CHAPITRE 8 - Juste encore un jour

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Le lendemain, comme les jours suivants, je suis sortie. J'ai salué les passants. J'ai souri.

Un sourire vide, mécanique. Le genre de sourire qu'on accroche à son visage pour ne pas attirer les questions.

Je me suis peu à peu rapprochée d'une vieille dame qui vendait des beignets dans un coin de rue. Chaque jour, je m'asseyais près d'elle. Je l'aidais à retourner les beignets, à emballer les commandes, à compter la monnaie.

Elle aussi portait un deuil.

Sa dernière fille et son petit-fils étaient morts dans un accident de voiture, en venant lui rendre visite un dimanche. Depuis, elle vivait seule. Elle comprenait le vide.

Et moi, je comprenais le sien.

Nous étions deux âmes en ruine, assises au bord du monde.

Alors, on s'est tenu compagnie. En silence, en regards, en gestes simples.

Un jour, elle m'a fixée longuement avant de demander, d'une voix rauque :

— Ma fille... tu veux travailler ?

J'ai simplement hoché la tête.
C'était tout ce que j'étais encore capable de faire.
Elle m'a montré une grande maison, à deux rues de là.

— Ils cherchent une fille de maison. C'est dur, mais tu seras nourrie... logée. Et au moins, occupée.

Je n'ai pas posé de questions.
Je n'ai pas réfléchi.
J'ai dit oui.

⸻⸻⸻

C'est ainsi que je suis arrivée ici.

Dans cette maison trop vaste pour mon silence.

Dans ce rôle de servante que je n'avais jamais envisagé, même dans mes pires cauchemars.

Mais à vrai dire... qui étais-je encore ?
J'avais perdu mon amour.
Perdu mon père.
Perdu mes repères. Mes rêves. Mon nom, presque.
Il ne restait plus rien.
Rien... sauf moi.
Et une poussière de dignité que je tentais de préserver, jour après jour.

La maison était grande. Trop grande. Froide.
Une clôture haute. Un portail électrique.
Du marbre partout. De l'ordre, du silence.
Pas une poussière ne traînait.

La maîtresse de maison, Madame Kouassi Lydia, m'avait observée avec un regard mêlé de suspicion et d'indifférence.

Comme on examine une chaise : est-elle stable ? Fera-telle l'affaire ?
Je n'étais plus Tania.
J'étais « la fille ».
Juste ça.

– Tu dormiras dans la petite chambre près de la cuisine, m'a-t-elle dit sans sourire.

Et c'est comme ça que ma nouvelle vie a commencé.
Je nettoyais, je lavais, je cuisinais.
Pas un mot de trop. Pas un regard en face.
Je faisais ce qu'on me demandait. Je me faisais discrète. Je devenais invisible.

Et quelque part... ça me rassurait.

Personne ne me demandait comment j'allais.
Personne ne s'inquiétait de ce que j'avais perdu.
Personne ne savait que j'avais aimé, souffert, enterré ceux que j'aimais le plus.

Je portais un tablier.
Mais dessous, il y avait encore une guerre en moi.

Dans cette maison, il y avait le fils aîné.
Un garçon d'à peu près mon âge.
Grand. Silencieux. Beau d'une beauté étrange.
Il parlait peu. Observait beaucoup.
Et surtout, il me regardait comme personne ne m'avait regardée depuis longtemps.

Pas avec méchanceté. Pas encore.
Mais avec cette curiosité glacée qui met mal à l'aise.
Il semblait me deviner.
Il savait que j'étais fêlée. Et ça avait l'air de l'attirer.

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