La vie... peut-être a-t-elle un bon côté. Peut-être.
Mais si c'est le cas, je ne l'ai jamais croisé. Jamais vu. Jamais senti.
Je ne sais rien de la douceur d'une caresse, de la chaleur d'un rire partagé, ou de la paix d'un foyer. Je ne connais que le silence étouffant d'une pièce vide, les larmes qui n'ont plus de goût, et ce vide... ce gouffre immense dans ma poitrine qui n'a jamais cessé de grandir.
Autour de moi, le monde semble tourner normalement. Les gens sourient. Ils vivent. Ils s'aiment. Ils rêvent. Ils ont des bras qui accueillent, des voix qui rassurent, des regards qui disent « tu comptes ». Et moi ? Qui suis-je dans ce tableau rempli de lumière ? Un accident de parcours ? Une erreur du destin ? Une ombre que la vie a oubliée derrière elle ?
Parfois, je me regarde dans un miroir — quand j'en ai un — et je me demande qui je suis.
Pas mon nom.
Pas mon âge.
Pas mon visage.
Mais qui je suis réellement, au fond. Est-ce qu'une fille comme moi peut encore prétendre à l'amour, au bonheur, à la paix ? Ou suis-je simplement née pour souffrir ? Pour servir d'exemple au ciel, peut-être... pour rappeler aux autres que l'enfer existe, ici-bas.
J'ai mal. Pas comme une douleur de tête ou de ventre. J'ai mal à mon histoire. Mal à mon corps fatigué. Mal à mes souvenirs. J'ai mal à l'âme.
Chaque jour ressemble au précédent, et tous portent la même odeur : celle de l'humiliation, de la peur, de la solitude. Je vis avec la crainte d'un cri, d'une main levée, d'un mot de trop. Je vis sous les coups et les insultes comme on s'habitue au froid : ça brûle au début, puis ça engourdit. Et un jour, on ne sent plus rien.
Mais est-ce vivre... quand on ne sent plus rien ?
Je ne dors pas, je survis.
Je ne mange pas, je me remplis juste assez pour tenir debout.
Je ne ris pas, je souris pour ne pas effrayer.
Je n'existe pas, je persiste.
J'avance dans la douleur, les yeux baissés, le dos courbé, l'âme cassée. J'ai oublié le goût du repos. J'ai oublié la sensation de l'innocence. J'ai oublié ce que c'est d'être aimée.
Je suis celle qu'on ne regarde pas. Celle qu'on ne défend jamais. Celle qu'on punit même quand elle ne fait rien. Celle qui pleure sans faire de bruit pour ne pas déranger. Celle qui prie en secret pour qu'un miracle vienne, sans trop y croire. Parce que même Dieu, parfois, semble avoir détourné les yeux.
Et pourtant, je n'ai rien fait. Rien fait pour mériter ça. Rien fait pour qu'on me rejette, qu'on me frappe, qu'on me maltraite. Rien fait pour que chaque anniversaire soit un deuil. Rien fait pour qu'à chaque réveil, je regrette d'avoir ouvert les yeux.
Alors... pourquoi moi ?
Pourquoi cette vie-là ?
Pourquoi ce destin tordu, brisé, sale, sanglant ? Pourquoi est-ce que moi, j'ai hérité du rôle de martyre silencieuse pendant que d'autres jouent celui de l'enfant choyée ?
Pourquoi est-ce que mes souvenirs sont faits de cris, de coups, de sang et de solitude ?
Je me pose la question depuis que je suis en âge de comprendre que le mal, parfois, habite sous le même toit que toi. Depuis que j'ai appris que certaines mères n'aiment pas. Que certains hommes protègent pour mieux abuser. Que certaines familles sont des prisons sans barreaux.
Mais je continue de me battre. Pour rien, parfois. Juste pour voir si demain sera moins pire qu'aujourd'hui. Et souvent, ce n'est pas le cas.
Mais je continue.
Je suis Tania. Et cette histoire est la mienne.
Celle d'une enfant qui rêvait d'amour.
Et qui, à la place, a reçu l'enfer.
Celle d'une fille qui n'a pas demandé à vivre.
Mais qui refuse de mourir sans avoir compris... Pourquoi elle.
Si vous lisez ces lignes, ce n'est pas pour m'apitoyer sur mon sort.
C'est parce que mon histoire n'est pas unique.
Parce qu'il y a des Tania partout. Dans les maisons. Les rues. Les silences.
Je suis Tania.
Et voici l'histoire de tout ce qu'il m'a fallu traverser...
... pour rester debout.
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Pourquoi Moi ?
NonfiksiElle n'avait que huit ans lorsque le monde a décidé de l'anéantir. Abandonnée, brisée, humiliée, Tania a grandi dans la douleur, apprenant trop tôt que la vie ne fait pas de cadeau. Mais derrière chaque larme, il y avait une force qu'elle ignorait...
