Nous étions sur le chemin du retour, le cœur léger. Je ne me pensais pas capable d'être aussi rayonnante de toute ma vie. J'avais même l'intime conviction que les oiseaux chantaient en notre honneur. Nous marchions à un rythme que je qualifierais de : « promenade digestive » en profitant du calme qui nous était offert. Seul Félix à mes côtés chantonnait. S'incrustant dans la chorale des volatiles au-dessus de nos têtes. Tout était parfait. Rien ne pouvait nuire à notre sérénité actuelle. Enfin, presque.
Arrivés au niveau d'un passage piéton, nous patentions tranquillement que le feu passe au vert. C'est alors qu'une voix lointaine me fit redescendre de mon petit nuage :
- Bon sang, j'y crois pas ! Mais attends c'est... c'est toi Nadia !
Je n'en revenais pas. Je n'aurais jamais pensé le croiser, lui. Carl. Le mec que j'avais rencontré lors de cette fameuse soirée où Félix m'avait embarqué et qui ne s'était pas avéré être le « charo » que je pensais qu'il était. Nous avions longuement discuté jusqu'à la prestation de Félix qui m'avait laissé sans voix et qui avait marqué le premier baiser de notre recommencement.
C'était en réalité un gars sympathique avec qui je n'aurais pas eu de problèmes pour aboutir à une amitié. Mais la tempête Félix étant passée par là, notre conversation avait dû s'interrompre plus tôt que prévue. Donc, sans doute que c'était pour cela que le fait de le revoir, totalement par hasard, me faisait plaisir.
Malheureusement pour lui, la suite des évènements se passa très vite. J'aperçus Carl, de l'autre côté du passage piéton qui, emplit d'une joie incontrôlable, courut dans ma direction, sans se préoccuper de ce qu'il se passait autour. Son sourire, son enthousiasme, puis, plus rien. Je ne vis qu'un corps survolant un véhicule, pour venir s'écraser sur le béton, inerte. Mon cœur cessa tout battement, la vision d'horreur qui se présentait devant moi me pétrifiait. Un instant il était là tout sourire et l'instant d'après il n'était plus qu'une masse étalée sur la route. C'est ma faute. C'est à cause de moi. Si je n'avais pas été là, rien de tout ça ne serait arrivé. Ma respiration se faisant de plus en plus irrégulière, je sentis deux poignes m'enserrer les bras et deux iris me transpercer subitement, l'air très sérieux :
- Nana ? Nana ça va ? Pitié eh oh... réponds moi ! Il... c'est le mec de la boîte c'est ça ? Oh putain, je... Maman ! Appelle les urgences, je m'occupe de Nadia. Nana, prends moi la main, on va aller s'asseoir toi et moi, allez... C'est ça, voilà...
Ses gestes se furent très lents pourtant, je le sentais aussi apeuré que moi. Ne sachant pas comment réagir, comment m'aborder, il prenait son temps et essayait à mon rythme de m'éloigner le plus possible de cette vision d'horreur. J'apercevais déjà un amas de personnes se rassembler autour du corps de Carl et Adeline qui tentait vainement de les écarter en leur expliquant que soi-disant « la situation était sous contrôle ».
Ne sachant plus où me mettre ni que faire, Félix me fit asseoir sur un banc non loin de là, à l'abri de ce cauchemar. Il m'enserra la main, entrelaçant nos doigts, cherchant à tout prix la proximité. Il dégagea les mèches qui se collaient à mes joues baignées de larmes, puis fit basculer ma tête doucement contre sa poitrine. Je ressentis sa respiration saccadée contre mon crâne ainsi que sa main libre se frayer un chemin sur mon dos pour l'effleurer tendrement le long de ma colonne vertébrale. Sa présence me permit de me détendre; sur le coup. Je fermais les yeux, repris le rythme d'une respiration normale et m'assoupis dans ses bras. Le seul détail dont je me rappelais avant de sombrer, fut le son des sirènes retentissantes de l'ambulance.
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Comme Au Premier Jour
RomanceDeux âmes insouciantes mais faites pour demeurer ensemble jusqu'à la fin. C'est l'histoire de Nadia et Félix, qui, pendant leurs années lycée s'aimaient d'un amour passionnel. Mais un évènement tragique les tiendra séparés pendant de nombreuses anné...
