Chapitre 2

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Il est tôt dans la soirée quand je me retrouve devant l 'allée de chez Lyla au volant de ma Volkswagen. En retard, elle m'attends sur les marche de son perron.
J'avais eu du mal a calmer mon cœur bouleversé par ma rencontre de cet après midi. Si je lui racontais, elle serait heureuse que j'ai rencontrée quelqu'un et s'emballerait sûrement a propos du fait que je fasse des nouvelles rencontres. Avec espoir, j'imagine oublier cet épisode rapidement et passer a autre chose, je me sais avoir trop peur de perdre encore qui que ca soit ...
Ce que j'ai ressentis plus tôt, est ce que ca peut me manquer ?


Je regarde par ma fenêtre la ou Lyla est assise, elle est vêtue d'une robe a fleur et d'un gilet qui semble bien trop léger qui ce trouve être en inéquation avec la température extérieur. C'est sûrement sa façon de susciter un geste attentionné de la part de celui qu'elle ira rejoindre pendant la soirée. Je bredouille un message a ma mère pour la prévenir que je rentrerai tard, puis après un temps a l'observer je décide de faire sonner son portable pour attirer son attention.
Elle décroche presque instantanément.
— Lève la tête.
Il ne lui faut même pas un dixièmes de secondes pour comprendre que je suis là. Elle marche gaîment vers la voiture.
— Je n'y croyais plus, qu'est ce qui t'as pris autant de temps ?
Sa curiosité justifiée m'est presque irritante, comme si elle savait que quelque chose n'allait pas chez moi. Il est extrêmement incommodant que Lyla discerne si facilement les choses inhabituelles chez moi.
— Je me suis... je marque une pause pour trouver un mensonge. Je me suis assoupie ! La journée était longue, j'étais fatiguée en rentrant chez moi, pardon.
Je ne trouve pas de raisons particulière a lui dire la vérité, aussi simple et bête soit elle ; un garçon a l'école a fait inexplicablement battre mon cœur et je pensais a lui sans faire attention a l'heure. Ridicule, je ne connais même pas son prénom.
Certains événements vous détruisent tellement que plus rien ne vous semble normal après cela. Même l'interaction la plus banale. Peut être étais-ce juste le fait d'être « vue » par quelqu'un.


Lyla est de nouveau absorbée par son téléphone, cherchant l'adresse de notre rendez-vous. Elle ne me dit pas un mot, et je n'ose même pas l'interrompre.
— Ah ! C'est bon ! Est-ce que tu peux nous emmener ici, s'il te plaît ? demande-t-elle en me tendant son téléphone, enjouée.
La destination est au milieu d'une zone industrielle, près d'une forêt, autrement dit, en plein milieu de nulle part. Je sens le regret monter en moi en réalisant cela, et je n'arrive pas à cacher mon incertitude en fixant son téléphone. En regardant Lyla qui attend ma réponse, je remarque sa fierté, comme si elle était heureuse que je l'accompagne. Presque à contrecœur, je réponds :
— Évidemment ! En route !
Le trajet dure environ trente minutes pour parcourir vingt kilomètres. La nuit s'apprête a tomber, la musique dans l&a voiture est la seule a ce faire entendre. Plus nous avançons, moins je suis sereine. Concentrée sur la route, Lyla sort du silence la première;
— Tu sais, je suis heureuse que tu fasses un pas en avant. Je savais qu'un jour tu le ferais, je suis fière de toi. Ce n'est pas facile ce que tu vis, pourtant, tu es toujours là.
Lyla a toujours su trouver les mots réconfortants, mais je ressens un pincement au cœur. Je peine a me remémorer le départs des personnes que j'aimais.

— Tu y es pour quelque chose.
Je sens son regard sur moi. Je sais sans même tourner la tête quelle émotion elle ressent. Comprendre à quel point elle est émotive n'est pas difficile. Je la prendrais bien dans mes bras, mais le contexte ne s'y prête pas, et je refuse de flancher encore une fois face à elle. Comme une nouvelle résolution, je m'y tiendrai.
Le reste du trajet se passent en silence, ponctué par les bruits de la circulation. La nuit est complètement tombée, la température a baissé, nous sommes arrivées.
Lyla me dévisage avant de détacher sa ceinture. Elle prend une grande inspiration, comme pour se donner du courage.
— Je sais que tu avais dit que tu resterais dans la voiture, mais... Elle marque une pause hésitante. Est-ce vraiment trop te demander de venir avec moi ? Juste essayer, même dix minutes ?
Je pourrais lui céder, qu'est-ce que ça pourrait me coûter ? Si je me mettais dans un coin et que je me contentais de la suivre, je pourrais y arriver. Ma nouvelle résolution de ne plus me laisser apitoyer pourrait commencer par là. Faire un effort. Mieux, surmonter ma peur de crée des liens avec d'autres personnes et me faire des amis.
— Laisse tomber, je ne voulais pas t'ennuyer. Fais-moi signe quand tu veux partir, d'accord ?
D'un geste automatique, j'acquiesce, mais à l'intérieur de moi, un tourbillon d'émotions s'agite. La regardant quitter la voiture, une lourde culpabilité m'envahit. Je ne veux plus être un fardeau pour elle, mais là, dans ce moment, je réalise que je ne suis même pas capable de répondre à sa simple demande. Comme si j'étais figée sur place, la colère gronde en moi, une colère sourde et longtemps contenue.
Je suis fatiguée de me laisser marcher dessus, de me laisser envelopper par l'obscurité de mes pensées. Fatiguée de continuer sans ambition, laissant peu à peu tout le monde s'éloigner par peur, par peur de laisser quelqu'un d'autre entrer, de peur de souffrir à nouveau. C'en est trop.
Y'en a marre. Marre de me laisser marcher dessus.
Marre de broyer du noir. Marre de continuer sans ambition. Marre de laisser tout le monde s'éloigner par peur.
Marre.
Marre.
MARRE.
Alors, avec une détermination renouvelée, je prends une profonde inspiration et fais un pas en avant, prête à affronter ce qui vient, prête à changer le cours de ma propre histoire.
J'ouvre la porte, poussée par un élan de courage. Ferme et déterminée ;
— Attends-moi Lyla, je viens avec toi.
Elle s'illumine, avec le plus beau sourire du monde. Elle est si précieuse, si pure. Je donnerais tellement pour que son sourire ne s'efface jamais.
Avec angoisse, je la rejoins. Sa soirée a lieu dans un parking de commerce abandonné. Il y a peu de monde. J'observe silencieusement les personnes présentes, souvent simplement appuyées contre leurs voitures ou rodant d'un groupe a un autre.
Ces gens arrivent avec un simplicité déconcertante a ce lier en quelques minutes. Pourquoi pas moi !
Je regarde Lyla s'éloigner pour rejoindre un garçon de son âge, probablement la personne qui l'a invité. Elle s'approche de moi avec lui a bout de bras.
— Kaytlin, Toma. Toma, Kaytlin. Présentation faites ! Passons un bon moment maintenant !
Son sourire irradie l'atmosphère quant a Toma, lui, il me tends la main que je saisis maladroitement avec un sourire bête que je n'arrive pas a effacer. Un début de discutions commence a naître entre nous auquel je me prête au jeu sans savoir ce que ca donnera. Toma prends la main de Lyla et ils commencent a marcher me faisant signe de les suivre mais ne voulant pas m'interposer entre eux, je leur fait signe de la main pour leur faire comprendre que je ne les suis pas.
De nouveau seule, je me sens perdue au milieux de cet environnement qui ne m'est pas du tout familier. En balayant la zone du regard, je lâche un hoquet de stupeur en reconnaissant une voiture sur le parking. Sans même le voir, il n'y avait aucun doute : c'était la sienne. Me voilà de nouveau sans moyens, avec une envie irrépressible de fuir. Moi qui pensais avoir la paix après la tempête de cet après midi. Mon cœur s'emballe sous ma poitrine. Quand mes jambes sont-elles devenues du coton ?
Je me sens incapable de bouger, mais pas de la même façon que dans la voiture quand je me sentais décevoir Lyla. Non, c'est différent. Je ne peux pas rester là à le fixer, il faudrait que je parte rapidement avant qu'on ne me prenne pour une détraquée à l'observer sans raison. Un bruit de crissement de pneu me ramène à la réalité. Je détourne enfin le regard et me remets en marche avant de me retrouver paralysée face à lui et qu'il ne me remarque. Je serais terriblement gênée que la même situation se produise deux fois dans la même journée.
En prêtant attention à mon environnement, je remarque beaucoup de jolies voitures autour, de toues marques, préparer ou simplement d'origines. Le tilt arrive a mon cerveau bien trop tard, je suis dans un rassemblement de voitures.
Un milieu que je ne connais pas, sans personne pour me guider. Juste cette idée me traverse d'un élan de gêne, comme si je n'avais rien à faire ici. Déambuler sans but dans les allées du parking devient ma résolution, et bien que mon impression persiste, je trouve beaucoup de voitures jolies. Peu de choses sortent du lot quotidien, mais elles sont toutes un peu différentes à leur manière, ce qui les distingue. Une fascination inexplicable germe en moi.
Je ne comprends pas grand-chose, je sais que je touche seulement l'environnement dans lequel e suis plongée du doigt, j'aime ca.
De derrière moi, quelqu'un tapote mon épaule, me sortant de mes pensées profondes.
— Encore toi, décidément tu ne me lâches plus depuis cet après-midi ! Il est de nouveau là. Même quand je veux l'éviter pour m'épargner l'embarras, il est là.
— Euh... je... je suis déso... Je bredouille, les mots ont du mal à se former. Pardon.
La surprise se lit sur son visage, comme si j'avais dit quelque chose d'étonnant.
— Non, c'est moi qui m'excuse, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, excuse-moi !
En plus de la surprise, il a l'air gêné maintenant.
— Moi c'est Caleb.
Il me tend la main, la même main qu'il m'a déjà tendue plus tôt dans la journée. Caleb ne porte plus son uniforme. C'est la seule chose qui a changer chez lui. Je sens ma poitrine se serrer. Quelqu'un est en train de faire un pas vers moi ?
Je me tâte à lui serrer la main, l'impression que la situation pourrait se retourner à mon désavantage m'effraie. Je regarde ses yeux, pleins d'enthousiasme, attendant ma réponse. Je tends ma main vers la sienne.
— Kaytlin, dis-je timidement.
J'ai le regard fuyant, mais le sien ne se détourne pas
Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis là, tenant toujours sa main, mais cette fois, ce n'est pas par simple politesse ou par habitude. C'est comme si ce contact était devenu un lien, un lien invisible mais indéniable qui m'attache à lui. Je ressens un sentiment de douceur m'envahir, comme si chaque pression de sa main contre la mienne apaisait mon âme tourmentée. C'est étrange, mais agréable, de me sentir ainsi connecté à lui.
Je me laisse envelopper par cette sensation, me laissant emporter par les émotions qui affluent à travers ce simple geste..
Avec timidité, je relève mon visage pour rencontrer à nouveau le sien. Le simple fait de croiser son regard, empli de gentillesse rend cette épreuve bien moins intimidante. La chaleur de son regard semble dissiper les doutes et les peurs qui m'assaillent, me donnant le courage de faire face à ce moment avec confiance.
Le monde ne m'était plus jamais paru si doux.
D'aussi près, je me laisse happer par la profondeur de ses iris bleus, semblables à l'océan par leur immensité et leur mystère. Je me perds dans ce tourbillon de nuances, y découvrant des reflets infinis qui captivent mon regard. Et sur ses joues, teintées d'un doux carmin. Chacun de ces détails, aussi infimes soient-ils, est une invitation à explorer davantage ce monde fascinant qu'est son visage, à m'en imprégner jusqu'à en saisir toute la beauté et la délicatesse.
Me voilà à la dérive, totalement perdue, dépassée par les événements et incapable de retrouver mes repères. Chaque pensée, chaque émotion semble me submerger, me laissant sans ressources pour affronter la tempête qui fait rage en moi.
Me voilà complètement perdue, et hors de mes moyens.
— Ha ! te voilà ! Je te cherche depuis un moment tu - La voix de Lyla me parvient comme un lointain murmure. J'aurais souhaité que rien ne vienne interrompre cette connexion, mais mon interlocuteur semble avoir été distrait par son intervention.
— Oh, j'espère que je n'interromps rien, pardon, s'excuse-t-elle.
Je lui fais face, remarquant que son regard semble captivé par quelque chose qu'elle ne peut détacher des yeux. Je suis son regard et réalise qu'elle doit être remplie de questionnements sur pourquoi je tiens la main de quelqu'un que je ne connais pas, et ce, depuis plusieurs minutes. Prise de panique, je retire rapidement ma main, m'excusant vivement auprès de Caleb. Surpris de ma réaction, il semble mainteant aussi perdu que moi. Bon retour a la réalité.
— Heu non, non, bien sûr que non, tu n'interromps rien, répondis-je rapidement, essayant de dissimuler toute trace d'embarras. Tu me cherchais, pardon. De quoi as-tu besoin ? Tout va bien ?
Elle me réponds simplement avec un sourire espiègle.
—Je ne voulais pas te faire patienter trop longtemps, sachant que c'était déjà un gros effort pour toi d'être là, mais visiblement tu t'intègre bien.
Son regard malicieux se posa alternativement sur Caleb et moi. Je me tourne machinalement vers Caleb, je voudrais tant réussir à lui parler, à aller au-delà des simples échanges de politesse. Il m'adresse un sourire chaleureux avant de poser son regard sur nous.
— On va y aller alors..., parviens-je à articuler, tentant de masquer l'émotion qui bouillonne en moi.
Caleb nous adresse un dernier regard bienveillant.
— Rentrez bien, faites attention sur la route, nous souhaite-t-il avec sincérité.
Ses yeux se plongent une dernière fois dans les miens, et il ajoute doucement:
— À bientôt, j'espère, Kat.
C'est étrange, personne ne m'a plus donné de surnom depuis bien longtemps mais rien dans cet action ne me déplaît.

**

Lyla reste silencieuse dans la voiture malgré le fait qu'elle brûle d'envie de me poser des centaines de questions. C'est au bout de cinq longues minutes de silence que finalement, elle se lance.
— Bon, je ne tiens plus. C'était quoi ça ? demande-t-elle avec un mélange de curiosité et d'excitation.
— De quoi tu parles ? feins-je l'ignorance.*

— Toi et ce mec, non mais regardez-vous ! s'exclame-t-elle en me montrant une photo sur son téléphone.
— Tu nous a pris en photo ?! m'exclamai-je, pris au dépourvu.
Embarrassée par la situation, je m'exclame surprise dans la voiture. Son rire résonne emplissant l'espace d'une mélodie enchanteresse. C'est la meilleure musique du monde à mes oreilles. Je sens qu'elle est heureuse, ravie d'avoir réussi à égayer sa soirée.
— Et toi alors ? Ton super 'rencard' ? je lui demande, curieuse pour faire diversion.

— Très chère ca n'avais rien d'un rencard, c'était une simple entrevue amicale avec un charmant jeune garçon. Dis elle avec un ton sarcastique.
— Arrête je sais qu'il te plaît, monsieur te prends par la main et ce n'est qu'un 'charmant jeune garçon'
— Tu dois avoir raison, mais dans ce cas, aucun doute, celui avec lequel tu étais te plaît aussi. J'en suis sure.
— n'importe quoi, je connais a peine son prénom et je sais qu'il est dans la même école que nous.
— Ouahhhh un coup de foudre ! C'est tellement mignon.

Lyla jubile avec son portable en main regardant son nouveau trophée. Nous rions tout le trajet jusqu'à ce que je la dépose devant chez elle, dépose un baiser sur ma joue avant de sortir.
— Merci pour ce soir, c'était vraiment chouette, on refera ca d'accord ?
J'aquiece et ressens pour une fois que ce n'est pas un mensonge ou une promesse en suspend. Elle s'éloigne et je reprends le volant pour rentrer chez moi.

Exténuée, je me change et vais a la salle de bain pour me débarbouiller. Je me retourne vers le miroir. Depuis que Lyla est rentrée, ce sentiment de vide qui m'accompagne semble s'être intensifié. Encore plus depuis que je suis chez moi. La solitude envahit mes pensées, mes larmes prêtes à jaillir à tout moment.

Un jour, ça ira mieux.
Un jour, je me relèverai, saisirai le bord du lavabo de ma salle de bain et me regarderai dans le miroir, convaincue que tout ira bien.
Un jour, je laisserai mon chagrin derrière moi au lieu de le transporter partout, des morceaux se répandant sur ceux que j'aime.
Un jour, je pourrai arrêter de me dire que tout va bien, car d'ici là, j'aurai guéri.
Aujourd'hui c'est un jour, et un jour, maintenant, je me laisserai m'apitoyer sur moi-même pendant un moment.
Parce qu'un jour ça ira mieux.
Juste pas aujourd'hui.

Last DriveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant