Je n'avais plus de larmes pour pleurer. Il semblait que chaque goutte de tristesse s'était déjà échappée de moi, laissant un vide sec et aride à l'intérieur. La douleur avait dépassé le stade des pleurs, devenant une sorte de torpeur glacée, un engourdissement qui me laissait étrangement insensible au chaos émotionnel qui régnait en moi. C'était comme si mon corps avait décidé qu'il n'en pouvait plus, qu'il n'y avait plus de place pour les sanglots, seulement pour un silence assourdissant.
Il était 1h du matin lorsque j'ai enfin quitté l'hôpital. Les heures s'étaient écoulées dans une sorte de flou, où chaque minute semblait interminable, mais en même temps, tout était passé si vite. Les formalités, les papiers à signer, les mots échangés, tout cela me paraissait maintenant si lointain, comme un mauvais rêve dont je ne parvenais pas à émerger. J'avais traversé tout cela mécaniquement, sans vraiment comprendre ce qui se passait, comme si mon esprit s'était coupé du monde pour se protéger de l'insupportable réalité.
Lorsque je suis enfin sortie, l'air frais de la nuit m'a frappée, mais je ne l'ai presque pas senti. Le silence de la rue déserte contrastait étrangement avec l'agitation intérieure qui continuait de me ronger. Tout semblait irréel, comme si je flottais dans un autre monde, déconnectée de tout ce qui m'entourait. Je marchais sans but, mes pas résonnant faiblement sur le trottoir, mais je n'étais plus vraiment là. Tout ce que je ressentais, c'était ce vide immense et ce feu ardent qui me consumait de l'intérieur, un brasier de douleur et de désespoir qui ne trouvait aucun exutoire.
J'étais détruite, chaque fibre de mon être semblait brisée, éparpillée en mille morceaux que je ne savais plus comment rassembler. Et par-dessus tout, j'étais seule. Affreusement seule. L'absence d'Amira était un gouffre, un abîme sans fond qui m'aspirait, m'isolant du reste du monde. J'avais perdu plus qu'une petite sœur ce soir-là ; j'avais perdu une partie de moi-même, une partie de ce qui donnait un sens à ma vie.
Je continuais à avancer dans la nuit, mais en réalité, je ne faisais que m'enfoncer un peu plus dans cette solitude écrasante, dans cette douleur infinie qui n'avait plus de larmes pour s'exprimer.
***
Quand je suis rentrée chez moi, le poids de la nuit et de la perte pesant lourdement sur mes épaules, j'avais une petite boîte à bijoux dans les mains. C'était un cadeau que j'avais acheté pour Fatna avant de me rendre à l'hôpital, un geste simple qui semblait désormais si dérisoire face à la tragédie qui venait de se dérouler. Pourtant, cette petite boîte était maintenant mon ancre, une manière de me raccrocher à quelque chose de tangible dans un monde devenu soudainement insupportable.
Je me dirigeai vers la chambre de Fatna, mon cœur battant lourdement dans ma poitrine. Quand j'entrai, je la vis déjà en pyjama, assise devant sa coiffeuse, un peigne à la main, ses gestes lents et doux alors qu'elle se préparait à aller au lit. Elle semblait si paisible, si loin du tourment que je portais en moi. Quand elle me vit arriver derrière elle, elle leva les yeux vers le miroir et nos regards se croisèrent à travers ce reflet.
Fatna, avec cette douceur habituelle dans la voix, me demanda : « Qu'est-ce que tu fais là ? » Son ton était teinté de surprise, mais aussi d'une curiosité bienveillante.
Sans répondre immédiatement, je m'avançai vers elle, comme guidée par une force plus grande que moi, une nécessité de faire quelque chose de bien dans cette nuit si noire. Je sortis le bijou de la petite boîte, un pendentif délicat que j'avais choisi pour elle, et avec des gestes tremblants, je le plaçai autour de son cou, attachant le fermoir avec une attention presque maladive.
Une fois le bijou en place, je l'ai enlacée, serrant mes bras autour d'elle avec une intensité que je ne parvins pas à dissimuler. J'avais besoin de ce contact, besoin de cette chaleur humaine pour ne pas sombrer dans le gouffre de mon chagrin. Je collai ma joue contre la sienne, sentant sa peau douce contre la mienne, et baissai les yeux vers la petite table de la coiffeuse. Je n'osais pas la regarder dans les yeux, de peur qu'elle ne voit la tempête qui y grondait, de peur qu'elle ne devine la tristesse qui menaçait de déborder à tout instant.
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Salwa - Bouteille à la mer [01]
RomanceNEW ROMANCE | Je l'aime, je la perds, je la retrouve. Et à chaque fois, je fais les mêmes erreurs. Mais cette fois, notre histoire est écrite sur du papier... et enfermée dans une bouteille à la mer.
![Salwa - Bouteille à la mer [01]](https://img.wattpad.com/cover/368475199-64-k447593.jpg)