11. Ryan

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~ Chapitre 11 ~




































RYAN





Assis au bord de la piscine, je regarde le reflet de la lune dans l'eau. Bien que ce soit vraiment magnifique, je n'ai pas le temps de m'attarder dessus que mes pensées se dirigent vers la fille métisse dans la même salle de classe que moi. Cette Star. Et je pense à la bêtise que j'ai bien failli faire en lui avouant toute la vérité. Elle m'aurait probablement fui ou craint. Dans les deux cas, c'est un non catégorique.

Ma sœur, Paloma, vient prendre place à côté de moi. Elle pose sa tignasse bouclée sur mon épaule. Mais je la repousse et elle râle. Non mais elle croit que je suis son matelas ou quoi cette peste ?

- T'es vraiment qu'un con-née.

- Et toi une pouffiasse.

Elle me frappe le bras en me tirant la langue. Je roule des yeux devant son attitude plus qu'enfantin.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne dînes pas avec ta parfaite petite famille ? Dis-je en balançant mes pieds dans l'eau froide.

- Pour me taper le bavardage sur la réussite de Pedro ? Plutôt crever.

- Sur ce point, tu as bien raison.

Pedro Gomez ?

Le premier né des enfants Gomez, le préféré de tous et l'exemple parfait que nous devons copier. Ah et il est aussi le petit trophée de nos parents. Mais comment ne pas l'être quand à 27 ans seulement, on est l'un des docteurs les plus prestigieux de la ville, qu'on est marié et qu'on a deux petites filles mignonnes ? Il est l'incarnation même de la réussite et ne se gêne pas pour le montrer à qui veut le voir.

Quel enfoiré !

Je me lève et vais m'emparer d'une clope posé sur la table basse. Je l'allume de mon briquet et coince le rouleau dans le coin de mes lèvres. Tout de suite, ma sœur se lève, le regard sévère et réprobateur. Mais pour être franc, je m'en tape.

- T'étais censé arrêter pour de bon avec la cigarette !

- Bah c'est mort.

Je relâche la fumée et je sens comme un poids qui s'envole avec elle. La substance toxique commence à faire effet et je me sens planer. Comme-ci plus rien n'existait autour moi. Je suis le propre maître de ma vie et ce pour toujours. Au moins avec mes cigarettes, je me sens apaisé.

- Un jour ça finira bien par te tuer ! Espèce d'imbécile ! Crache-t-elle amèrement avant de retourner furieusement à l'intérieur.

Je sais qu'elle s'inquiète pour moi. Mais que faire ? Je ne peux pas abandonner ce qui me semble bien pour moi juste par peur de la mort. Après tout, nous devons tous y passer un jour ou l'autre. Que ma descente aux enfers soit juste précipité ou pas, cela ne change rien dans mon sort. Je suis une personne maudite et je vivrais pour toujours avec cette culpabilité au fond de moi.

Cette culpabilité qui me rappelle chaque jour que je ne suis qu'un lâche et un vrai imbécile.

Quand j'étais plus jeune, j'ai fait une erreur qui me suit constamment. En fait, j'ai laissé agir. Incapable de rétorquer à cause de mes propres intérêts purement égoïstes. Et putain aujourd'hui ça me ronge de l'intérieur. Je me sens comme la pire des ordures et même Dieu ne pourra jamais me pardonner ce péché. Même-ci je n'avais que 08 ans.

J'écrase mon mégot dans le cendrier et passe les portes vitrées. Je fais l'effort de traverser le salon sans me faire repérer par ma famille d'hypocrites. Mais la voix froide et méprisante de mon père me parvient.

- Ryan ?

Je leur fais face et tombe dans deux iris bleus froids et impénétrables. Ceux de mon père. Estéban Gomez. L'homme d'affaire le plus respecté de son cercle et de quelques villes comme New York et Paris. Il me regarde avec un tel mépris qu'à un moment, j'ai des envies de lui arracher ses yeux pour les enterrer.

- Tu as encore fumé ?

Toute ma formidable famille est assise autour d'une grande table décorée par des bougies. Ma mère, ma sœur, mon père, Pedro et sa femme Alexandra. Tous attendent un signe de ma part.

- Peut-être.

Mon père réprime un juron en fermant ses yeux. Et quand il les rouvre, il n'a même pas besoin de parler pour me dire de foutre le camp. Car c'est ce que je fais, je monte les marches deux à deux. Et la voix cynique de Pedro me monte jusqu'aux oreilles.

- Il est incorrigible. Vous devriez l'envoyer dans un internat.

- Non. Intervient Paloma. Ce n'est pas...une bonne idée.

Je traverse le couloir où des tonnes de portraits de photos de famille parfaites prônent sur les murs royaux. Je m'engouffre dans ma chambre et referme à clé derrière moi. Sans y attendre plus longtemps, je m'en vais prendre une douche froide. Juste histoire de faire redescendre toute cette frustration qui est au fond de mon être.

L'eau à la limite congelée me glisse le long du corps. J'ai de légers frissons, mais ça va. Ce n'est quand même pas de l'eau glacée qui va me faire attraper un rhume. De toutes les façons, ce n'est pas comme-ci c'était la première fois que préférais le froid au chaud.

En même temps que je me frotte le corps, en même temps ces images horribles défilent dans ma tête.

Sauve-la Ryan.

Ne la laisse pas seule.

C'est toujours aussi déchirant. Je ne supporte plus ces voix dans ma tête. J'ai des envies de me suicider. De me pendre ou de m'arracher la tête. Juste pour ne plus à être confronter à mes propres démons. À mes angoisses et à ma culpabilité envahissante.

Tu n'es qu'un monstre.

Tu l'as tué.

TU L'AS TUÉ !

Je coupe l'eau d'un mouvement sec et reprends mes esprits. J'ai du mal à correctement respirer et c'est horrible. Je sors de la douche et enroule une serviette blanche autour de mes reins. Je ne prends même pas le temps de me sécher que je m'en vais me poster devant le lavabo. Je regarde mon reflet horrible dans la glace. La personne que je vois me comprime le sang.

Tu aurais pu intervenir.

Tu aurais pu tout arrêter.

Mais tu l'as laissé faire.

TU L'AS LAISSÉ À LA MORT !

- Putain, j'ai besoin d'une clope.

Aussi vite dit, aussi vite fait.

Je ne suis qu'un lâche.

Tout est de ma faute.

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