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Point de vue de Salwa

En revenant de chez le notaire, toutes les émotions que nous avions retenues éclatèrent en silence. Adil et moi étions assis au salon, les bras croisés, plongés dans une atmosphère lourde, presque suffocante. Mais ce silence n'était qu'une illusion, car un bruit sourd résonnait en arrière-plan.

Saïd, à l'étage, s'était enfermé dans sa chambre et s'acharnait à tout détruire depuis près d'une heure, exprimant sa colère de la seule manière qu'il connaissait. Kenza, quant à elle, n'était toujours pas rentrée, sans doute pour éviter cette tension palpable qui régnait chez nous.

Kassim et Samia étaient là aussi, assis près de nous, percevant la gravité de la situation sans vraiment la comprendre. Je ressentais une profonde tristesse pour Kassim, qui, dans cette tourmente, devait se contenter de son cahier de coloriage qu'il avait laissé traîner en bas, essayant tant bien que mal de se distraire.

Comme quoi, ne pas ranger ses affaires n'était pas toujours une mauvaise chose.

Kassim finit par briser ce silence pesant, d'une petite voix timide : "Papa ? Je peux aller chercher mon camion dans ma chambre, s'il te plaît ?".

Samia, ayant bien compris qu'Adil n'était pas en état de répondre à Kassim, intervint avec douceur. Elle lui expliqua qu'il devait attendre un peu, mais Kassim, avec l'insouciance propre à son âge, n'était pas du genre à se laisser décourager.

Avec toute la détermination du monde, il se glissa à mes côtés sur le canapé, s'installa confortablement, puis me fixa de ses grands yeux malicieux. Sans même une once d'hésitation, il me lança avec un sourire espiègle : "Tata, t'as des jeux sur ton téléphone ?"

J'ai éclaté de rire, incapable de résister à son charme. Il avait ce don incroyable de faire fondre l'ambiance la plus pesante en une seconde, juste en étant lui-même. Cela me rappelait tellement les moments de mon enfance, quand mes frères et moi, avec la même ruse innocente, tentions d'obtenir ce que nous voulions en jouant la carte de la mignonnerie.

Je déverrouillai mon téléphone, lui tendis, et lui dis en riant : "Tiens bébé".

Il me répondit par un regard et un sourire, puis se plongea dans son monde de pixels et de couleurs.

Il avait réussi, avec sa petite demande innocente, à alléger l'atmosphère étouffante qui pesait sur la pièce. Même si ce n'était qu'un instant, c'était suffisant pour nous rappeler qu'il restait encore des raisons de sourire, même dans les moments les plus sombres.

Puis, Fatna est rentrée, la porte d'entrée s'ouvrant brusquement sur son passage, apportant avec elle une brise légère qui contrastait avec l'atmosphère lourde du salon. Elle ne se doutait pas du tout de la tension qui régnait dans la maison. D'un pas vif, elle déposa ses affaires sur la table de l'entrée, jetant un coup d'œil distrait à chacun de nous sans vraiment remarquer les visages fermés et les regards fuyants.

« Salammmm ! » lança-t-elle joyeusement en enlevant son manteau, son énergie débordante tranchant radicalement avec notre silence pesant. Elle était manifestement de bonne humeur, probablement encore portée par les événements de sa journée.

Mais son sourire s'estompa légèrement lorsqu'elle réalisa que personne ne répondait à son salut habituel et qu'elle entendit les fracas de l'étage. Elle fronça les sourcils, s'arrêtant au seuil du salon, scrutant nos visages, essayant de comprendre ce qui se passait. « Qu'est-ce qui se passe ici ? » demanda-t-elle enfin, sa voix trahissant une pointe d'inquiétude.

Kassim, toujours absorbé par son jeu sur mon téléphone, leva à peine les yeux, inconscient de la tension qui persistait. Sa présence insouciante contrastait avec le sérieux de la situation, un rappel innocent que, malgré tout, la vie continuait pour les plus jeunes.

Salwa - Bouteille à la mer [01]Des histoires addictives. Découvrez maintenant