Chapitre 18 - Le thé

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« Vous étiez là ! »

Liana releva la tête, surprise d'être interrompue alors qu'elle étudiait la différence entre un narcisse et une jonquille. Elle vit qu'Alan se tenait devant elle, souriant.

« Nous vous attendons pour le thé. »

Il lui tendit sa main, et Liana l'attrapa tout en s'excusant pour son retard. Elle n'avait pas vu le temps passer, et elle se sentit affreusement gênée par son impolitesse. Alan la rassura d'un sourire et l'aida à retirer les feuilles qui s'étaient accrochées dans son chignon. Elle défroissa sa longue robe puis aperçue la tonnelle, sous laquelle James les attendait. Ils le rejoignirent, et Liana resta stupéfaite devant les douceurs disposées sur la table.

Les domestiques leur avaient servi du thé, et toutes sortes de mets délicats étaient installés sur diverses assiettes : des macarons, des éclairs, des madeleines, des cupcakes... Liana en avait l'eau à la bouche. Elle s'installa en face de James, sans quitter les douceurs des yeux, ce qui le fit sourire. Alan s'installa à son tour.

Une brise légère agitait les cheveux de Liana. Elle porta la tasse de thé à ses lèvres, tout en jetant un regard discret aux deux hommes face à elle. James gardait un visage renfrogné, comme à son habitude, tandis qu'Alan affichait un sourire détendu. Ils se mirent à aborder des sujets politiques auxquels la jeune fille ne comprenait rien. Elle fit des efforts au départ pour suivre la conversation et montrer de l'intérêt, puis elle y renonça rapidement et se contenta de profiter de l'air frais sous la tonnelle, tout en picorant quelques biscuits dans l'assiette devant elle. Les garçons durent remarquer qu'elle était mise de côté, car Alan l'invita à rejoindre la conversation en changeant de sujet :

« Votre tenue pour le bal est-elle prête ?

- Pardon ? »

Elle voulut lui demander de quel bal il parlait, mais elle avait trop peur de paraître ignorante. Heureusement, Alan s'expliqua :

« Le bal pour vos fiançailles. Il aura lieu dans un peu moins d'un mois, les préparatifs sont déjà en cours.

- Ah oui, le bal...

- Je peux vous recommander un excellent tailleur si vous le désirez, proposa-t-il tout en jetant un coup d'œil à son frère qui contracta ses mâchoires. Il dessine des robes qui mettraient parfaitement en valeur votre silhouette. »

Du coin de l'œil, elle vit la silhouette de James se crisper. Elle répondit alors avec un sourire :

« Merci, mais je crois qu'on s'est déjà occupé de choisir ma tenue. »

Sa réponse suffit à détendre James. Alan remarqua son refus poli et réprima un sourire, ravi d'avoir eu l'occasion de provoquer son frère et amusé par sa réaction qui était sans équivoque. Il changea habilement de sujet :

« Ton discours est prêt, James ?

- Il me reste quelques lignes à retravailler, mais dans l'ensemble il est prêt.

- J'ai hâte de t'entendre. Et de vous voir ouvrir la danse ! »

Liana manqua de s'étrangler avec son thé. Elle attrapa la serviette la plus proche et s'essuya les lèvres, avant de demander d'une voix blanche :

« Ouvrir la danse ?

- Oui, ce sera à vous d'ouvrir le bal. Il s'agit de vos fiançailles, après tout... »

Liana devint livide. Elle haïssait la danse plus que tout, elle n'avait aucun sens du rythme et confondait tout le temps sa droite et sa gauche. Elle ne serait jamais capable d'ouvrir le bal, c'était au-dessus de ses forces. Elle jeta un regard désespéré à James, qui comprit aussitôt la situation :

« Vous ne savez pas danser ? »

Elle hocha la tête, honteuse. Le regard de James devint soudain extrêmement froid, et Liana réalisa l'absurdité de son aveu : une fille noble qui ne savait pas danser, alors que son héroïne passait le plus clair de son temps au bal, cela ne tenait pas debout. James devait penser qu'elle se moquait de lui !

Contre toutes attentes, il déclara simplement :

« Je vois. Je vais prévenir notre professeur de danse, il nous reste moins d'un mois pour vous former. »

James s'exécuta aussitôt et prévint le domestique le plus proche, qui hocha la tête et retourna au palais. Liana jeta un regard implorant à son promis, qui l'ignora avec brio.

Un mois, pensa-t-elle avec horreur. Ça ne va pas suffire !

Pour Quelques Mots de Plus [Sous contrat d'édition]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant