- Alors, quel magasin te comblerait de bonheur ?
- Comme tu veux, surprends-moi !
- Ok alors c'est parti !
***
- Euh Félix ? Je crois ne pas être très convaincue, je sais pas trop...
- Montre !
Je tirais le rideau de la cabine d'essayage de mauvaise grâce. Félix supervisait mes essayages et en tant qu'artiste, me faisait l'honneur de m'assister et de me guider dans mes choix. Quand j'hésitais, il m'exprimait le fond de sa pensée toujours le sourire aux lèvres. Nous avions finalement opté pour une friperie – c'était beaucoup plus abordable pour des jeunes étudiants tels que nous – Félix avait déjà dans la tête de m'acheter toute une garde de robe. Ce qui évidemment nous a mis en désaccord, il n'avait pas le droit de m'acheter tout ça alors que j'étais venue squatter chez eux. L'issue de cette discussion était la suivante : Félix – 2 / Nadia -0.
Je devais m'y attendre avec sa volonté de fer, il était inconcevable pour lui d'abandonner une idée. Son idée.
Je venais donc d'essayer un énième vêtement, qui s'avère être une robe légère pour « accueillir l'été à bras ouverts » comme m'avait persuadé Félix. Je la trouvais belle, là n'était pas le problème, mais une fois sur moi, elle faisait ressortir toutes mes insécurités. Elle épousait ma silhouette parfaitement, ce qui était un cauchemar. Un squelette en robe tiens, tiens, tiens, on a rarement vu ça. Je lissais les plis de ma robe attendant son verdict. Félix me faisait face, les jambes croisés, l'allure nonchalante mais pourtant concentré et ses doigts pinçant son menton. Je ne l'avais jamais vu autant sérieux depuis le début de cette séance essayage.
- Qu'en penses-tu ? Moi je suis dubitative, je trouve ça...
- Tu trouves ça ?
- Je trouve ça moche voilà. Ça me va pas, bref, je suis laide.
- Attends, attends, tu déconnes là ?
A la suite de ses mots, Il décroisa les jambes, se précipita vers moi, m'entraîna vers l'intérieur de la cabine d'essayage, ferma d'un coup sec le pauvre rideau et se colla contre moi, me plaquant ainsi contre le mur. Mais que lui arrive-t-il enfin ? Il plaça ses mains de parts et d'autres de ma tête et me transperça du regard comme jamais auparavant. Son regard était... Dur ? Frustré ? Il paraissait en colère. Or, Félix + colère = 0. Les deux ne peuvent pas aller ensemble, ça ne ferait pas bon ménage. Je crois même qu'ils ne s'apprécient pas trop.
Il me faisait face, son corps toujours à quelques millimètres du mien. Il me contempla de haut en bas et comme si ça le démangeait de me voir avec si peu d'estime de moi-même, il m'ordonna :
- Ose répéter ça encore une fois et je te jure que tu vas le regretter. Nadia, regarde toi, tu es splendide. Si seulement, tu pouvais te voir de la même façon que mes yeux te regardent constamment, tu verrais enfin tout le potentiel que tu as.
- Félix...
Je murmurais son nom dans un souffle, mis mes mains sur son torse, qui se contracta aussitôt à mon contact. Lui, ne savant comment réagir, nos fronts se rencontrèrent et nos yeux continuèrent de se dévorer.
Je savais qu'il en avait envie. Qu'il attendait qu'une chose, qu'un geste de mon côté. Mais je ne pouvais pas me le permettre. C'est trop tôt... Je ne voudrais pas franchir le cap, puis lui faire regretter après, en fuyant mes émotions comme ça a été le cas auparavant.
Il m'intima dans son regard que tout était « ok », qu'il ne souhaitait pas m'y soustraire, encore moins me brusquer. On prendrait notre temps et ça serait très bien comme ça désormais. J'articulais un merci inaudible. Il acquiesça, reprit son souffle, et vint se décoller de moi pour retrouver une posture nonchalante et non une posture illustrant tout le « sex-appeal » dont il pouvait faire preuve.
- Bon, il serait peut être temps qu'on sorte de cette cabine, les vendeuses sont sûrement entrain de se demander ce que l'on fabrique depuis tout ce temps... m'adressa-t-il avec un clin-d'œil complice.
- Oh non, NON ! Félix tu n'as pas pensé à ça ? T'es sérieux là ?
- Peut-être...
Il prit la poudre d'escampette, emportant tous mes articles et me laissant seule avec ce bout de tissu sur moi. J'y crois pas, il m'a abandonné ! Après toute cette atmosphère sensuelle qui s'était propagée dans la cabine en si peu de temps, il fuyait comme un voleur ! J'étais outrée.
Il revint cependant quelques secondes plus tard, seulement pour me dire :
- Au fait, si ça n'avait été pas assez claire pour toi, on la prend la robe. Pas de protestations c'est non-négociable.
- Mais Félix-
- J'ai dit on la prend point. Ne t'en fais pas, je ne te forcerai pas à la porter, c'est juste au cas où, pour une occasion spéciale, dans un futur très proche...
Il s'en alla (de nouveau) sans demander son reste, et me laissa seule. Comment ça une occasion spéciale dans un futur très proche ? Que manigances-tu Félix ?
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Comme Au Premier Jour
RomanceDeux âmes insouciantes mais faites pour demeurer ensemble jusqu'à la fin. C'est l'histoire de Nadia et Félix, qui, pendant leurs années lycée s'aimaient d'un amour passionnel. Mais un évènement tragique les tiendra séparés pendant de nombreuses anné...
