Chapitre 18: Les anges sont comme les monstres (FINAL)

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-Ellipse-

Et il courait, il courait si vite qu'il en oubliait que ses jambes pouvaient se rompre sous lui à tout moment, il courait à en perdre haleine, faisant abstraction des larmes qui dévalaient ses joues et que obstruaient sa vue, il courait, voulait s'enfuir de ce lieu maudit où il avait été retenu pendant une semaine.. Une putain de semaine enfermé avec ce dangereux sociopathe, ce pervers narcissique qui avait éprouvé un malin plaisir à le séquestrer, à le torturer.. Il l'avait séduit pour l'anéantir, quel connard, mais quel connard, pourquoi fallait-il toujours qu'il tombe amoureux de sales enculés qui le faisaient souffrir... Cyril essuya ses yeux brouillés par les sanglots, se cogna contre un mur et se remit à courir. Il n'avait pas la moindre idée de comment il avait réussi à s'enfuir, comment il avait fait pour sortir de cet enfer.. Pourtant il avait la réelle impression d'être poursuivi, par un loup assoiffé de sang et de vengeance, un loup aux griffes et aux crocs immenses, luisants, aiguisés, avec des yeux jaunes, brillant de malveillance, des yeux diaboliques et injectés de sang.. Il regarda pour la énième fois derrière lui, il n'y avait pas âme qui vive, il était seul, tout seul face à ses peurs. Il suffoquait, l'angoisse l'étouffait et comprimait son cœur dans sa poitrine, son pauvre cœur qui battait tellement vite qu'il aurait pu exploser..

Accoudé à la rambarde de son balcon, Damien l'avait regardé s'éloigner, jusqu'à ne plus l'apercevoir, il pleurait, son corps était parcouru de violents soubresauts, il était tiraillé par les tourments et les regrets, il se détestait, il avait honte, tellement honte.. Comment réagirait Thomas en apprenant ce qu'il avait fait pour pouvoir de nouveau être avec lui.. ? Il le dégouterait.. ? C'est certain, Thomas le détesterait, lui hurlerait dessus.. Il pleurerait sans doute.. Peut-être qu'il ne voudrait plus du tout lui adresser la parole, peut-être même qu'il..

La porte d'entrée venait de s'ouvrir dans un craquement effroyable, des officiers de la police venait d'entrer, ils étaient armés et brandissaient leurs armes, Damien les fixait sans bouger, il baissa simplement la tête lorsque ils sautèrent sur lui, entravèrent ses poignés et le poussèrent hors de son appartement. Le jeune homme tanguait, à force d'être secoué de tous les cotés il tenait à peine sur ses jambes, sa tête tournait, il manquait de s'effondrer à chaque pas qu'il faisait. Ils le firent monter à l'arrière d'un véhicule de police, sans aucun ménagement ils le poussèrent sur les sièges inconfortables de la banquette arrière, celui qui semblait être le chef de la brigade appela ses collèges pour leur signaler que l'intervention s'était déroulée sans problèmes et que leur homme s'était laissé faire. Damien écoutait d'une oreille peu attentive, un son bourdonnait dans sa tête, un grésillement désagréable qui se propageait dans tout son corps comme un profond mal-être. Ils roulèrent jusqu'au poste de police, le poussèrent au dehors du véhicule sans ménagement et le forcèrent à marcher jusqu'à un bureau un peu à l'écart de l'accueil, assis sur une des chaises usées et peu accommodantes disponibles, Cyril attendait avec un policier la venue de Damien, à sa vue, les pupilles du rouquin se rétractèrent et sa mâchoire se serra pour étouffer un sanglot. Damien s'assit sans se faire prier, la tête baissée, le visage livide et le regard vitreux. Il resta muet une grande partie de l'interrogatoire qui s'en suivit, par les aveux de Cyril, les officiers de police connaissaient tout de son passé, ils avaient pris connaissance des antécédents criminels du jeune homme, ses inculpations mais aussi les démentis de ces accusations, ils savaient, ils savaient absolument tout.

Il ne fallut pas longtemps aux autorités pour organiser un procès, en quelque jours Damien siégea à une nouvelle cour d'assise, fut jugé coupable pour la seconde fois de sa vie et considéré comme trop instable pour faire partie intégrante de la société. Il irait donc purger le reste de ses jours à Briarcliff, il allait retourner dans sa cage à oiseaux et il allait retrouver celui pour qui il en avait fait souffrir un autre.. Pauvre Cyril, il se désolait de ce qu'il avait du lui faire subir, il avait abusé de ses sentiments, abusé de lui.. Il lui avait fait tout ce qu'il avait détesté, ce sentiment le dégoutait profondément et le hantait, il n'en pouvait plus d'avoir sans cesse les images de ce garçon torturé en tête, d'entendre ses cris, ses supplications, il se souvenait d'absolument tout, c'était resté gravé en lui comme à de l'encre rouge sur du papier. Il voulait juste que cette torture ne soit pas vaine, il espérait de toutes ses forces que Thomas ne le rejette pas, qu'il lui pardonne et qu'il le serre dans ses bras pour noyer tous ses doutes, toute sa peine, qu'il essuie d'un revers de main ses souffrances et qu'il balaie la détresse.. Lui qui avait toujours tout fait pour qu'il se sente bien, Damien rêvait de le retrouver.. Il n'en pouvait plus d'imaginer sa présence, il voulait pouvoir le regarder à nouveau, comme avant.. Et pourtant, pourtant il ne pouvait pas imaginer, il ne pouvait même pas concevoir la vérité..

Le jour où les officiers de police le ramenèrent à l'asile psychiatrique, le soleil resplendissait, la brise avait la douceur d'une caresse timide, le retour des beaux jours s'annonçait. Damien était partagé entre une multitude de sentiments contradictoires, il était terrifié et pourtant il était tiraillé par le manque et l'excitation, ses mains tremblaient et il ne put se retenir de sourire nerveusement, attendant impatiemment son retour. Lorsqu'il sortit du véhicule, il fit face aux marches qu'il ne connaissait que trop bien, ce long escalier qui représentait à la fois le recommencement et le renouveau. Il les grimpa quatre à quatre et lorsqu'il fut tout en haut il fit face à la sœur Jude, au chirurgien Chester, à Tom et.. où était Thomas.. ? Ce fût à partir de ce moment là que Damien remarqua l'expression contrite et désolée qu'affichait les protagonistes, il les dévisagea longuement avec inquiétude avant de s'humidifier les lèvres et de demander la gorge serrée :

« Où.. où est Thomas.. ? »

Aucun ne lui répondit, Tom baissa simplement la tête en reniflant, Guillaume sembla juste prendre une expression encore plus tragique, puis, après de longues et douloureuses secondes il s'avança, le prit par le bras et l'entraina lentement à l'intérieur avec un « Suis moi » comme seule parole. Damien obéit sans broncher, une affreuse sensation venant tordre ses tripes et serrer sa gorge. Le chirurgien l'emmena jusqu'à son bureau et le fit s'asseoir avant de faire de même, un silence pesant s'installa, ils n'osaient faire le premier pas, sentant chacun une lourde pression sur leurs épaules.

« Damien, écoute moi.. C-ce que j'ai à te dire ne sera certainement pas facile à entendre, et encore moins à accepter.. Mais il faut juste que tu saches, que quoi que ce que tu penses de la décision qu'a prise Thomas, tu dois la respecter, il n'aurait pas voulu que tu te.. »

La voix du docteur se brisa lorsqu'il vit deux traces humides se dessiner sur les joues de son homologue.

« Damien.. Thomas s'est suicidé, il nous a quitté le soir après ton départ, il.. »

Damien éclata en sanglot, il se sentait trahi, il ne s'était jamais senti aussi seul, aussi désespéré qu'à cet instant, il se mit à pleurer sans pouvoir se retenir, et à chaque larme qu'il versait, son être entier se déchirait, se meurtrissait d'avantage, son corps devenait une boule de douleur et de rage, une peine indélébile l'envahit, c'était indescriptible tellement elle était ravageuse, elle avait tout balayé, d'un seul coup elle avait irradié son âme et son cœur, ne restait qu'une petite masse de chair tremblante qui souffrait terriblement.

« Damien.. »

Chester n'obtint pas de réponses, il recommença à plusieurs reprises sans pour autant avoir un résultat plus concluant, alors il se leva et vint prendre le visage trempé de larmes du jeune homme entre ses mains.

« Damien écoute moi.. Il y a une dernière chose qu'il faut que tu saches, il t'a laissé une lettre, quand on l'a retrouvé il.. il avait l'air heureux de l'avoir écrite.. Cette lettre t'est adressée, personne ne l'a lut, il n'appartient qu'à toi la décision d'en faire ce que tu veux. »

Celui aux yeux bleus avait écouté silencieusement, il observa le docteur s'éloigner à nouveau pour sortir d'un des tiroirs de son bureau une feuille arrachée du carnet de dessin du petit bouclé, elle était noircie de mots, il reconnut l'écriture soignée et appliquée de son amant. Chester sorti aussi de son tiroir l'écharpe en laine rouge écarlate soigneusement pliée qu'il ne quittait jamais..

« On pensait que tu aimerais la récupérer.. »

Damien la saisit avec une immense précaution, comme si elle était en cristal et que le moindre geste brusque aurait pu la faire voler en éclat, il la déplia avec une douceur presque religieuse tant il semblait y faire attention. Elle dégageait encore les effluves si particulières qui émanait de son défunt amant, il la noua autour de son cou et respira lentement cette odeur qui lui avait tant manqué, une larme d'émotion dévala sa joue et alors qu'il prenait lentement la feuille entre ses doigts fins, sa voix cassée par les sanglots murmura un « merci » emplit de gratitude. Ses yeux éclatés par les larmes se mirent à lire les dernières paroles de son amour..

Hey Dam.. Si tu lis ça c'est que j'ai sans doute réussi ma connerie.. Enfin, tu sais, je pense que si je l'ai fait c'est parce que c'était pas tant une connerie, ça a pas été une décision facile à prendre tu dois t'en douter.. Et pourtant, au moment où j'écris ces dernières lignes, tu ne peux pas imaginer comme je me sens bien, comme libéré d'un poids que je portais depuis toujours.. J'ai l'impression d'avoir réussi, je n'ai plus besoin d'être ici, tu es dehors maintenant, tu as pu recommencer à zéro, tu es redevenu comme nous avant tout ça !

Non.

Non, je sais très bien que si tu lis ça c'est que toi aussi tu as fais une connerie, que tu es de retour à Biarcliff et que tu as l'impression que tout ton monde s'écroule, que tout est parti en fumée avec moi avec. Mon Damien, mon petit ange comme j'aimais t'appelais dans mes songes.. Je ne t'en veux pas d'avoir essayé, moi aussi je l'aurai fais.. Quoi qu'il arrive n'oublie jamais que je n'ai jamais voulu que ton bonheur, je n'ai jamais rêvé autre chose pour toi, je voulais simplement que tu sois heureux... Toi ne m'en veux pas pour ma décision, j'ai fais beaucoup de choses stupides durant ma vie, mais tout ce que j'ai pu faire pour toi je l'ai fait uniquement pour que tu réussisses ce que moi je n'ai jamais réussi.. Je voulais que tu sois heureux, et comme de nombreuses fois dans ma minable et futile existence j'ai échoué.. Pourtant, pour une fois je suis heureux d'avoir échoué, cela veut dire que tu penses peut-être encore à moi, qui sait.. Que tout ce que j'ai pu faire, dire ou penser n'a pas été vain, que j'aurai réussi à marquer ta vie, à la marquer comme tu as marqué la mienne.. Si tu savais comme tu as été important à mes yeux, si tu savais la place que tu avais dans ma vie.. C'est même pas concevable l'amour que j'ai pour toi..

Alors oui, si aujourd'hui tu lis cette lettre c'est parce que ce putain de destin a bien voulu te mettre sur la route du gamin dépressif et instable que je suis. Mon beau Damien, n'oublie jamais que tu as été la plus belle chose qui ait pu m'arriver sur ce chemin, ce chemin abrupte et tortueux que tu as ponctué de jolies nuances plus douces et plus claires. Tu es quelqu'un de merveilleux, de tellement merveilleux que personne n'a voulut l'accepter, moi je l'ai vu en toi, tu es la plus belle personne que ce monde porte. Alors je ne te demande qu'une chose, reste cette personne merveilleuse que tu as toujours été, et ne me rejoins pas trop vite, laisse toi le temps de penser à tout ça et.. s'il te plait.. N'oublie jamais de m'aimer..

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