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Medellín, Colombie
— ¡Mi princessa!
Sa voix résonna dans toute la maison, chaude, vibrante, pleine de cette tendresse qui faisait battre mon cœur d'enfant plus vite que n'importe quelle course dans la cour de récréation.
— Oui papa, j'arrive ! criai-je en dévalant le couloir, les chaussettes glissant sur le carrelage jusqu'à la porte d'entrée.
Papa m'attendait, bras ouverts. J'y plongeai comme si ce geste, à lui seul, était un refuge.
— Mi princessa, tu m'as tellement manqué, souffla-t-il contre mes cheveux en me serrant fort.
— Yo también, papá... répondis-je dans ma langue, celle qui me donnait l'impression d'être enveloppée de soleil.
— Venez, c'est l'heure du dîner ! annonça mamá.
Je quittai à regret les bras de papa pour rejoindre la table. Mamá arriva avec un plat fumant de panuchos, leur odeur de maïs chaud et de poulet épicé emplissant la pièce d'une chaleur familière. Elle pris des assiettes puis nous servi avant de se servir elle-même.
Papa prit la main de mamá.
— Mi amor, todo bien hoy ?
Elle lui sourit pour lui signifier que oui, mais ses yeux glissèrent vers moi.
— Zayhrah... on m'a dit que tu avais tiré les cheveux d'un garçon à l'école ?
Je baissai immédiatement le regard. Papa, lui, releva les sourcils.
— Zayh, pourquoi as-tu fait ça ?
— Il arrêtait pas de m'embêter... Il disait que son papa disait que vous étiez des mauvaises personnes.
Le silence tomba. Un silence lourd, presque coupant.
Papa inspira profondément.
— Mi princessa, ne crois pas ce que les autres disent. Ils ne savent rien. Et tu ne dois jamais leur montrer qu'ils t'atteignent. N'oublie jamais ce que je te dis tout le temps : maitrise tes émotions.
Je hochai timidement la tête, mais mamá s'était déjà levée, attirée par quelque chose de l'autre côté de la fenêtre.
Son visage se transforma.
— ... John. Prépare-toi.
Papa se leva brusquement, monta à l'étage. Trente secondes plus tard, j'entendis des bruits métalliques.
— Ne fais pas un bruit, murmura mamá.
Je restai figée. Papa redescendit, les bras chargés... d'armes. Trois. Il en tendit deux à mamá, et une à moi.
Elle était lourde. Froide. Trop grande pour mes mains d'enfant.
— Mi princessa, dit papa d'une voix étrangement calme. Tu vas devoir utiliser ce pistolet si tu veux survivre. Il y a une vingtaine d'hommes dehors. Ta mamá et moi... on va essayer de les retenir.
Il désigna mon arme.
— C'est un Beretta 85. J'ai déjà mis la sécurité. Regarde.
Je regardai. J'enregistrai. Chaque geste semblait irréel, comme si mes mains ne m'appartenaient plus.
— Tu sortiras par derrière. Si quelqu'un te sembles dangereux... tu t'enfuis. Ou tu tires. Compris ?
Je hochai la tête, tremblante.
Il glissa un vieux téléphone dans ma main, avec un numéro inscrit sur un bout de papier.
— Dès que tu es en sécurité, appelle ce numéro. Ils t'aideront.
Les larmes me brouillèrent la vue.
— V-vous allez revenir... ?
Mamá fondit en larmes. Papa, lui, resta solide.
— On reviendra te chercher, chérie. Promis.
— Vous avez pas le droit de me laisser... papá... mamá, s'il vous plaît... rest—
Ma voix se brisa. Mamá m'attrapa, m'écrasa contre elle, déposa un baiser tremblant sur mon front.
Papa plaça un collier dans ma main. Deux alliances y pendaient, entrelacées.
— N'oublie jamais qu'on t'aime. Nunca.
Ils me serrèrent une dernière fois. Puis ils sortirent, main dans la main.
Le monde s'effondra avec eux.
Je restai un moment immobile, pétrifiée, avant de monter dans ma chambre. J'attrapai au hasard des vêtements, de la nourriture. Mes mains tremblaient tellement que je laissai tout tomber plusieurs fois.
Les coups de feu éclatèrent. Violents. Multiples. Pendant dix longues minutes.
Puis... le silence.
Je courus à la fenêtre. Ce que je vis me transperça.
— Non... non, non, non...
Je dévalai l'escalier, sortis sous la pluie glacée, les pieds nus dans la boue. Mes genoux cédèrent quand j'atteignis leurs corps.
— Non... murmurai-je en posant mes mains sur leurs corps froids.
Le sang coulait, se mêlant à la pluie, formant une mare rouge qui emportait tout.
Soudain, papa bougea. Sa main effleura ma joue.
— S-se fuerte... princessa...
Son bras retomba. Pour toujours.
Je hurlai. La pluie noyait mes larmes.
Quand le bruit de sirène approcha, je compris que je devais fuir. Je pris mes affaires et m'enfonçai dans l'obscurité.
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Plus tard dans la nuit - Lieu inconnu
J'avais froid. Je m'installai contre un mur, les jambes ramenées contre ma poitrine.
Je composai le numéro.
— Allô ? dit une voix grave.
— C-c'est... papa et mamá... i-ils sont...
— J'arrive, Zayhrah. Reste où tu es.
La ligne coupa. Je n'eus même pas le temps de demander qui il était.
Je reniflai, cherchant à me calmer. Des pas résonnèrent. Je regardai autour. Rien... puis soudain, une silhouette se dressa devant moi.
Il m'attrapa par les épaules, me plaqua contre le mur. Sa langue glissa le long de ma gorge.
Je me crispai. Aucun son ne sortit de ma bouche.
Le canon d'un pistolet pressa mon ventre.
Je me rappelai de l'arme. Celle de papa. Celle dans ma poche.
— Lâche-moi... ou tu vas mourir. J'ai une arme...
— ¿Me tomas por idiota ? ricana-t-il. Tu crois qu'une gamine comme toi... Lorsqu'il remarqua que je possédais vraiment une arme il s'arrêta de parler.
Mes mains tremblaient. Je n'arrivais pas à lever la sécurité. À viser. À bouger.
Il sortit une seringue. La pointe s'approcha de mon cou.
Dios... perdóname por este pecado...
Dieu pardonne-moi pour ce péché...
Bam.
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Prêt(e) à plonger dans mon monde ? 🎀
Love XX.
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Lilith
RomanceZayhrah n'a jamais cru aux sauveurs. Elle a appris à se battre, à fuir, à survivre. Quand il la retrouve, ce n'est pas pour l'aimer. C'est pour conclure un marché. Une clé. Une vie en échange. Un accord scellé dans la violence et la méfiance. Forcée...
