CHAPITRE 6 - L'espace d'un souffle

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Il s'est levé lentement, a décroché... et je l'ai vu se figer.

— Oui... c'est elle... elle est là... je vous la passe.

Il m'a tendu le téléphone sans un mot. Son regard, lui, disait tout : quelque chose d'important venait de se produire.

— Allô ?

— Mademoiselle Wocker ? Ici le service de greffe pulmonaire de l'hôpital de Médipol à Istanbul. Nous avons un donneur. Compatible avec votre père.

Le sol s'est dérobé sous mes pieds.

Un donneur.

Enfin.

Après plus d'un an d'attente, de prière, de peur... une chance. Une vraie. Une infime ouverture dans le mur.

— L'intervention est très urgente. Il faut que vous soyez à Istanbul sous 72 heures pour les derniers consentements. Et... il faut nous confirmer que vous acceptez les risques.

J'ai raccroché en tremblant. Yoan me tenait déjà dans ses bras.

— Il a un donneur, ai-je murmuré. Il va pouvoir être opéré.

Nous avons repris la route d'Abidjan ce jour même. Le retour était silencieux, grave. Dans l'avion, je regardais le ciel par le hublot, le cœur serré entre la peur et l'espoir. Je revoyais le sourire de papa, ses blagues fatiguées, sa voix qui disait toujours « On tiendra bon, ma fille. »

Mais une greffe, ce n'est pas rien.

On nous l'avait expliqué : il y aurait des risques. Le rejet du greffon. Les infections. Les complications post-opératoires. Rien n'était gagné. Et surtout, il fallait payer l'intégralité de l'intervention avant le bloc.

275.000 euros.

La mère de Yoan s'était déjà portée garante. Mais même ainsi, tout semblait fragile. Suspendu. À tout moment, tout pouvait basculer.

Mais je refusais d'y penser.

Papa avait une chance. Une seule. Et cette fois, je n'allais pas la laisser passer.


La chambre d'hôpital était calme.

Trop calme.

Seuls les bips réguliers des machines rompaient le silence, comme un rappel brutal que chaque seconde comptait. Mon père était allongé, les paupières mi-closes, son corps amaigri par les traitements, mais son regard restait vif, profondément ancré dans le présent.

Je tenais sa main. Elle était tiède, nerveuse. Lui, pourtant, essayait de me rassurer, comme toujours.

— Tania... Tu vas bien ? Tu manges au moins ? Tu dors un peu ?

Je souris à travers mes larmes.

— Papa... c'est toi qu'on va opérer demain. C'est moi qui devrais poser la question.

Il rit faiblement. Ce rire qui me brisait et me guérissait à la fois.

— Je ne veux pas que tu pleures, ma fille. Pas cette fois. Ce n'est pas un adieu... C'est juste une pause. Et quand je reviendrai, on fera cette virée à Yamoussoukro, tu sais, celle que je te promets depuis des mois...

J'ai posé mon front contre le sien, et nous sommes restés ainsi, sans parler, juste là, vivants, ensemble. Puis la porte s'est ouverte.

Yoan.

Il est entré doucement, dans sa chemise blanche légèrement froissée, les yeux embués mais brillants d'une force tranquille. Il avait un petit coffret dans la main.

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