Chapitre 3 - Le bal

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Liana n'osait pas bouger. Personne ne semblait l'avoir remarquée. Les convives continuaient à danser et à bavarder comme si de rien n'était. Les femmes portaient de longues robes colorées et arboraient des coiffures sophistiquées, tandis que les hommes étaient vêtus de costumes sombres et élégants. Ils se mouvaient sur un sol aux dalles polies. D'imposants miroirs, des tableaux et de lourds chandeliers tapissaient les murs tandis que des lustres brillants comme des diamants pendaient au plafond. Sur les tables situées dans les coins de la salle, des plats étaient élégamment disposés, au milieu de fleurs fraîchement coupées.

Des couples dansaient au centre de la pièce. Les robes amples tournoyaient en un océan de couleurs chatoyantes sur le sol. D'autres personnes se tenaient en petits groupes éparpillés aux quatre coins de la salle et discutaient. Leurs voix emplissaient la pièce d'un fond sonore, lui-même couvert par l'orchestre qui jouait sur une estrade. Une odeur de rose et de jasmin embaumait l'air.

Liana était abasourdie. Elle cligna des yeux plusieurs fois, espérant dissiper cette vision aussi agréable qu'intrigante. Mais peu importe le nombre de fois où elle ferma les yeux, la salle de bal et ses danseurs étaient toujours là. Ces derniers continuaient à valser avec grâce, ignorant la jeune fille et ses tourments. Elle se sentait à part, comme si elle contemplait un tableau de maître dans la galerie d'un musée. Pendant un instant, elle crut même se trouver au milieu du tournage d'un film.

Elle aurait pu contempler cette scène pendant des heures, fascinée par l'élégance des danseurs et du décor. Pourtant, son instinct lui soufflait de ne pas s'attarder, car elle n'était pas certaine d'être invisible aux yeux des convives. Si l'un d'eux remarquait la jeune fille en sweat à capuche et en jeans adossée au mur, elle se retrouverait immédiatement dans une position délicate.

S'arrachant à sa torpeur, elle passa lentement la main dans son dos, cherchant derrière elle la poignée afin de pouvoir ressortir aussi discrètement qu'elle était entrée. Elle évitait de faire tout geste brusque pour ne pas attirer l'attention des danseurs. Elle palpa longuement le mur à la recherche d'une poignée, mais ses doigts ne rencontrèrent qu'une surface lisse.

Oubliant toute prudence, elle se retourna d'un mouvement sec et constata avec horreur qu'il ne s'agissait que d'un simple mur. La porte avait mystérieusement disparue, et avec elle toutes les chances de sortie. Liana sentit son cœur s'accélérer.

Est-ce un rêve ?

Elle se mordilla la lèvre inférieure, ne sachant pas ce qu'elle devait faire. Rien de tout cela ne semblait réel, et elle pouvait tout aussi bien rester dans la salle pour admirer les danseurs. Pourtant, son instinct lui soufflait de partir, et plus elle observait les convives, plus elle était persuadée que c'était la meilleure chose à faire. Elle devait absolument comprendre où elle se trouvait, et trouver un moyen de rentrer chez elle. Son studio était bien entendu moins beau et luxueux que la salle de bal, mais il était surtout moins risqué. Elle n'avait pas envie d'être repérée, et plus elle s'attardait ici, plus elle risquait d'attirer l'attention. Elle jeta un nouveau coup d'œil dans la salle où tout le monde continuait à l'ignorer et déglutit péniblement, puis elle longea le mur en se faisant la plus petite possible et quitta la salle sur la pointe des pieds.

Elle déboucha dans un imposant couloir et hésita, ne sachant pas où elle devait se rendre. Des voix lui parvinrent sur la droite et elle se figea instantanément, cherchant à localiser la source de ce bruit. Elle réagit juste à temps et se jeta derrière une colonne pour ne pas être vue par deux domestiques qui passèrent près d'elle, tenant des lourds plateaux chargés de mets divers. Elle les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans la salle de bal, puis elle sortit de sa cachette, avant de partir en courant dans la direction opposée. Elle devait mettre le plus de distance possible entre la foule d'inconnus et elle. Elle traversa le couloir, bifurqua à droite, arriva dans un nouveau corridor et se sentit affreusement perdue.


Pour Quelques Mots de Plus [Sous contrat d'édition]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant