CHAPITRE 7 - Le silence de l'exil

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Abidjan.

Une ville bruyante. Vivante. Électrique.

Mais pour moi, depuis ce jour, elle était devenue vide. Morte. Trop pleine de souvenirs. Trop pleine de lui. D'eux.

Cela faisait trois semaines que j'avais enterré les deux seuls hommes que j'aimais. Trois semaines de silence. Trois semaines sans prononcer un mot, sans répondre à personne. Même Fatou. Même Marc. Même Seth. Tous les messages, les appels, les visites : ignorés. Mon téléphone était éteint, mon esprit aussi.

Je me levais chaque jour à la même heure. 6h12. Toujours. Comme si une horloge invisible me tirait de mon sommeil mécanique.

Je me douchais. Je m'habillais. Je restais assise. À fixer le vide.

Parfois, je posais ma main sur mon ventre, comme pour chercher une trace de leur présence. Rien. Juste un creux immense.

Je ne mangeais presque pas. J'écoutais les battements de mon cœur pour m'assurer que j'étais encore vivante.

Je ne parlais plus.

Les gens disaient que j'étais en dépression. Peut-être.

Mais moi, je savais. Ce n'était pas de la dépression.

C'était de l'absence.

Un soir, j'ai fait mes valises. Une petite valise. Quelques vêtements.

Je suis passée à la banque. J'ai retiré ce qu'il me restait.

Je suis allée à la gare, j'ai pris le premier car pour Yamoussoukro.

Je n'ai rien dit à personne.

Pas une lettre. Pas un mot. Pas un adieu.

Je voulais disparaître.

Pas mourir. Mais cesser d'exister dans les regards.

Je voulais un lieu où personne ne connaissait mon nom. Où personne ne prononcerait celui de Yoan. Où aucune ruelle ne ressemblerait à celle que j'avais empruntée avec lui.

Je voulais fuir les souvenirs qui hurlaient dans les murs d'Abidjan.

Le trajet fut long, silencieux. La radio du car grésillait un zouglou ancien. Personne ne me regardait vraiment. Moi, j'étais là, assise près de la fenêtre, à pleurer sans pleurer.

Les larmes ne venaient plus.

C'était un deuil sec.

Un chagrin muet.

Plus profond encore que la douleur.

À l'arrivée, la lumière était différente. Plus douce. Plus lointaine.

Le ciel de Yamoussoukro m'a semblé moins oppressant.

L'air plus vide, oui, mais plus respirable aussi.

Yamoussoukro.

Je ne connaissais pas cette ville.

Mais c'était parfait.

Parce que personne ne me connaissait non plus.

Je suis descendue de la gare avec ma valise trop lourde pour mon dos affaibli.

Et j'ai marché.

Encore.

Toujours.

Comme si avancer m'empêchait de m'effondrer.

J'ai fini par m'arrêter dans un petit hôtel de passage. Une chambre sans fenêtre.

Il y faisait chaud, moite, et ça sentait le plastique fondu.

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