3 | Chapitre 3

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FICHU DISCOURS

La pluie frappait contre le toit de la maison aussi fort que les pensées qui cognaient dans ma tête. J'étais chez Sam et Emily, assise à la table de la cuisine, un stylo entre les doigts et un cahier devant moi.

Il y avait, sur la page que j'avais ouverte, six versions d'une même phrase. Rayées, réécrites et barrées à nouveau. Et aucune ne tenait debout ou du moins, aucune de ne me ressemblait assez pour être dans mon discours de remise des diplômes.

Je soupirai en posant le stylo, les doigts engourdis et les yeux piqués par la fatigue et l'agacement. J'avais l'impression que mon cerveau s'était dissocié : une partie était ici, à la réserve, essayant d'écrire un discours et l'autre était ailleurs.

Enfin ailleurs, elle n'était pas si loin puisqu'elle courait dans les bois. Ou devrais-je dire : elle les regarder courir sous mes paupières closes.

Des silhouettes fauves glissaient entre les arbres. Ils étaient là, quelque part dans la forêt détrempée et moi, j'étais là aussi. Avec eux. Ou du moins, une partie de moi. Ce lien ne me quittait jamais vraiment. Parfois, je me demandais si j'étais encore capable d'avoir une pensée qui n'appartenait qu'à moi.

Mais pour l'instant, j'étais assise à une table, à tenter de formuler quelque chose qui aurait un minimum de sens. Quelque chose qui tiendrait debout au milieu du chaos qu'était devenu ma vie.

Je rouvris les yeux, revenant à la réalité dans laquelle j'étais physiquement.

De sa discrétion habituelle, Emily s'affairait calmement de l'autre côté de la pièce. Elle ne faisait pas semblant de s'occuper — elle le faisait réellement — mais je sentais bien qu'elle gardait un œil sur moi. Elle avait posé une tisane devant moi, qui était presque froide maintenant et dont s'échappait une douce odeur de camomille et de miel. Elle savait que je n'en boirais pas une goutte mais elle ne me l'avait pas proposée pour la tisane en elle-même.

Elle l'avait fait pour moi.

Je crois qu'elle avait voulu me faire comprendre qu'elle était là et je crois que c'est pour ça que je l'apprécie. Parce qu'elle ne posait pas de questions idiotes et parce qu'elle ne me forçait pas à aller mieux, à sourire ou à relativiser. Elle n'attendait rien de moi. Elle ne me regardait pas comme une gamine à ménager, ni comme une bombe prête à exploser. Elle me respectait comme j'étais. Et ça, ça me faisait du bien moralement car ces derniers temps, j'avais vraiment l'impression d'avoir dit adieu à ma vie d'enfant pour être plongée dans ma vie d'adulte du jour au lendemain, sans aucune explication. On m'avait balancée dans un monde de vampires et de loups en me disant « débrouille-toi avec ce que tu sais ». Oui, j'avais beaucoup grandi ces derniers mois... peut-être trop vite d'ailleurs.

Quoi qu'il en soit, malgré tout ça, je n'arrivais pas à me détendre.

Edward était avec Bella, à l'autre bout du pays tandis que Jasper, les Cullen et la meute étaient quelque part dehors, dans la forêt que je connaissais maintenant trop bien à force de la visiter à travers les yeux des loups, à la recherche de Victoria.

Pour ce que j'en savais, lui et sa famille avaient commencé à la traquer durant la nuit, tout comme la meute. Bien que pour cette dernière, j'étais sûre qu'ils s'y étaient mis pendant que je dormais puisque je les ai vus à travers mon rêve. Jacob, Embry et Quil étaient en patrouille et avaient fini par se mettre en chasse lorsqu'ils en avaient senti l'odeur, me sortant de mon sommeil.

J'étais donc descendue, avais déjeuner, m'étais préparée, j'avais même accompagné Emily faire des courses. À notre retour de l'épicerie, je m'étais installée à table afin de continuer à réfléchir à mon discours, tout en vérifiant régulièrement si la meute allait bien et parvenait à trouver la trace de Victoria.

Respire | Jasper HaleDes histoires addictives. Découvrez maintenant