Philesta reprit connaissance et ouvrit les yeux embués de larmes qu'elle n'avait pas senties venir. Elle se redressa sur les avant-bras et sentit un liquide chaud couler sur ses mains. La jeune femme s'assit alors péniblement et passa une main tremblante sur son crâne. Il était poisseux et brûlant et, une douleur lancinante commençait à se faire sentir.
Elle sentit distinctement son cœur ralentir de plus en plus dans sa poitrine. Ses oreilles bourdonnèrent, sa vue se brouilla. Ses membres devinrent de plus en plus lourds comme aimantés par le sol. Philesta s'agrippa au sol de toutes ses forces. Elle ne voulait pas mourir, elle refusait obstinément de quitter ce monde. Elle se redressa et, dans un dernier sursaut d'énergie, sonda le reste d'eau de son corps pour en extraire les propriétés bienfaitrices. Soudain, son corps fut irradié d'une onde de chaleur et ses blessures se refermèrent : son pouvoir agissait. Son cœur s'accéléra, faisant affluer le sang dans tout son corps, ce qui la réchauffa tout à fait. Philesta cligna des yeux, abasourdie : elle avait failli mourir.
Elle se leva brusquement et chercha tout autour d'elle, le corps d'Elyrian. Elle le vit et eut un haut-le-cœur en découvrant l'état de ses jambes. Elle s'approcha du jeune homme et s'accroupit à sa hauteur pour prendre son pouls. Il était encore vivant.
Philesta le regarda un instant et se demanda s'il méritait qu'elle le sauve : après tout, il avait contribué à la destruction massive de son peuple ! La jeune femme se souvint alors de la loi suprême des guérisseuses :« Qu'importe la personne qui se trouve devant elle, la guérisseuse doit la sauver, car son rôle est de guérir et non de s'octroyer le droit de choisir qui doit vivre ou mourir. ».
Elle serra alors les lèvres puis posa ses mains sur le ventre d'Elyrian afin de récupérer son eau. Elle ferma les yeux et transporta le liquide dans tous ses membres afin de les guérir. Puis elle se leva. Elyrian ouvrit les yeux et expira bruyamment comme s'il reprenait vie. Philesta se pencha vers lui et dit simplement sans aucune émotion :
— Je viens de te sauver la vie.
Le jeune homme la fixa avec un regard indéchiffrable, puis il regarda ses mains et ses jambes et dit finalement en se relevant :
— Je ne t'ai pas permis de me tutoyer.
La jeune femme eut un hoquet de surprise. Elyrian se dépoussiéra et continua :
— Maintenant que tu m'as sauvée, ne pense pas que je me sentirai redevable. C'était ton choix et non le mien.
Philesta serra les poings et répliqua :
— Si ça n'avait tenu qu'à moi, je vous aurais laissé agoniser ici, mais je suis une guérisseuse Katharos et, en tant que telle, je me dois de respecter certaines règles, dont le fait de sauver les blessés qui se trouvent sur mon chemin !
Le jeune homme remit en place sa ceinture et reprit :
— Je me moque de tes raisons, mais ne pense pas que je te doive quoi que ce soit.
La jeune femme fronça les sourcils et s'écria :
— Mais enfin, c'est si compliqué que ça de dire merci ?!
Elyrian la scruta quelques minutes de ses yeux bleu foncé et répondit d'une voix acide :
— Je ne remercierai jamais mon ennemie...
Puis il passa à côté de Philesta sans la regarder. La jeune femme le regarda s'éloigner, des larmes de rages brillant dans ses yeux. Elle murmura :
— Tu n'imagines pas à quel point je te hais, misérable...
Maintenant qu'ils étaient descendus de l'Ercona, le peuple des Gratsans ne pouvait plus les trouver. Ils étaient désormais hors d'atteinte. Philesta fit glisser le tissu grisâtre de ses cheveux, laissant au vent sa longue chevelure blanche, puis lança le chiffon au sol, un sourire assuré se dessinant sur ses lèvres. Elle était désormais libre. Elyrian ne la contrôlerait pas, elle ne le permettrait plus.
Les Katharos avaient un honneur et cet honneur reposait à présent entièrement sur ses épaules. Son peuple avait peut-être perdu la guerre contre les Gratsans, mais elle, ne perdrait pas sa bataille contre Elyrian.
Philesta leva le menton et avança jusqu'au jeune homme, lequel ne bougeait étonnamment plus depuis quelques secondes... La jeune femme se plaça à côté de lui et tourna les yeux dans la direction de son regard. Elle comprit alors l'immobilité d'Elyrian et se figea à son tour face au paysage qui s'offrait à ses yeux : les lumières multicolores qu'elle avait aperçues à la descente de l'Ercona, se trouvaient maintenant devant eux et elle vit ce qu'elles étaient réellement...
Elyrian se ressaisit lentement et souffla, impressionné :
— Mais qu'est-ce que c'est ? Pourquoi... est-ce aussi immense ?
Philesta s'avança lentement, le souffle coupé, et murmura, le reflet des lumières multicolores dansant dans ses yeux écarquillés :
— Alors, comme ça, durant tout ce temps, nous n'étions pas seuls ?
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Illusion (autopublié)
ParanormalPhilesta est la dernière de sa lignée. Gardienne du pouvoir de guérison du peuple Katharos, elle se croyait promise à une destinée sacrée... avant de voir son monde réduit en cendres par les Gratsans. Capturée, elle est condamnée à épouser Elyrian...
