Téléphone

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JAMES Crowd porta doucement le téléphone contre son oreille, se racla la gorge puis entama :
- Ici James Crowd.
Il entendit une longue inspiration à l'autre bout du fil avant que son interlocuteur ne se décide enfin à prendre la parole :
- Je sais qui vous êtes...
La voix était grave et on y percevait une certaine tension. James répondit :
- Ce plaisir n'est pas partagé !
La netteté avec laquelle il entendait la voix prouvait que la ligne de son correspondant était de bonne qualité, donc, par déduction, qu'il était relativement aisé.
- Parfait, je tiens à ce que cela reste ainsi. Considérez moi comme un intermédiaire.
Son interlocuteur fît une pause, semblant attendre quelque chose.
- Un intermédiaire ? Pour qui ?
- Je représente un organisme qui tient à rester secret et qui m'a chargé de vous contacter.
James commençait à comprendre.
- Une enquête, je suppose.
L'homme à l'autre bout du fil semblait chuchoter quelque chose à quelqu'un puis déclara plus fort :
- Oui, enquête pour laquelle vous serez rémunéré de façon conséquente. Un intermédiaire va venir vous remettre le dossier. Ne bougez pas.
L'homme raccrocha sans dire un mot de plus, laissant un James surpris ranger lentement son téléphone.

Décidément, cela commençait à faire beaucoup d'intermédiaires, se dit-il après avoir repéré un banc vers lequel il se dirigea pour s'asseoir.
Il jeta un oeil à la rue, par dessus son épaule et constata que seuls peu de passants y marchaient à cette heure de l'après midi. James remarqua un sans-abris installé contre un mur. Il avait dit à Anna qu'il rentrerait tard, ayant prévu de marcher et de se rendre au cimetière tout en faisant le tour des recoins du quartier, mais, le tableau qu'il avait vu un peu plus tôt lui donnait un étrange sentiment oppressant et il se décida à rentrer plus tôt, une fois que le rendez-vous serait terminé.

Chris Soyl arriva dans la rue indiquée sur le bout de papier qu'il tenait en main. Dans son autre main se trouvait une valise dont il ne connaissait le contenu que trop bien. Il l'avait etudié et était à vrai dire fort heureux de s'en débarrasser, de placer tout ça sur les épaules de quelqu'un d'autre.
On lui avait dressé le portrait de l'homme qu'il devait rencontrer, un certain James Crowd, ancien consultant au FBI, il était aujourd'hui sans emploie, en tout cas officiellement. Promis à une belle carrière, il fût forcé d'arrêter toute activité policière à la suite de ce qui avait été qualifié de drame familiale. Ses capacités d'analyse et de déduction presque surnaturelles en faisait quelqu'un de fort intéressant mais également effrayant pour ses employeurs. Il repéra dans un coin de la rue le musée devant lequel était sensé se trouver l'homme mais personne n'était là.

Chris déglutit et faillit prendre ses jambes à son cou. Il était de nature plutôt peureuse et cette rencontre le mettait fort mal à l'aise. Et si James arrivait à percevoir ce qu'il avait fait, ce qu'il faisait... Qu'adviendrait-il de lui ?
Il se rassura en se disant que ce dernier n'avait pas les recours pour lui nuire considérablement. Il vit un banc sur lequel était assis un homme, tout de noir vêtu.
Chris s'épongea le front, devenu fort moite et, après une lourde inspiration, se dirigea rapidement vers le banc.
Il s'assit à côté de l'homme.

James Crowd observait la scène depuis le sol, assis à l'endroit où se trouvait le mendiant quelques minutes plus tôt, mendiant qui se trouvait d'ailleurs à la place qu'il occupait peu avant, au côté de cet homme qui venait de s'asseoir. Il avait repéré la mallette que ce dernier trimballait depuis un bon moment déjà et était prêt à parier que l'objet de son futur travail se trouvait à l'intérieur.
Il attendait juste patiemment de voir si un détail lui avait échappé.
Au bout de quelques minutes, il lui parut évident que rien ne se passerait tant qu'il n'irait pas rencontrer cet homme. Il se leva.

Chris Soyl ne parvenait pas à tirer le moindre mot de cet homme qui continuait pourtant à le fixer de son regard noir. L'odeur qui émanait de lui rappelait à Chris les corps dont il devait parfois s'occuper et qui étaient restés en plein soleil un moment.
Soudain, un autre homme arriva. Chris raconta plus tard qu'il sut instantanément que c'était lui. Grand, fin et brun, des rides discrètes venant creuser son visage d'un peu plus de quarante ans, et un regard... Un regard puissant et charismatique tel qu'il n'en avait que rarement croisé.
L'homme qui était assis sur le banc se leva et James Crowd lui tendit un billet avant de s'asseoir à son tour, à la gauche de Chris. Il le fixa de son regard perçant, comme si il le sondait et Chris se trouva profondément mal à l'aise, ayant l'impression d'être à nu devant cet homme. Un léger tremblement agita sa jambe qui se mit à tressauter doucement. Chris se racla la gorge.

- James Crowd, je suppose.
- Et vous êtes ?
- Chris... Chris Soyl. Je suis légiste.
Il tendit une main molle vers James que celui-ci serra fermement, tout en le regardant dans les yeux.
Satisfait, il lui tendit la mallette :
- Vous trouverez tout le nécessaire à l'intérieur.
James hocha lentement la tête et la récupéra. Au vu du poids de l'objet, il avait du pain sur la planche.

Le Mal a un NomDes histoires addictives. Découvrez maintenant