CHAPITRE 5 - Une parenthèse nommée « nous »

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Le cas de papa s'était considérablement dégradé au fil des mois. Chaque visite à l'hôpital nous confrontait à une réalité plus douloureuse. Les médecins restaient prudents dans leurs propos, mais leurs regards en disaient long.

Entre-temps, Yoan et moi étions finalement devenus un couple. Officiellement. Naturellement. Et étrangement, malgré tout ce que je vivais, c'était la période la plus douce de ma vie.

Une année s'était déjà écoulée depuis le jour où papa avait été hospitalisé jusqu'à aujourd'hui. Douze mois d'attente, d'espoir, de larmes parfois... et de prières toujours.

La mère de Yoan, une femme d'une élégance discrète et d'une bonté bouleversante, s'était proposée de nous aider. À travers son ONG, elle avait réussi à faciliter le transfert de papa en Turquie pour un meilleur suivi, dans l'attente d'un donneur. Ce geste m'avait laissé sans voix. Je n'étais rien pour elle, mais elle m'ouvrait son cœur et ses ressources comme si j'étais sa fille.

Je voulais partir avec eux. Abandonner les cours, poser un congé d'émotion à la vie, fuir avec papa. Mais Yoan avait insisté. Doucement mais fermement.

— Tania, si tu arrêtes maintenant, tu ne reprendras peut-être jamais. Ton père veut te voir réussir, pas abandonner.

Et j'avais cédé. J'avais continué ma troisième année de droit, le cœur parfois à Istanbul, mais l'esprit accroché aux cours.

Grâce à l'aide de Yoan et de ses parents, papa avait pu être pris en charge dans une clinique turque spécialisée. Il était désormais neuvième sur la liste d'attente pour une greffe. On nous avait dit qu'il fallait attendre entre trois mois et un an pour qu'un donneur compatible se présente.

Alors on a prié. Encore et encore. Que son état ne s'aggrave pas. Qu'il tienne. Qu'il vive.

Avec Yoan, nous nous rendions en Turquie à chaque fin de trimestre pour lui rendre visite. Les retrouvailles étaient toujours pleines d'émotion. Papa souriait peu, parlait peu, mais son regard disait tout : la gratitude, la fatigue, et surtout... l'amour.

Pendant ce temps, ma vie évoluait. Lentement mais sûrement.

J'étais maintenant en fin de licence. Yoan, lui, s'était imposé comme un jeune entrepreneur brillant. Visionnaire. Stratège. Il avait lancé plusieurs affaires dans la tech, le consulting, et même l'agro-industrie. En deux ans à peine, il était devenu l'un des jeunes multimillionnaires les plus discrets et les plus respectés du pays.

J'avais fini par aménager chez lui. Ma chambre d'étudiante solitaire n'existait plus. Mon uniforme de femme de ménage, rangé quelque part au fond d'un carton, n'était plus qu'un souvenir.

Officiellement, j'étais son assistante personnelle. Mais en vérité, j'étais bien plus. Grâce à mes petites bases en droit, je l'aidais à gérer ses contrats, à anticiper ses contentieux, à relire ses accords, à organiser ses rendez-vous juridiques et administratifs. Je me formais en ligne, je faisais des certifications, je me cultivais chaque soir après nos journées chargées.

Yoan me traitait comme son égal, son pilier, son amour.

Et moi... j'étais éperdument amoureuse de lui.

Alors, après l'obtention de ma licence, il m'avait fait une promesse :

— Tu as tenu ta part du marché. Tu as obtenu ton diplôme, Tania. Maintenant, c'est à moi de tenir la mienne : je vais t'emmener quelque part où tu pourras respirer. Loin de tout. Loin de la maladie, des responsabilités, des papiers, de la fatigue. Juste toi et moi.

Nous avons choisi un coin paradisiaque. Une maison sur pilotis dans un domaine privé à Assinie, appartenant à ses parents. Une villa pieds dans l'eau, cachée entre les palmiers et les dunes blanches. Un cocon de silence, de beauté et de lumière.

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