Romance sous le gui
Point de Vue : Elio
Je nouais mon nœud papillon autour de mon cou. Je n'avais aucune envie d'aller à ce stupide banquet de Noël qui serait dénué de toute émotion, de toute fantaisie. Un banquet de gros hypocrites. Voilà ce que c'était. Des gens riches autour de petits fours hors de prix qui parlent de bénéfices et d'actions. Ces gens là gâchaient la magie de Noël.
Je vérifiai une dernière fois mon reflet dans le miroir. Je ne voulais pas faire honte à mon père, cette soirée était importante à ses yeux. Enfin importante pour son entreprise. L'entreprise qu'il voulait que je reprenne après avoir obtenu mon master de commerce. Des études qui, accessoirement, ne m'intéressaient pas plus que la couleur du papier toilettes de la voisine. Je rêvais de suivre des cours sur la littérature anglaise. Les bouquins, c'était ma passion. C'était ce qui me faisait vivre, ce qui me faisait rêver. Quand je lisais je vivais des choses que je n'aurais jamais l'occasion de vivre, des sensations que je pourrais jamais côtoyer. Je me sentais tout simplement bien.
Je descendis les marches du grand escalier de marbre, une à une. Lentement. Comme si ce qui m'attendait était la mort. Comme si l'Enfer m'attendait pour boire le thé.
La salle de réception était déjà quasiment pleine. On ne pouvait distinguer seulement les robes de soirées, les costumes et les coupes de champagne luxueux qui se baladaient. De la musique ridicule était jouée par un orchestre qui était là seulement pour l'argent. Je regrettai de ne pas avoir simulé une grippe. Vraiment.
Je me frayai un chemin à travers la foule. Je voulais prendre un verre, grignoter quelque chose puis m'éclipser dans le jardin. J'avais besoin de prendre l'air. J'étouffais déjà.
Sasha, un des serveurs, habillé comme un pingouin, attendait en tenant un plateau d'une main. Comme s'il était un meuble. Il ne bougeait pas. Il restait dans cette position, tel une statue. Je me demandais s'il n'avait pas une crampe au bras à force de rester comme ça. Mes yeux croisèrent les siens et je remarquai à quel point ils étaient beaux. Ses yeux. Ils étaient particuliers. Ni verts, ni marron. On ne pouvait pas poser un mot pour définir ces yeux si particuliers.
Je remontai mon regard plus haut sur son visage. Ses cheveux noirs semblaient tellement doux que je me surprenais à vouloir passer ma main dedans. On pouvait voir qu'il avait eu du fil à retordre pour discipliner cette mèche devant ses yeux. Ses efforts avaient été vains car, cette mèche, revenait constamment cacher une partie de son jolie visage. Et son visage. Il inspirait la douceur, ses traits étaient doux, purs, gracieux. Sascha était beau, il était très beau.
Les extrémités de sa fine bouche s'étirèrent en un sourire. Il me souriait, dévoilant ses adorables fossettes. Je répondis alors à son sourire en m'approchant.
- Je ne pensais pas que tu travaillais ce soir. Commençai-je.
- La prime du banquet de Noël ne se néglige pas.
- Tu ne t'ennuies pas trop ? Demandai-je.
- Non, j'ai de quoi me distraire. Toutes ces personnalités qui se questionnent face au pire des dilemmes à savoir, quelle Porsche vont elles bien pouvoir s'offrir. C'est assez divertissant je dois dire. Moi mon plus gros dilemme c'est savoir si je vais faire réparer ma machine à laver ou remplacer mon micro-onde ce mois-ci. Ajouta-t-il après un temps.
Je le regardai un instant sans rien dire. Puis nous éclatâmes tous deux de rire à l'unisson. Sascha était un garçon qui se tuait au travail pour se permettre une vie plus ou moins décente et suivre une école d'art. C'était le genre de personne qui avait tout pour elle : la beauté, l'intelligence et la gentillesse. Je l'avais toujours beaucoup admiré. Il travaillait comme homme à tout faire pour mon père depuis maintenant un peu plus d'un an. Depuis le jour de notre rencontre, à Sascha et moi, j'avais développé cette petite amourette. Or je savais pertinemment que c'était ridicule. Je n'avais strictement aucune chance avec lui. Je n'étais pas son style. Sascha n'était pas attiré par les hommes, lui. Mais malgré ça, je ne pouvais m'empêcher de penser à lui. C'était plus fort que moi.
- Je comptais faire un tour dehors. Intéressé ? Le questionnai-je.
- Monsieur Elio, je suis là pour travailler...
- Oui et une pause t'es accordé. Et s'il te plaît arrête de m'appeler « Monsieur Elio » c'est tout bonnement ridicule. Répondis-je avec en souriant.
- Les petits fours ne vont pas se distribuer tous seuls...
- Les gens ne sont pas manchots, ils peuvent bien se servir eux-mêmes pour une fois.
Il me lança un regard quelque peu hésitant et posa son plateau argenté sur la grande table. Je pris la direction du jardin, Sascha sur les talons. Il faisait déjà nuit . L'air s'était très clairement rafraîchi. Je me retournai vers Sascha. Nous faisions la même taille lui et moi. Je faisais un pas vers lui, mon visage à la même hauteur que le sien. Le silence s'était installé. Le genre de silence gênant.
- Il fait plutôt froid... Dis-je pour entamer la conversation.
- Vous... tu... ma veste ?
- Tu peux me tutoyer tu sais.
- Ce serait un manque de professionnalisme de ma part Mons... Elio.
- Sascha, toi et moi on a le même âge. Je veux dire on pourrait être des amis, c'est ridicule de se vouvoyer...
- Donc, tu veux ma veste ? Redemanda-t-il.
- Non, je te remercie.
C'était ridicule. La situation était complètement ridicule. Je ne savais pas à quoi j'avais pensé ?
- Je crois que je vais rentrer finalement... Dis-je en me retournant vers la porte.
- Non ! Attends...
Point de vue : Sascha
Respire Sascha, Respire. Inspire. Expire. J'avais toujours rêvé d'Elio. De nuit comme de jour. La première fois que je l'avais vu j'avais ressenti cette espèce d'alchimie entre nous. Il n'était pas comme les autres personnes que j'avais l'habitude de côtoyer dans mon métier. Il était riche, certes, mais pas hautain. Il était simple, les pieds sur terre, humble. Je crois que c'était ça que j'appréciais le plus chez lui.
Il se retourna en entendant ma phrase. Ma main s'était resserrée sur son poignet. Son regard était interrogateur. Il arqua un sourcil et planta son regard brun dans le mien.
C'était le moment que j'avais toujours attendu. C'était le moment parfait. Mais le sentiment que je ressentais était-il partagé ? Et si j'étais le seul à ressentir cela ? Ce serait humiliant. Et puis, Elio ne me verrait plus jamais de la même façon s'il savait que j'étais gay. Peut-être qu'il ne m'adresserait même plus la parole. Je crois que je préférais encore le voir de loin que ne plus le voir du tout.
Pourtant, malgré la tempête d'indécision qui s'acharnait en moi, je fis quand même ce pas. Ce petit pas qui me rapprocha de lui. Ce petit pas qui me permit en un seul souffle de plaquer mes lèvres sur ses lèvres à lui. Ses douces lèvres froides à cause du temps de Décembre.
Il se raidit au contact de nos deux bouches. Ce fut comme un coup de poignard dans mon dos. Puis il continua le baiser à son tour, retirant alors le poignard. Nos lèvres bougeaient ensemble. Ses mains se placèrent naturellement sur mes hanches, comme pour me rapprocher un peu plus de lui, alors que les miennes s'accrochèrent derrière sa nuque.
C'était un beau moment. Un moment digne des plus beaux films à l'eau de rose. Nous étions tous les deux, enlacés, sous le gui un 25 décembre. C'était romantique. J'adorais ça.
Il détacha ses lèves des miennes pour respirer. Il ouvra les yeux qu'il avait fermé jusqu'à présent. Il baissa le regard pour me regarder puis me sourit. Un sourire doux. Un sourire satisfait. J'aurais tué quelqu'un pour qu'il me sourit de la sorte pour le restant de mes jours. Pour l'éternité.
Puis comme par enchantement, de légers flocons dégringolèrent du ciel plein d'étoiles. Elio leva la tête, émerveillé vers ce qui se déroulait. Les étoiles se reflétaient dans ses beaux yeux. Son regard s'apparentait à celui d'un petit garçon qui découvrait la neige pour la toute première fois. Il était adorable.
- Joyeux Noël, ... Commença-t-il en reposant son regard sur moi.
- Joyeux Noël. Répondis-je en posant une nouvelle fois mes lèvres sur les siennes.
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One Shot : Uncontrollable Feelings
RandomPetites histoires sur Uncontrollable Feelings pour le concours des 200k vues :) Il y aura également d'autres textes.
