𝟶𝟺. 𝙿𝚎𝚊𝚛𝚕

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La robe que j'ai choisie est encore suspendue dans la cabine d'essayage, et même sans la porter, elle dégage quelque chose. Le satin noir absorbe la lumière comme s'il l'avale, donnant à la matière une profondeur presque liquide. L'avant est simple, presque sage, mais le dos... le dos change tout. Un drapé plongeant, parfaitement travaillé, qui dévoile une partie de mon dos sans jamais tomber dans l'excès. C'est élégant, sensuel, subtil. Le genre de robe qui rend nerveuse sans que personne n'ait encore eu le temps de vous regarder.

Ivy, elle, ne perd pas une seconde. À peine je sors de la cabine qu'elle se rue vers moi pour me scruter sous tous les angles. Ses yeux noisette, toujours expressifs, parcourent le tissu avec l'attention d'une styliste en plein brainstorming.

— Oh non... celle-là, c'est un crime. Zayhrah, c'est ta robe !

Je hausse les épaules, mais je la sens déjà cette nervosité sourde dans le ventre. Celle qui arrive quand quelque chose me correspond un peu trop bien. Puis, sans prévenir, elle a plissé les lèvres, pris cet air concentré qui annonçait une idée, et m'a laissée là pour disparaître dans le rayon des chaussures.

Je l'a suis du regard, intriguée. Elle fouille les étagères avec une précision chirurgicale, tapotant parfois son menton, fronçant légèrement les sourcils jusqu'à ce qu'elle attrape une paire de talons noirs vernis et revienne vers moi d'un pas déterminé. Elle me les présente comme on dévoile un trésor.

— Voilà, maintenant tu n'as plus le droit de refuser bébé !

Je les prends, elles sont parfaites. Évidemment vu que c'est Ivy qui les a choisis.

— Je déteste quand tu as raison, je souffle.

— Tu m'adores surtout pour ça !

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire, un vrai sourire, large et sincère. C'est le don qu'elle possède : me faire sourire même lorsque mon monde semble partir en miettes.

Elle me répond par un sourire identique, probablement tout aussi satisfait que moi de ce duo robe-chaussures.

Quelques minutes plus tard, nous sommes en caisse. Je guéris une énième fois de l'écorchure que représente le prix total, mais la joie de ma meilleure amie compense facilement la petite douleur financière. Après tout, on a trouvé ce qu'on cherchait et même plus.

— C'est un investissement émotionnel, déclare-t-elle.

— Mon compte bancaire n'est pas d'accord.

— Il survivra.

En sortant, on marche d'un pas léger, mais une envie soudaine de crêpes me prend. Sans même réfléchir, on change de direction pour se retrouver devant une petite crêperie nichée au coin d'une rue animée. L'odeur du sucre chaud et de la pâte dorée flotte dans l'air, c'est presque réconfortant.

— Bonjour, deux crêpes s'il vous plaît.

J'ai choisi une crêpe au Nutella, encore tiède, le chocolat fondant s'étalant lentement à chaque bouchée. Ivy, fidèle à elle-même, a opté pour une crêpe au spéculoos, le parfum épicé se mêlant à son rire satisfait dès la première bouchée.

Crêpes en main, après avoir payé on reprend notre balade, nos sacs de shopping battant doucement contre nos jambes. Le poids des heures passées à essayer, comparer, hésiter se fait sentir, mais sans nous fatiguer vraiment. C'était ce genre de fatigue agréable, celle qui suit une longue après-midi passée à rire, à parler de tout et de rien, à oublier le reste du monde.

LilithOù les histoires vivent. Découvrez maintenant