Guntar Gratsans leva les yeux vers la prisonnière et sourit étrangement. Philesta le fixait sans ciller, le cœur empli de rage. Il se tourna vers l'homme qui tenait la guérisseuse et lui dit :
— Voici un ordre de la plus haute importance pour vous, Elyrian : vous allez épouser la guérisseuse Katharos. Je pense que vous avez bien compris le sens de mes paroles. C'est pour le bien de notre peuple.
Philesta vit Elyrian frémir à ses côtés, puis répondre après quelques secondes de silence, d'une voix étrange, bouillonnante de rage.
— J'ai bien compris, chef.
Puis le chef des Gratsans sourit, satisfait, et déclara :
— Comme ce n'est pas un mariage important et qu'il n'est pas forcément consenti, nous allons procéder à la cérémonie immédiatement.
La jeune femme, qui n'avait pas encore réalisé le sens des mots prononcés par Guntar Gratsans, sursauta quand on lui posa la question à laquelle elle pensait répondre aux côtés de Konstan.
— Le voulez-vous ?
Philesta blêmit. Elyrian avait déjà répondu un « oui » sourd et la regardait de ses yeux bleu foncé d'un air menaçant.
La jeune femme balbutia :
— Oui...
Le chef des Gratsans applaudit et dit :
— Très bien ! Bien sûr, il n'y a pas de bagues, de toute façon, le mariage ne durera que le temps nécessaire.
Philesta vit Elyrian serrer les poings de rage et se demanda avec inquiétude ce que voulait dire le chef. Guntar Gratsans se leva de son siège et déclara finalement en sortant de la pièce :
— Vous habiterez dans l'ancienne maison du cordonnier.
Elyrian attendit que son chef sorte de la salle pour tirer brusquement la jeune femme hors de l'imposante demeure. Il la tira jusqu'à leur nouvelle maison qu'il ouvrit avant de la pousser dedans. Sans un mot, le jeune homme ôta le tissu sombre qui cachait le bas de son visage et ne laissait entrevoir que ses yeux, puis le posa sur la table.
Philesta, tétanisée, ne bougeait pas. Il était furieux et elle ne voulait pas qu'il ait l'idée d'extérioriser sa colère sur elle. Finalement, Elyrian se tourna vers elle et la jeune femme put apercevoir entièrement son visage. Il avait les traits étonnamment fins, une mâchoire marquée, des lèvres légèrement pulpeuses, un nez bien dessiné, des yeux en amandes bleu foncé et des sourcils arqués.
Il s'approcha d'elle et, d'un coup de couteau précis et rapide, coupa ses liens, puis il plongea son regard dans ses yeux et dit :
— Que ce soit bien clair, tu n'as aucun droit ici, tu n'es ma femme que sur le papier et je te haïrai toujours.
Il se recula et sourit nerveusement en murmurant :
— Je n'y crois pas... Comment ça a pu m'arriver à moi ? Comment a-t-il pu me faire ça ?
Philesta se racla la gorge et les yeux bleus recroisèrent son regard. Elle frémit et demanda :
— Que voulait dire votre chef quand il disait que le mariage ne durerait que le temps nécessaire ?
Elyrian la regarda avec incompréhension comme si c'était lui qui venait de poser la question. Au bout de quelques secondes de silence, il fronça les sourcils et sortit de la maison. La jeune femme, le cœur battant, le rattrapa et lui demanda d'une voix tremblante :
— Vous ne pouvez pas me le dire ? Je vous en prie...
Elyrian les lèvres frémissantes de rage répondit :
— Pourquoi crois-tu que tu es encore en vie ?
Philesta s'écria les larmes aux yeux :
— J'aimerais bien le savoir !
Le jeune homme fronça les sourcils et dit :
— L'unique raison pour laquelle tu es encore vivante est que tu es la guérisseuse des Katharos. Et, n'essaye pas de me faire croire l'inverse : tes cheveux blancs sont la preuve que tu descends des guérisseuses Katharos.
La jeune femme déglutit et répondit :
— C'est vrai, c'est moi.
Elyrian la regarda avec dégoût et poursuivit :
— Comme tu es guérisseuse, ta fille le sera aussi, mon chef m'a donc ordonné par ce mariage de... concevoir un enfant avec toi. De cette façon, le don de guérison sera désormais dans notre peuple.
Philesta recula choquée. Elle ne permettrait jamais qu'il la touche. Le jeune homme se rapprocha d'elle et ajouta avec mépris :
— Lorsque ton enfant sera né, et, comme les guérisseuses ne peuvent avoir que des filles, cela prendra moins d'un an, je te tuerai. C'est cela que voulait dire mon chef quand il disait que le mariage ne durerait que le temps nécessaire. Après ta mort, ton enfant sera éduqué par une nourrice de notre peuple. N'imagine surtout pas qu'avec ton enfant, tu constitueras ma famille !
Elyrian avait presque crié sa dernière phrase tant il bouillonnait de rage. Il avait tout donné à l'armée des Gratsans, tout, et ce, depuis tout petit, car il avait perdu ses parents très tôt. Cependant, il y avait une seule et unique chose qu'il s'était promis de protéger à tout prix : c'était sa future famille. Mais voilà qu'on lui demandait de céder sur ce point.
Philesta le regarda avec effroi, le sang glacé. Elle allait être utilisée puis tuée, et son enfant serait élevé selon les lois du peuple ennemi. On ne pouvait imaginer pire déshonneur.
Le jeune homme lança un dernier regard à la jeune femme, puis partit d'un pas rapide, la mâchoire serrée.
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Illusion (autopublié)
ParanormalPhilesta est la dernière de sa lignée. Gardienne du pouvoir de guérison du peuple Katharos, elle se croyait promise à une destinée sacrée... avant de voir son monde réduit en cendres par les Gratsans. Capturée, elle est condamnée à épouser Elyrian...
