Le lendemain, une fois que les termes de notre relation avaient pu être mis au clair, nous nous retrouvions tous les trois Félix, Adeline et moi, postés sur la terrasse d'un café. Le panorama était agréable, le soleil nous enveloppant de sa douce chaleur était, pour ainsi dire, pas déplaisant. Nous sirotions chacun notre boisson dans un silence de mort, ce qui rendait le moment beaucoup moins chaleureux que la météo. Félix et moi, évitions soigneusement que nos regards se croisent par peur qu'ils nous trahissent. Un seul eyes-contact et la nuit que nous avions passé ne serait plus un secret. Tandis qu'à l'inverse les yeux d'Adeline virevoltaient de moi à lui comme si le fait que l'on s'évite était perceptible aux yeux de tous.
Je n'avais jamais vu Adeline aussi tendue, à l'inverse de Félix et moi, elle ne « sirotait » pas sa boisson – ici un milkshake – elle l'aspirait comme si sa vie en dépendait. En un souffle, il ne lui restait déjà plus que le fond de son gobelet qu'elle était contrainte d'aller chercher avec sa paille. Ses pupilles restaient fixées sur lui et moi comme si elle attendait qu'un de nous deux craquent. Elle sait. Elle ne nous regarderait pas aussi intensément si elle n'était pas au courant de ce qu'il se trame sous son nez. Je tentais du coin de l'œil d'attirer l'attention de mon voisin, mais c'était peine perdu. Félix restait de marbre, le regard plongé dans celui, intransigeant, de sa mère. Tout ça ressemblait très pour trait à une situation qui nous était déjà arrivée par le passé, dans laquelle nous avions aussi, essayé de faire quelque chose derrière son dos. Lâchons l'affaire Félix, nous savons bien toi et moi qu'il est impossible de lui cacher quelque chose. Encore moins quand il s'agit de nous deux et de ce qu'il se passe quand elle n'est pas là pour nous surveiller... En pensant ça, le souvenir de cette fois là m'envahit de nostalgie :
***
C'était un Mercredi comme un autre, où Félix et moi avions fini les cours plus tôt que prévu, ce qui nous arrangeait bien pour profiter d'un après-midi ensemble, en ville, et de revenir à la maison comme si de rien était, à l'heure à laquelle nous étions censés terminer normalement. Tout se profilait à la perfection. Le plan était infaillible. A une exception près. Dès que la sonnerie avait retenti nous avions remballé nos affaires en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et étions sortis main dans la main en gloussant comme des imbéciles. Une fois dehors, nous n'avions pas prévu de finir congelé au bout d'à peine cinq minutes de promenade. L'hiver n'était pas doux cette année là. Alors il fit la chose la plus cliché qui puisse être donnée d'exister. Oui, il me prêta son manteau. Il me le mit sur les épaules sans oublier de m'ébouriffer les cheveux et de m'adresser un immense sourire au passage. Je ne rechignais pas, j'avais beau lui répéter que ce geste était du vu et du revu, je ne lui avais jamais avoué, qu'au fond de moi j'avais espéré que ce jour n'arrive. C'était tellement romantique !
Malheureusement, comme avec lui rien ne se passait comme prévu, son nez devint froid une poignée de minutes plus tard, et je sentis ses doigts froids sous ma paume. Mon gentleman voulant conserver sa fierté à tout prix, me proposa un cinéma et comme une sangsue accrochée à sa proie, je le suivis. Arrivés à l'accueil, il me laissa choisir le film, il prit de quoi manger, vu que tout ce qu'il souhaitait lui c'était d'être enfin au chaud. Nous nous installions côte à côte, tout au fond de la grande salle, moi crevant de chaud à présent et lui soulagé par la réussite de son plan. Je l'entendis souffler à côté de moi, un rictus fier collé sur le visage :
- T'es fier de toi ? Tu es parvenu à m'amener où tu voulais. Je suppose que le film ne t'enchante pas spécialement étant donné que tu ne m'as toujours pas demandé quel film j'ai choisi. Tu es fait comme un rat Félix. Je vois clair dans ton jeu.
Il cessa tout mouvement, du pop-corn plein la bouche et dévia lentement son regard sur moi. Je croisais les bras, déterminée à ce qu'il avoue la supercherie. Il se ressaisit automatiquement, refusant catégoriquement de perdre la face devant moi. Il se racla alors la gorge et prit un air de dragueur que je ne lui connaissais pas :
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Comme Au Premier Jour
RomansaDeux âmes insouciantes mais faites pour demeurer ensemble jusqu'à la fin. C'est l'histoire de Nadia et Félix, qui, pendant leurs années lycée s'aimaient d'un amour passionnel. Mais un évènement tragique les tiendra séparés pendant de nombreuses anné...
