Chapitre dix-sept

12 1 0
                                        

Deux heures. 120 minutes de trop. 8040 secondes que l'attente était insoutenable. Deux putain d'heures sans aucune nouvelle émergeant du bloc opératoire. Ma jambe tressautait à la cadence des battements inébranlables de mon cœur. Contrairement à tout à l'heure, je persistais à rester éveillée dans l'espoir qu'une infirmière vienne à notre rencontre afin de nous apporter de bonnes nouvelles. En tout cas, des nouvelles moins graves que toutes les issues abominables qui faisaient rage dans mon esprit depuis notre arrivée. Je me sentais déjà bien assez coupable comme ça. Attendez, si ça se trouve il n'y a plus aucun espoir ? Son âme a déjà rejoint les cieux, en réalité ils sont peut-être entrain de trouver une façon « délicate » de nous l'annoncer. Carl est sûrement mort par ma faute. Je détruis tout ceux que j'approche. Je suis un monstre.

- Et voilà pour la demoiselle, un chocolat chaud bouillant et je l'espère, réconfortant.

Je levais des yeux cernés vers mon interlocuteur. Jusqu'au bout il était resté auprès de moi, ne me lâchant plus d'une semelle. Comme d'habitude, il est l'épaule sur laquelle je pourrais indéfiniment me reposer et déverser toutes les larmes de mon corps. Il s'était juste absenté durant trois minutes pour partir en quête de quelque chose à nous mettre sous la dent. Il s'avérait que depuis le café dans lequel nous nous étions posé pendant un bon morceau de l'après-midi, nous n'avions plus rien ingéré.

Malheureusement pour nous, ces urgences ci ne possédaient que des machines à café. Aucun « snack » n'y étant proposé, nous devions nous contenter de boissons chaudes.

- M'man est toujours entrain de se confronter à la machine qui lui a avalé trois euros sans rien donner en retour. Mais elle ne devrait pas tarder. Tiens.

Il joignit ses gestes à sa parole et me tendit mon gobelet. Sa chaleur s'insinua dans mes doigts et parvint à me réchauffer un peu. Je le portais à mes lèvres, gercées par l'anxiété qui me rongeait depuis deux heures maintenant. Je sentis son regard appuyé sur moi, guettant mes réactions, lisant en moi. Il fit glisser son bras sur mes épaules et d'une accolade nous rapprocha davantage. Je ne me dégageais pas car c'était ce dont j'avais besoin. Sa présence. Savoir qu'il était là pour moi. Comme toujours. Son souffle chaud parcourut mes lèvres, ma joue, pour finir son cheminement au creux de mon oreille, me susurrant :

- Eh, p'tite tête, je sais ce que tu es entrain de faire là. Arrête ça tout de suite. Tu te tortures.

Sans plus de sérénade, je lui déballais tout :

- J'y peux rien Fé'. Chaque fois que j'essaye de m'assoupir, ces images traumatisantes me frappent de nouveau et répètent une même phrase en boucle : « Tu es fière de toi ? Au final tu n'es bonne qu'à ça, faire souffrir les gens ». C'est moi qui aurait dû- 

Ma phrase mourut sur ses lèvres qui vinrent subitement frapper les miennes. Sa paume jadis posée sur mon épaule, se cramponna à ma nuque, approfondissant l'intensité de notre baiser. Les miennes vinrent sauvagement tirer sur son tee-shirt, lui priant intimement de m'aider. De me sortir de là. De me faire oublier tous les évènements de ces dernières heures affreuses. Mes larmes coulèrent à mon insu, offrant un goût salé à nos bouches. Sa main libre ne cessait de remonter délicieusement le long de ma cuisse, de manière plus qu'excitante et possessive. Alors que je commençais seulement à me perdre en lui, il rompit subitement notre contact, un doigt autoritaire dressé devant moi, il me dit :

- Ne t'avise plus de répéter ça. Jamais tu m'entends ?

Son ton menaçant disparut en un clignement de paupières, laissant sa place à un sourire narquois. Ses yeux dérivèrent une micro seconde sur ma bouche puis me provoquant délibérément, il passa sa langue sur ses lèvres, savourant le goût que j'y avais laissé.

Comme Au Premier JourOù les histoires vivent. Découvrez maintenant