2019 - Juin

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UN FLEUVE DE CONFUSION


— J'ai pas commencé le basket parce que mes grands-parents habitaient à côté d'un city. À vrai dire, je les ai même pas connus. Ils sont morts avant que je naisse.

Je m'installai à ses côtés, restant à distance de ses confidences.

La tête de nouveau lâche, ses mains se cherchèrent avant de se nouer, posées sur ses genoux.

— Je devais avoir dans les 7-8 ans, j'sais même plus. C'est comme-ci mon cerveau avait supp cette période. Il marqua une pause. Je ressentis dans sa voix, sa gorge s'étrangler, se faire couper le souffle par ses démons du passé. Je suis né fils unique et loin de ce qu'on pourrait imaginer, j'ai presque jamais vu mes parents heureux depuis ma naissance. Chaque phrase qu'il sortait était comme un poids qu'il déposait à ses pieds. J'ai toujours connu les cris, les engueulades, parfois en public. Je déglutis, sans l'interrompre. Alors à un moment, j'ai pensé... que.... C'était ma faute.

Mes lèvres s'entrouvivrent. Ses mots coupèrent les miens.

— Je me souviens qu'un jour vers quatre heures, je suis descendu dans la cuisine... ma mère était pas là, mon père dans le salon. Y avait les papiers du divorce.

Ses yeux cherchèrent la compassion des miens. Ses pupilles reflétèrent la fragilité de l'enfant qui se cachait sous cet adolescent devant vivre avec ce poids.

— Y avaient leur deux signatures.

Sa voix commença à se fissurer, laissant place à cette fragilité qui l'habitait.

— Après ça, j'ai commencé à croire que c'était de ma faute. Eux, ils ne remarquaient rien, ils faisaient semblant devant moi.

Sa voix grave et chaude qui me provoquait la chair de poule était remplacée par un timbre frêle et peu hésitant.

— C'est là que les crises ont commencé. Je dormais plus, je faisais que pleurer. Et puis y a une voix qui me chuchotait des trucs de merde. J'arrivais pas à l'arrêter et dès que j'essayai elle empirait. Ma mère m'a trouvé un jour en pleine crise dans le salon, la paume des mains en sang.

La mienne cacha ma bouche.

— J'ai dû expliquer pourquoi j'étais comme ça et c'est là que mes parents m'ont expliqué qu'ils divorçaient pas à cause de moi mais pour me protéger. Que je subisse plus leurs cris à longueur de journée.

Ses lèvres fines se recollèrent entre elles, ne laissant que les souvenirs de ses paroles flotter au-dessus de nous et alimenter les larmes qui déferlaient sur mon visage.

Le cœur en miette grignoté par ses confidences.

Sa poitrine se gonfla, il expira doucement,

— J'en parle jamais, à vrai dire j'donne toujours la version du city avec mes grands parents quand on me demande comme c'était mon enfance. Les gens pensent que j'étais heureux et ça s'arrête là.

Du coin de l'oeil, il remarqua mes larmes et me reprit dans ses bras, me rassurant.

— Je savais que t'étais émotive, mais t'es une véritable éponge. Il rigola dans un bruit léger. Je vais mieux maintenant. Mes parents ont refait leur vie, ça a pas été facile au début mais je m'y suis habitué. Et le basket m'a pas mal aidé.

Coincé dans son étreinte, j'entendais presque son coeur battre. Il se synchronisait sur sa respiration, lourde. Ses bras me rappelaient cette fois dans les couloirs, ce soir où je m'étais sentie en sécurité. Une chaleur s'étouffa dans le creux de mon ventre sans jaillir et ruisseler dans mes veines. C'était simple, doux. Loin du personnage que lui aussi incarnait. Ce garçon joueur de basket. Voulant se donner un air de playboy sans pour autant attirer toutes les filles à ses pieds. C'était un enfant, enfermé dans le corps de cet adolescent, hurlant pour obtenir de l'amour, sous n'importe quelle forme.

SCOLIO'ME ( ancienne version) Des histoires addictives. Découvrez maintenant