CHAPITRE 1 : "Revenez demain"

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Si seulement l'enrôlement n'avait pas été obligatoire pour le garçon aux cheveux bruns. Même s'il cherchait un moyen de perdre son ennui, tuer des gens, emmener des milliers de familles dans des trains tout en sachant ce qu'ils allaient vivre une fois à destination n'était pas du tout ce qu'on pouvait souhaiter avoir sur son cv. Et voilà que maintenant ce jeune homme a été envoyé dans un village paumé en renfort. Renfort inutiles d'ailleurs puisque sa présence à lui, ainsi qu'à ses compagnons à peine plus âgés permettaient aux soldats, plus expérimentés d'aller au front.
Vraiment, quel ennui vivait l'Autrichien. En plus de cela, il n'était pas le bienvenu, sa présence incommodait les habitants.
Ou marchait-il ? Eh bien là, le brun avançait calmement en direction de la cordonnerie. Son uniforme avait besoin de petites retouches, le voyage avait été périlleux pour celui-ci. Poussant la porte de la boutique, il entra. Ce mouvement provoqua un petit bruit derrière le comptoir suivit d'un bonjour enjoué. Et là, le brunet croisa le blondinet.

Vivant sous le nom de Charles Strauss, depuis le décès de son oncle, notre petit blond avait perdu sa bonne humeur lorsque le soldat avait fait son entrée.
C'était si rare que ces soldats mettent le pas dans la petite cordonnerie. Si rare, que la boutique était le refuge idéal pour notre héro.

- Bonjour. C'est ainsi qu'on le dit n'est-ce pas ?

La voix impassible du soldat donne un long frisson au blond qui après quelques secondes comprend enfin les mots de l'étranger. Ces mots dit avec l'accent allemand, cet accent qu'il détestait tellement.

- Que puis-je pour vous ?

Répondre à une question par une question? Voilà quelque chose qui étonnait l'étranger. Peut-être était-ce une caractéristique française ?
Mettant de côté son interrogation, il s'avança vers l'accueil et mit sa veste sur le comptoir de la caisse, là où se trouvait Charles.

- J'aurai besoin que tu me renforce la couture. Elle a craqué pendant mon voyage.

Suivant le mouvement de l'homme, Charles observa la zone qui avait besoin d'un certain renforcement. Réfléchissant doucement, il se retourna et alla voir le patron qui était à l'arrière boutique. Après un rapide échange, le mystérieux blond ne revient pas, remplacé par un homme d'une cinquantaine d'années qui s'emparait déjà de vêtement, expert.
Ici ils obéissent tous gratuitement. Et même si la situation insupportait le SS, c'était les règles.
Il y avait les dominants, les nazis et les dominés, français victimes de la collaboration.

- Revenez demain dans l'après-midi. Vous aurez vos retouches et renforcements. Au revoir.

Les yeux gris se plantaient dans les lilas qui baissèrent la tête en un hochement calme. Doucement, le soldat s'approcha de la sortie

- Auf wiedersehen.

Dehors, l'atmosphère était un peu plus légère, mais, rien de vraiment agréable, il fallait être honnête. Aucun enfant jouait dehors, aucun chat ou chien errait, aucun couple ne se promenait, rien hormis d'autres soldats qui parlaient et riaient de leur côté comme s'ils avaient toujours vécu au sein de ce village.

Tu m'emmeneras avec toi ?Où les histoires vivent. Découvrez maintenant