Flashback [13 ans plus tôt]

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L'HOMME la voyait depuis sa voiture. Il l'observait, elle et son noeud papillon rouge, elle était si belle... Il regarda le dossier posé sur le siège avant. Cette magnifique jeune femme était fiancée à James Crowd, c'était d'ailleurs la raison pour laquelle on avait fait appel à lui, Fred. Il réglait les problèmes des gens, et ce, de manière définitive.

Son employeur lui avait clairement dit de ne pas toucher à l'homme, le meilleur moyen de l'atteindre directement étant sa fiancée ou sa fille... Fred aimait les enfants.
Pas d'une façon perverse, mais il les avait toujours appréciés. Il en tuait sans problème, pour peu que la personne qui le payait y mit le prix. Le meurtre donnait toujours autant de plaisir à Fred.

Il était dix-huit heure à sa montre. L'homme sortit de la voiture en claquant la portière, ses chaussures raclant bruyamment le sol de goudron humide. Il repositionna ses lunettes de soleil noires sur son nez et sourit en regardant le ciel ensoleillé. Le temps changeait vite au printemps, dans cette petite banlieue de New York... Fred attachait une importance capitale aux petits détails de la vie.
Il arriva devant son coffre et l'ouvrit. À l'intérieur se trouvaient une multitude d'objets tous plus meurtriers les uns que les autres. Il porta son choix sur le pistolet silencieux pour intimider la femme, le carton imprimé au nom d'une grande marque pour ne pas éveiller les soupçons, la capote pour l'action ainsi que son instrument préféré contenu dans un tube en verre.

Fred referma le coffre après avoir placé le pistolet à l'intérieur du carton. Il mit le tube et le préservatif dans sa poche avant droite puis, parti, sous ce soleil de plomb, en direction de la maison de Monsieur Crowd et de la future Madame Crowd.
Sur le parvis de la maison, Fred toqua sèchement à la porte, son carton entre les mains. La porte était blanche et vitrée, bien qu'un mince rideau dissimula l'intérieur des regards indiscrets. Il ne tarda pas à entendre des pas se rapprocher. Une main écarta le rideau et le visage d'une jeune femme apparu.

Jess Wanes incarnait parfaitement la définition même du mot jolie. Blonde, la trentaine, des rides au coin de la bouche ne faisant qu'embellir un visage déjà envoûtant... Elle avait les cernes caractéristiques d'une mère non préparée à la lourde tâche qu'est un enfant, mais aussi ce petit sourire perpétuellement affiché sur le visage, comme si elle se disait qu'au fond, ça valait le coup.
Fred se concentra de nouveau sur le job. Il ne devait pas se laisser distraire par de tels détails.  Actuellement le job le regardait avec de grands yeux étonnés, se demandant sans doutes pourquoi Fred était ici. Celui-ci engagea machinalement la conversation :
- Bonjour !
- Bonjour...
Il lui sourit de toutes ces dents avant de poursuivre :
- J'ai votre colis !
- Mais je n'ai rien commandé...
Il fit semblant de regarder son téléphone comme si une liste cruciale s'y trouvait. Il lui donna ensuite l'impression d'hésiter puis déclara :
- Non, non, James Crowd, ça doit être votre frère je suppose, c'est l'adresse qu'on m'a donné !
Elle le regarda, hésitante avant de déclarer :
- C'est mon fiancé !
Oh, en plus elle le criait sur tous les toits, la garce... Il allait vraiment prendre son pied !

Il lui afficha le faux sourire qu'elle voulait voir sur le visage de ce livreur objectivement un peu étrange, puis, après un "félicitations" prononcé difficilement du bout des lèvres, Fred tenta une approche pour rentrer dans la maison. Regardant le paquet, il prit un air faussement essoufflé en lançant :
- Ce carton pèse une tonne, est-ce possible de régler ça à l'intérieur s'il vous plaît ?
Il désigna la maison d'un signe de tête. Elle paru réfléchir puis annonça :
- Entrez donc mais ne faîtes pas attention au rangement, je ne m'y étais pas encore mit !
Pas méfiante pour la femme d'un consultant du FBI... Il était presque déçu. Il paraissait que James Crowd allait bientôt passer agent à temps complet.
En posant le carton sur la fauteuil du salon, il regarda rapidement les murs du plafond pour vérifier qu'aucune caméra ne se trouvait là. À première vue, il n'y en avait pas, mais la pièce possédait une horloge, dont le tic tac régulier était synonyme d'envoûtement à l'oreille de Fred. Cette dernière indiquait dix-huit heure vingt-cinq. Elle devait retarder un peu car la montre de Fred n'était pas à la même heure. Et la montre de Fred était toujours à la bonne heure. Incroyable. Les gens n'étaient même plus capable d'avoir une horloge à l'heure...

- Alors, qu'est ce que mon dépensier de mari a encore commandé ?
Fred sourit. Il avait commandé la mort... Enfin non, réflexion faite, bien pire que la mort attendait Jess.
- Oh, j'ai entendu parler de matériel de baseball je crois !
- Mais James déteste le...
Fred sortit précipitamment le pistolet du carton avant de le pointer sur elle et de déclarer d'une voix ferme :
- Ne cris pas !

Sous la menace de l'arme, Jess Wanes ne tenta pas de résister. Fred lui demanda de s'asseoir sur une chaise qu'il plaça au centre de la pièce, ce que cette dernière fit docilement. Il sourit à l'idée que cela devait faire partie d'un plan prévu par James dans une situation de ce style. Les minutes passèrent et personne ne parla. Fred fit rapidement le tour de la pièce, repérant au passage le lit bébé placé au centre du salon. Il adressa ensuite la parole à sa captive :
- Je vais boire. Je vais te ramener de l'eau... Je ne souhaite pas te tuer. Si quand je reviens tu as bougé ne serait-ce que d'un doigt, elle a beau être très jolie pour un bébé, je découperai ton enfant morceau par morceau juste devant toi !
Jess se tétanisa à l'évocation de cette menace mais son ravisseur vit qu'elle avait compris.

Fred partit dans la cuisine et se servit de l'eau dans un verre resté sur la table, à la suite de quoi, il en prépara un autre et revint dans le salon où la belle Jess ne semblait pas avoir bougée. Il lui tendit le verre tout en la fixant.
- Bois.
Elle bu et il récupéra le verre, satisfait. Il s'assit alors à côté du lit bébé et regarda le petit individu qui dormait à l'intérieur. Cette simple action fit frissonner Jess et elle gigota sur sa chaise, comme si une corde invisible la retenait. La corde du désespoir, sans doutes. Cette corde qui naît dans vos peurs les plus noires et qui n'a besoin que d'un déclencheur pour vous terrasser, vous plongeant dans un état de paralysie affligeant. C'est dans cet état terrible qu'était Jess, tandis qu'elle voyait une de ses plus grandes peurs se réaliser : cet homme aux intentions hostiles penché sur sa fille, son bébé, tandis qu'elle ne pouvait rien faire, témoin impuissant de cette scène déchirante, sans signer l'arrêt de mort de son enfant...

Fred sourit en observant ce petit être innocent. Il n'avait pas d'enfant. Il aurait aimé en avoir, mais la seule femme avec qui il eut un jour voulu avoir des mioches était sa soeur. Et elle était morte. Il l'avait tué. L'homme chassa ses souvenirs et détourna son visage du nouveau né. Il n'était pas là pour ça. Serrant toujours le pistolet dans sa main droite, il observa sa captive qui était jusqu'alors restée sur sa chaise. Elle le fixait d'un regard sinistre. Si elle savait... Jess lui faisait presque un peu de peine. Mais son sort était déjà scellé de tout manière.
Il était dix-huit heure cinquante à l'horloge du salon. Dix-huit cinquante-trois à la montre de Fred.
Une clé tourna dans la serrure et James Crowd entra lentement dans la pièce.

Le Mal a un NomOù les histoires vivent. Découvrez maintenant