04. Pearl

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La robe que j'ai choisie était encore suspendue dans la cabine d'essayage, et même sans la porter, elle dégageait quelque chose. Le satin noir absorbait la lumière comme s'il l'avalait, donnant à la matière une profondeur presque liquide. L'avant était simple, quasiment sage, mais le dos... le dos changeait tout. Un drapé plongeant, parfaitement travaillé, qui dévoilait une partie de mon dos sans jamais tomber dans l'excès. C'était élégant, sensuel, subtil. Le genre de robe qui rendait nerveuse sans que personne n'ait encore eu le temps de vous regarder. Ivy, elle n'a pas perdu une seconde. À peine suis-je sortis de la cabine qu'elle s'était ruée vers moi pour la scruter sous tous les angles. Ses yeux noisettes, toujours expressifs, ont parcouru le tissu avec l'attention d'une styliste en plein brainstorming.

— Oh non... celle-là, c'est un crime. Zayhrah, c'est ta robe !

Je hausse les épaules, mais je la sens déjà cette nervosité sourde dans le ventre. Celle qui arrive quand quelque chose me correspond un peu trop bien. Puis, sans prévenir, elle a plissé les lèvres, pris cet air concentré qui annonçait une idée, et m'a laissée là pour disparaître dans le rayon des chaussures.

Je l'ai suivie du regard, intriguée. Elle fouillait les étagères avec une précision chirurgicale, tapotant parfois son menton, fronçant légèrement les sourcils... jusqu'à ce qu'elle attrape une paire de talons noirs vernis et revienne vers moi d'un pas déterminé. Elle me les a présentés comme on dévoile un trésor.

— Voilà, maintenant tu n'as plus le droit de refuser bébé !

Je les prends, elles sont parfaites. Évidemment vu que c'est Ivy qui les a choisis.

— Je déteste quand tu as raison, je souffle.

— Tu m'adores surtout pour ça !

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire, un vrai sourire, large et sincère. C'est le don qu'elle possède : me faire sourire même lorsque que mon monde semble partir en miettes...

Elle m'a répondu par un sourire identique, probablement tout aussi satisfait que moi de ce duo robe-chaussures.

Quelques minutes plus tard, nous étions en caisse. Je guérissais une énième fois de l'écorchure que représentait le prix total, mais la joie de ma meilleure amie compensait facilement la petite douleur financière. Après tout, on avait trouvé ce qu'on cherchait et même plus.

— C'est un investissement émotionnel, déclare-t-elle.

— Mon compte bancaire n'est pas d'accord.

— Il survivra.

En sortant, on marchait d'un pas léger, mais une envie soudaine de crêpes m'a prise. Sans même réfléchir, on a changé de direction pour se retrouver devant une petite crêperie nichée au coin d'une rue animée. L'odeur du sucre chaud et de la pâte dorée flottait dans l'air, presque réconfortante.

— Bonjour, deux crêpes s'il vous plaît.

J'ai choisi une crêpe au Nutella, encore tiède, le chocolat fondant s'étalant lentement à chaque bouchée. Ivy, fidèle à elle-même, a opté pour une crêpe au spéculoos, le parfum épicé se mêlant à son rire satisfait dès la première bouchée.

Crêpes en main, après avoir payé on a repris notre balade, nos sacs de shopping battant doucement contre nos jambes. Le poids des heures passées à essayer, comparer, hésiter se faisait sentir, mais sans nous fatiguer vraiment. C'était ce genre de fatigue agréable, celle qui suit une longue après-midi passée à rire, à parler de tout et de rien, à oublier le reste du monde le temps de quelques rues.

LilithOù les histoires vivent. Découvrez maintenant