60

1.7K 44 7
                                        

Point de vue de Ryad

Minuit, voilà l'heure du crime.

Sortant de la chambre voisine, une femme surgit dans le noir.

Elle ôte son chemisier, laissant apparaître ses dessous en dentelle.

Elle s'approche de mon lit, éveillant en moi un doux frisson illusoire.

Enjambant, mon corps et ma troisième jambe surélevée, elle se met au-dessus de moi et chuchote « Maintenant, je te laisse faire tout ce que tu veux de moi »

Elle saisit ma troisième jambe d'une main ferme

Sans se rendre compte que mon désir, qu'elle soit une autre, m'étais cruel.

Ryad

J'espère que vous avez aimé mon petit poème. Je n'ai pas l'habitude d'être le narrateur ici, et encore moins pour raconter ma propre vie. Mais apparemment il faut faire avec. J'ai des choses à dire et je vais le faire.

Ce soir-là, j'avais pris la décision de renvoyer cette femme chez elle, le cœur alourdi par une incertitude qui me rongeait de l'intérieur.

En refermant la porte derrière elle, un soupir profond m'échappa, comme un aveu silencieux de mon désarroi. Je réalisai alors, avec une clarté douloureuse, que jamais je ne parviendrais à combler ce vide, à apaiser cette soif qui me hantait.

Aucune femme ne pourrait jamais me satisfaire, AUCUNE.

Elles sont là, ces femmes qui m'entourent, qui se succèdent sans jamais vraiment s'ancrer dans mon existence.

Elles sont là, prêtes à partager un moment de complicité, un fragment de vie. Et pourtant, malgré leur présence, malgré leur désir de m'offrir ce que je recherche en vain, Elle n'est pas là.

L'ombre de son absence pèse sur chaque rencontre, chaque étreinte, comme une brume qui obscurcit le moindre éclat de lumière. Chaque fois qu'une femme dépose ses lèvres sur une partie de mon corps, chaque fois qu'une femme m'adresse la parole en espérant du plus, j'espère secrètement, tout au fond de moi, que ça soit Elle.

Le vide qu'elle laisse tous les jours derrière elle, ce gouffre béant, rend dérisoires toutes les tentatives de substitution.

Elles sont là, mais Elle n'est pas là, et c'est son absence qui résonne le plus fort, noyant dans le silence ce que les autres espèrent m'offrir.

Je me rhabillais en repensant à quel point ma vie était misérable.

Depuis que je suis arrivé dans cette ville, ma vie est devenue un enchaînement de pertes et de déceptions. J'ai perdu mon père, et ma mère m'ignore parce que je n'ai pas voulu épouser la femme qu'elle et ma tante avaient choisie pour moi. J'ai fait semblant d'être marié à une femme qui en aimait un autre, tout en vivant dans un petit appartement luxueux, seul avec mon chat.

Avez-vous déjà eu un chat ? Il ne donne aucune affection. C'est un amour à sens unique. Je commence à penser que ma relation avec mon chat ressemble étrangement à celle que j'avais avec elle. C'est comme si Mère Nature avait pris un malin plaisir à refléter ma vie amoureuse misérable dans ma vie avec mon animal de compagnie.

Cette nuit, je n'ai pas cessé de repenser au soir où mon père s'est suicidé. Je n'oublierai jamais son corps, allongé sur mon lit, tout rigide et glacé. Il avait avalé trois boîtes de médicaments d'un coup et c'est dans mon lit qu'il a trouvé la paix éternelle. Ou peut-être l'éternelle souffrance, selon ce qu'on croit.

Salwa - Bouteille à la mer [01]Des histoires addictives. Découvrez maintenant