Chapitre 6.

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Philesta serra ses mains glacées entre elles et s'approcha à pas de loup de la tombe d'Elyrian. Elle s'accroupit et, à la force de ses mains, déterra motte de terre par motte de terre le cercueil du jeune homme.

La jeune femme serra les dents et l'ouvrit fébrilement, laissant apparaitre un corps emmailloté d'un drap blanc. Elle le souleva et vit le visage paisible d'Elyrian. Elle resta un instant sans bouger, impressionnée par la pâleur de ses traits, puis se ressaisit rapidement et posa les mains sur son ventre. Philesta ferma les yeux et concentra toute son attention dans les mains afin de manipuler l'eau de son corps et ranimer le jeune homme.

Au bout de quelques secondes à peine, Elyrian ouvrit les yeux et se redressa. Il regarda autour de lui en frissonnant et se leva péniblement.

La jeune femme referma la bière et la remit en terre rapidement sous le regard encore embrumé du jeune homme. Puis les deux jeunes gens se dirigèrent discrètement vers l'entrée de la ville. Un immense gratsans attendait devant, les yeux jaune luisant dans l'obscurité de la nuit. Philesta déglutit et recula instinctivement. Elyrian la regarda faire, un sourire moqueur plaqué sur le visage, puis il avança devant l'impressionnante bête et en la regardant dans les yeux et dit :

— Laisse-nous passer.

Aussitôt, l'animal détourna le regard et partit d'un pas lourd. Le cœur de la jeune femme s'accéléra et elle courut plus qu'elle ne marcha vers la lourde porte d'entrée. Elle appuya de tout son poids sur la poignée et parvint tant bien que mal à l'ouvrir. Elyrian termina de la pousser et la referma soigneusement, lorsqu'ils furent tous les deux de l'autre côté.

Ils commencèrent à courir pour s'éloigner le plus rapidement possible de la muraille et donc du peuple des Gratsans, puis... Philesta s'effondra, épuisée dans l'herbe givrée. La neige se mit à tomber et recouvrit petit à petit de sa blancheur immaculée chaque parcelle de terre qui les entourait. La jeune femme y plongea les mains en souriant et dit finalement dans un souffle :

— Nous sommes libres.

Le jeune homme fronça les sourcils et rectifia :

— Je suis libre. Je t'ai aidée à sortir de ma ville et cela était ma part du marché. Mais en aucun cas, je n'ai promis de te rendre la liberté.

Philesta se leva brusquement et rétorqua :

— Que comptez-vous faire ? Allez-vous me garder à vos côtés toute votre vie afin de ne pas avoir de remords envers votre peuple ? C'est absurde ! Ne cherchiez-vous pas à fuir également, pour ne pas être lié à moi ?

Elyrian attrapa brusquement le bras de la jeune femme et dit, la mâchoire crispée :

— Tu oses hausser le ton ? Je te dis que, pour l'instant, tu es ma prisonnière, alors tu l'es.

Philesta déglutit et répondit sur le même ton :

— Ne devrions-nous pas plutôt nous allier ? De toute façon, nous sommes seuls, sur une immense montagne enneigée. À quoi cela sert-il qu'un de nous soit le prisonnier de l'autre ?

Le jeune homme regarda autour de lui et lâcha la jeune femme. Il dit finalement :

— Où allons-nous ?

 ? Des terres sans fin, des forêts hostiles, d'autres montagnes ? Nul ne le savait...

La jeune femme, hésitante, répondit à Elyrian :

— Descendons de l'Ercona. Allons voir ce qui se trouve en bas...

Elyrian plissa les yeux et dit :

— J'espère qu'il y a des terres fertiles et... moins de neige au bas de l'Ercona, car nous n'aurions aucun endroit où vivre.

Philesta serra la cape épaisse sur son cou et se mit à marcher. Bientôt, on n'entendit plus que la neige craquer sous leurs chaussures. Philesta lançait des regards à la dérobée à Elyrian qui marchait d'un pas ferme, le regard fixé vers un point invisible devant lui. Elle pensait que, désormais, comme elle, il était sans peuple. Seul au monde. Le jeune homme se retourna brusquement et dit :

— Marche plus vite ! Des hommes de mon peuple patrouillent sans doute dans les environs pour te retrouver. Ils n'abandonneront les recherches que lorsque le soleil se lèvera, afin de ne pas s'enfoncer trop profondément dans la montagne. D'ici là, nous sommes encore en danger.

Les deux jeunes gens accélérèrent le pas et arrivèrent plusieurs heures plus tard, au moment où le soleil s'élevait dans le ciel, face aux derniers contreforts de la montagne. Personne n'était allé au-delà. Philesta se pencha, mais ne vit rien. D'épais nuages blancs empêchaient d'apercevoir quoi que ce soit se trouvant plus bas.

Elyrian attrapa son épaule et dit :

— Nous n'avons pas le choix, il va falloir que nous descendions la montagne à la seule force de nos bras et de nos jambes : c'est le prix de notre liberté.

La jeune femme regarda de nouveau le vide et répondit d'une voix qu'elle voulait assurée, mais qui ne l'était assurément pas.

— Je suis prête. Allons-y.

Le jeune homme enleva alors sa longue ceinture qui faisait deux fois le tour de sa taille, et en passa un bout à Philesta, pendant qu'il attachait l'autre extrémité à sa taille. La jeune femme l'imita et ils commencèrent prudemment à descendre.

Philesta serrait les dents pour qu'elles ne s'entrechoquent pas entre elles, tant elle avait froid et peur. La roche était froide et glissante ; le moindre faux pas les condamnerait irrémédiablement.

La guérisseuse s'agrippa à la pierre de toutes ses forces, les doigts bleuis, tout en testant du pied la solidité de la roche en contrebas. Plus d'une fois, l'un des deux jeunes gens trébucha et l'autre dut, de toutes ses forces, tenter de maintenir sa position sur la paroi rocheuse. Le soir venu, ils parvinrent à une grande cavité dans le flanc de la montagne dans laquelle ils pénétrèrent et se reposèrent pour la nuit. Au matin, ils reprirent leur course, le ventre vide.

Les nuages s'espaçaient de plus en plus et les deux jeunes gens purent voir avec étonnement des multitudes de lumières de toutes les couleurs scintiller depuis le sol.

La curiosité leur donna le courage de poursuivre leur descente, qui se fit sans la moindre pause, la montagne ne comportant malheureusement plus de cavités.

Philesta sentit ses bras trembler nerveusement, de plus en plus, elle mit donc davantage de poids sur ses jambes et ne put plus vérifier la solidité de la paroi avant d'y mettre les pieds. C'est ainsi qu'arriva ce qui devait arriver : une pierre se déroba soudain sous ses pieds et la jeune femme tomba, entrainant dans sa chute Elyrian, lui aussi à bout de force.

Illusion (autopublié)Des histoires addictives. Découvrez maintenant