin, qui l'avait, comme toujours, mis en garde. Durant le reste de la soirée, les félicitations et les commentaires sur ma féminité dans un système aussi machiste m'épuisaient. Répéter à chaque fois que mon genre et mon sexe n'avaient rien à voir avec mes compétences était fatiguant. Comme me l'avait fait remarquer le commandant Kim Taehyung dans l'infirmerie, j'étais un soldat avant tout.

Le repas s'était éternisé, peut-être un peu trop pour moi. Tellement que je m'étais éclipsée un moment dans la cour pour prendre l'air. La pleine lune éclairait parfaitement le parterre en gravier et le terrain tout autour. Quelques groupes d'amis discutaient ici et là, levant leurs verres pour fêter les nouveaux arrivants.

Au détour d'une allée, j'étais tombée sur un parterre de fleurs et un banc. J'y distinguais même le bord d'un cours d'eau, l'endroit parfait pour reposer mes pieds engourdis après avoir porté des talons toute la soirée. Le tintement de la médaille autour de mon cou me fit sursauter et je la serrai instinctivement.

— Vous fuyez les feux des projecteurs ?

Une voix qui me surprit.

— Ça se voit tant que ça ? J'ai répondu en me retournant vers le commandant Kim Taehyung qui sortait d'un chemin, à l'angle d'un arbre.

Il avait l'air joyeusement saoul. Ses pommettes étaient d'un rouge discret, lui donnant un air enfantin.

— Ne vous inquiétez pas, personne ne vous en voudra d'avoir pris un peu de temps pour vous ! Les autres ne doivent même pas avoir remarqué votre absence... Il a laissé un silence étrange pendant lequel il m'a observée longuement. Les autres, mais pas moi, a-t-il précisé en se grattant la gorge.

J'écoutais attentivement, oubliant la fraîcheur de l'eau qui coulait sur mes pieds. Même la brise qui me faisait frissonner s'était évaporée.

Je suis vraiment content que vous ayez eu cette place, Joan. La confusion dans son esprit lui a fait totalement oublier les différences de grade. Tu la mérites plus que quiconque. Je veux que tu saches que j'étais pour toi bien avant toute cette histoire d'égalité des sexes et de représentation des genres-

— Les représentations des quoi ? Je l'interrompu en me redressant brusquement.

Il se mordit la lèvre, regrettant visiblement ses paroles. Le commandant Kim approcha ses mains de sa bouche, les plaquant contre celle-ci comme un enfant pris en flagrant délit.

Je lui demandais ce qu'il voulait dire, tentant de m'imposer, mais il continua à se tenir la bouche, secouant la tête de droite à gauche.

— Hn. Hm. Hn. A-t-il baragouiné.

— Taehyung !? Une voix cria depuis les portes de la salle. Bordel, Taehyung, t'es là ?

Le commandant Jeon s'était approché et avait repéré son confrère qui tentait tant bien que mal de rester debout sur ses jambes. Il l'attrapa par le bras, mais Taehyung se débattu, affirmant pouvoir marcher et ne pas passer pour un idiot devant moi.

Bias [JK]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant